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31 janvier 2006
En dépit d’une présence modeste au rassemblement initié hier par le Comité Benchicou pour les libertés à la maison de la presse Tahar Djaout, à Alger, la détermination, elle, reste intacte, véhiculée par des mots chargés d’émotions. Détermination surtout parce que les pressions qui pèsent, ces derniers temps, sur les gens de la plume font craindre le pire pour la presse libre à l’avenir.
Ce que d’aucuns ont compris. « On va vivre
une année 2006 particulière parce qu’ils (les pouvoirs publics,
ndlr) ont décidé de manière totale de mettre en application
le code pénal », avertit le directeur de publication d’El
Watan. M. Belhouchet estime que « le modèle autoritaire
va se mettre en place avec la manne financière ». Ainsi, suggère-t-il
de multiplier des initiatives (rassemblement, pétitions...) pour poser
le problème des graves atteintes à la liberté de la presse
et à la libre expression. « Cela devrait nous réveiller
et nous donner à réfléchir pour affronter le harcèlement
à travers une large mobilisation », a-t-il dit. Lui succédant,
M. Brerhi du CCDR est allé dans le même sens. « Nous
sommes une bande irréductible, on doit s’interroger sur une forme d’organisation
que la société civile doit prendre », a-t-il préconisé.
Le représentant du CCDR, parti non encore agréé, va plus
loin en estimant que ce n’est pas seulement la liberté d’expression qui
est en danger, mais la liberté de la vie. « Le pouvoir va
plus loin que museler la presse, ce n’est que la partie visible de l’iceberg »,
a-t-il dit. Ali Djerri, directeur général d’El Khabar, n’en dira
pas moins. Lui, qui est déjà scandalisé par l’emprisonnement
de l’un de ses journalistes, Bachir Larabi en l’occurrence. Les intentions des
autorités, selon lui, sont claires : étouffer la presse.
« Elles ont confirmé, à travers l’emprisonnement de
Larabi, que leur seule préoccupation, ce sont les journalistes »,
a-t-il tranché. Pour lui, le correspondant à El Bayadh n’a fait
que son travail : « Dénoncer le wali, des preuves à
l’appui. » Et d’ajouter : « Logiquement, c’est au
procureur de s’autosaisir de cette affaire. » M. Djerri met
lui aussi en exergue la détermination de la corporation. Si Hassan Abdelkrim,
ancien officier de l’ALN, accompagné de l’une de ses amies de combat,
la Française Anis Stiller, regrette « certains comportement
qui sont contraires à ceux pour lesquels on a milité pour la libération
du pays ». Emue, Mme Stiller exprime, elle aussi, sa crainte
pour la presse. « Si je suis là aujourd’hui, c’est parce que
j’ai peur », a-t-elle dit avant de trancher : « Vous
continuez, car c’était autre chose que voulait le 1er Novembre. »
Une déclaration contrastée par le climat d’oppression et de répression
que vit la corporation. Ainsi pour la seule année 2005, « 18
journalistes ont été condamnés à la prison ferme
et risquent d’être embastillés à tout moment »,
rappelle le Comité Benchicou pour les libertés dans une déclaration-pétition
lue à l’occasion. Aux yeux du comité, « ce triste palmarès
détenu par l’Algérie des années 2000 est le résultat
d’un climat de tension sciemment entretenu par le régime pour tuer ce
qui reste de liberté dans la presse avant de liquider les autres libertés.
Toutes les libertés. » Le comité exige la cessation
immédiate du harcèlement systématique des journalistes,
la libération de Mohamed Benchicou et de Bachir Larabi et la relaxe de
tous les journalistes condamnés à des peines fermes. Il demande
également l’abolition de l’article 144 bis du code pénal et l’adoption
d’une loi qui promeut la liberté de la presse et protège le journaliste
dans l’exercice du métier. Le comité appelle enfin l’ONU ainsi
que les ONG de défense des droits de l’homme à exiger de l’Etat
algérien de se conformer aux conventions et pactes internationaux relatifs
à la liberté d’expression et à la liberté de presse
ratifiés par. Il demande enfin à l’UE, à travers l’application
de l’article 2 de l’accord d’association, d’user de toute son influence pour
le respect par les pouvoirs publics de la liberté d’expression.
