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27 avril 2006
J’apprends du fond de ma prison après 23 mois de détention
qu’une organisation mondiale d’écrivains me décerne un prix en
ma qualité de journaliste emprisonné pour ses écrits.
La même distinction est allée à
l’écrivain turkmène Rakhim Esenov, coupable, aux yeux des autorités
de son pays, de contredire, par ses écrits, la vérité officielle.
Plus qu’un prix, fut-il aussi prestigieux, je partage avec notre confrère
turkmène le “tort” d’être journaliste et le sort de vivre, l’un
et l’autre, sous la férule de régimes si peu respectueux de la
liberté d’expression.
Ceux qui ont pris la décision de m’enfermer, après avoir tenté
de m’avilir, et ceux qui ont trempé dans l’ignoble machination en sont
pour leurs frais. Cette distinction internationale, la seconde, plus qu’elle
ne m’honore, les disqualifie. J’en suis triste parce que l’Algérie mérite
certainement mieux que ces classements peu glorieux qu’elle collectionne, pour
cause de mauvais traitements infligés à ses journalistes.
Je devais, paraît-il, expier les péchés d’une presse jugée
trop remuante. Par ma punition, je devais, paraît-il, racheter mes “congénères”
et peut-être leur épargner les foudres des seigneurs. Hélas,
mon châtiment n’a pas apaisé les colères. Pas plus que les
louvoiements et les reculades, d’ailleurs. Et de ma prison, j’ai tout le loisir
de compter les coups répétés portés à cette
presse, hier adulée pour son courage, aujourd’hui traînée
dans la boue à cause de ce même courage. Triste époque où
les prédateurs ont cru venu le moment de sonner l’hallali : inflation
de procès contre les journaux et multiples condamnations à la
prison ferme, mises sous contrôle judiciaire et emprisonnements de journalistes…
Aucune chance ne doit être laissée à la presse. Il faut
l’achever. Ainsi en ont-ils décidé.
Faut-il pour autant désespérer, accepter de disparaître
? Faut-il renoncer à informer, à dire et écrire librement
? Non. Aujourd’hui plus que jamais, non ! Cette flamme qui nous a fait, hier
à l’heure de la lame assassine, relever les défis et donné
la force de croire et de continuer, nous anime toujours. Elle peut vaciller,
jamais s’éteindre. J’en suis convaincu. J’ai raison de croire, comme
vous avez raison de croire et de continuer : la presse algérienne sera
libre ou ne le sera pas.
Le monde nous regarde. Il comptabilise leurs abus et nous donne raison. Ce prix
est le nôtre.
Mohamed Benchicou
El-Harrach, le 25 avril 2006
