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08 août 2005
L’organisation non gouvernementale RSF (Reporters sans frontières) vient de rendre public son rapport annuel pour l’exercice 2004, dans lequel elle consacre un chapitre entier à l’Algérie où elle décèle les signes d’une grave régression. Ainsi, rappelle d’emblée cette ONG, “plusieurs journaux ayant mené campagne contre le “candidat président” Abdelaziz Bouteflika ont subi un violent retour de bâton” après sa réélection le 8 avril 2004.
Ce retour de bâton, comme le
nomme RSF, était prévisible puisque, rappelle RSF, le président
Bouteflika avait répliqué, dès mars 2004, en accusant les
journalistes de faire “autant de mal au pays que les terroristes” et avait juré
de combattre ces mêmes journalistes qu’il avait alors affublés
d’un insultant sobriquet : “Les mercenaires de la plume.” Les attaques du pouvoir
contre la presse vont alors prendre diverses formes : durcissement des textes,
restrictions sur la publicité étatique, chantage par le moyen
des imprimeries publiques, instrumentalisation de l’appareil judiciaire.
Sitôt réélu, Bouteflika charge le gouvernement de réviser
dans un sens plus restrictif la loi sur l'information d'avril 1990. Du reste,
le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, emboîtant le pas au chef de l’État
nouvellement réélu, annonce lors d’une conférence de presse
que la fin du monopole étatique sur la radio et la télévision
n’était pas à l'ordre du jour. Moins constant était Ouyahia
qui, se rappelle-t-on, avait déclaré sur Berbère télévision
(BRTV), avant le lancement de la campagne électorale, que l’ouverture
du champ audiovisuel était désormais “incontournable”. C’est ainsi
que les autorités ont rétabli en 2004, lit-on dans le rapport,
le monopole sur la publicité publique. Une autre restriction contre la
liberté de la presse, observée par RSF, frappe les journalistes
exerçant en Algérie pour le compte de la presse étrangère.
Conséquence : le 30 juin 2004, le bureau d’Al-Jazeera à Alger
est fermé. Fin 2004, un photographe de l'AFP attendait, toujours en vain,
son accréditation. Après la réélection de Bouteflika,
la justice s’est mise de la partie pour accompagner le chef de l’État
dans sa guerre contre la presse privée. Des dizaines de plaintes déposées
contre des journalistes, autant de convocations émanant de la police
et des tribunaux, incarcération de quatre journalistes, tout cela n’a
pas été sans amener “certaines rédactions” à
pratiquer l’autocensure. Des dizaines de condamnations à de lourdes amendes
et à des peines de prison ont été prononcées contre
des journalistes. Quatre d’entre eux ont été condamnés
à des peines de prison ferme alors que deux autres, Mohamed Benchicou
et Ahmed Benaoum, étaient toujours incarcérés au 1er janvier
2005, le second ayant été libéré depuis. Hafnaoui
Ghoul, correspondant du quotidien arabophone El Youm à Djelfa, arrêté
puis libéré en novembre.
Le quotidien Le Matin, pour sa part,
a vu l'étau se resserrer sur lui. Son directeur, Mohamed Benchicou, a
été condamné, le 14 juin 2004, à deux ans de prison
pour “infraction à la législation sur les mouvements de capitaux”
et incarcéré sur-le-champ à la prison d'El-Harrach, près
d'Alger. Près d'une cinquantaine de plaintes ont été jugées
ou sont en cours contre lui, dont certaines pour des délits de presse.
Le journal a cessé de paraître le 24 juillet, l'imprimerie d'État
Simpral (Société d'impression d'Alger) ayant refusé un
échéancier pour le versement de ses impayés. La radio et
la télévision ont répercuté “systématiquement”
le discours officiel, laissant “peu de place” à la voix de l’opposition.
En dehors de la campagne officielle, “aucun débat politique n'a été
programmé”, constate RSF. L’impossibilité pour l'opposition d’accéder
aux médias publics a poussé la majorité des Algériens
à s'équiper d'antennes paraboliques, relève encore cette
ONG. Les leaders de l'opposition ne peuvent plus s’adresser à l’opinion
que par l'intermédiaire des télévisions étrangères.
