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11 octobre 2005
Nous sommes nombreux, et ils sont nombreux ces Algériens qui s’interrogent sur le sort des journalistes condamnés à des peines de prison ferme, en particulier le directeur du Matin, Mohamed Benchicou, qui purge déjà une peine de deux ans de prison depuis juin 2004. Et ce, au moment où, grâce au projet de charte pour la paix et la réconciliation qui sera sans aucun doute adopté, des milliers d’islamistes condamnés et détenus pour actes de violences et soutien au terrorisme vont bénéficier d’une grâce comme le stipule le projet (chapitre II, sixième alinéa).
Parmi ces derniers, figurent de nombreux
terroristes impliqués dans des assassinats de journalistes. Est-ce à
dire qu’il eût mieux valu être un terroriste qu’un journaliste ?
En effet, comment ne pas se poser cette question à l’idée que
des journalistes aillent prendre la place de ces terroristes graciés
dans les prisons du pays ? Comment ne pas s’indigner à l’idée
qu’on demande à Anouar Haddam, qui a revendiqué (les écrits
existent) des actes terroristes (attentat du boulevard Amirouche), les assassinats
de journalistes et d’intellectuels, notamment celui du professeur Boucebci,
de rentrer au pays ? Est-ce à dire que ce monsieur bénéficie
d’une plus grande considération de la part des autorités pour
ce qu’il a fait que les journalistes ? Est-ce que la diffamation — en ce qui
me concerne et c’est le cas de tous les journalistes condamnés — est
un acte plus grave que tuer des innocents ? Est-ce à dire que les journalistes
représentent une menace pour un Etat que le GIA n'a pas réussi
à détruire au point de les traduire chaque mardi devant un tribunal
? Allons donc! Pour ma part, je récuse l’accusation de diffamation et
je considère que moi et mes collègues n’avons fait qu’exercer
notre droit à la liberté d’information et d’expression. De ce
fait, il ne s’agit pas de demander que les journalistes condamnés bénéficient
d’une amnistie parce que tout simplement nous ne sommes pas des criminels et
nous refusons d’être assimilés à des gens qui, de l’aveu
même du chef de l’Etat, ont failli détruire l’Etat national après
avoir massacré des dizaines de milliers de civils, assassiné plus
de 60 confrères et contraint à l’exil des centaines d’autres.
Certes, le chef de l’Etat a rendu un hommage à Batna puis à Alger
— à ma connaissance, c’est la première fois qu’il le fait publiquement
— aux journalistes assassinés tout en lançant un appel à
ceux partis en exil de rentrer au pays. Mais, on aurait bien aimé qu’il
ne s’arrête pas en si bon chemin et qu’il tourne également la page
des harcèlements et des poursuites judiciaires envers les journalistes
et certains journaux indépendants qui, dans les pires moments que connaissait
ce pays, ont su faire face avec courage et détermination, n’en déplaise
aux planqués de tous bords qui, aujourd’hui, s’avisent de nous donner
des leçons. Et que Mohamed Benchicou soit libéré. Car,
encore une fois, la place d’un journaliste n’est pas en prison.
