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 17 novembre 2005

 

Le dircteur du journal algérien Le Matin est emprisonné depuis plus d'un an et demi à El Harrach.

Directeur du quotidien algérien le Matin, Mohamed Benchicou est en prison à El-Harrach depuis le 14 juin 2004. Un dossier jugé suffisamment « lourd » par l'ONU, qui devrait dépêcher prochainement un membre de sa commission des droits de l'homme enquêter sur le châtiment exemplaire, politique, infligé à l'auteur de Bouteflika, une imposture algérienne. Il y a urgence en effet. Benchicou cumule à la privation de la liberté pour une période de deux ans, et peut-être plus encore, le fait d'être malade, sans possibilité d'accéder à des soins médicaux dignes de ce nom. L'oiseau est en cage et on lui a coupé les ailes de la liberté d'expression et de pensée, autant de libertés durement et chèrement conquises par les Algériens dans leur lutte pour l'indépendance. Le quotidien le Matin est connu en Algérie pour son expression sans entraves et sa ligne éditoriale indépendante du pouvoir, bref pour sa façon de concevoir une Algérie républicaine et laïque. Né dans le tourbillon de la libération de la presse, aboutissement des manifestations sociales des années quatre-vingt, ce journal n'a cessé depuis, comme de nombreux autres titres, d'être méthodiquement harcelé et ses journalistes inquiétés. Quoi de plus tentant de la part du régime algérien que de mettre au pas ceux qui doutent, preuves à l'appui, de la sincérité démocratique de Bouteflika, dont l'histoire mensongère a été précisément exhumée par Benchicou ? Et comment mieux museler les militants d'une Algérie de citoyens affranchis, autant du pouvoir politique que du spectre de l'islamisme, sinon en leur cherchant des poux ? Benchicou est tombé pour une obscure affaire de bons de caisse fabriquée de toutes pièces, selon maître Ali Yahia Abdenour, l'ancien président de la Ligue algérienne -de défense des droits de l'homme. Et le Matin a dû fermer après avoir été volontairement asphyxié. La situation est criante d'injustice. C'est le glaive de la loi qui s'abat sur les têtes de ceux qui luttent. C'est si vrai qu'au moment où Benchicou dépassait le cap de ses 500 jours de captivité Bouteflika faisait libérer, au nom de la « concorde nationale », des milliers d'islamistes. Ceux-là mêmes qui ont laissé dans une marre de sang une soixantaine de journalistes combattant la plume à la main. Depuis plusieurs mois, notre journal a lancé une campagne pour la libération immédiate de Mohamed Benchicou et la relaxe des journalistes algériens condamnés, ceux du Matin, du Soir d'Algérie et de Liberté (1). Reporters sans frontières exige également ces libérations. Leur délivrance, c'est notre affaire à tous.

(1) Pour le Matin : Youcef Rezzoug, rédacteur en chef, Hassane Zerrouky, également journaliste à l'Humanité, Abla Cherif, Yasmine Ferroukhi. Pour le Soir d'Algérie : Hakim Laalam, chroniqueur, Fouad Boughanem, directeur.

Pour Liberté : Farid Allilat. Ainsi que Ali Dilem caricaturiste à Liberté.