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26 octobre 2005
Mohamed Benchicou, journaliste et directeur de la défunte publication Le Matin, boucle aujourd’hui 500 jours de prison. Il a été condamné le 14 juin 2004 à une peine ferme de deux années, assortie d’une amende de 20 millions de dinars.
Sa condamnation
a suscité colère et indignation dans le monde. Des journalistes
et des militants des droits de l’homme se sont mobilisés tant au niveau
national qu’international pour exiger sa libération. En vain. Le pouvoir
algérien était déterminé à aller jusqu’au
bout de « sa machination politico-juridique », comme la
qualifiaient les avocats de la défense. Pourquoi Benchicou a été
mis en prison ? Flash-back. Le 18 août 2003, le journal Le Matin
est suspendu par les autorités avec quatre autres quotidiens indépendants,
dans un contexte marqué par une fièvre préélectorale
présidentielle de 2004. Quelques jours plus tard, Mohamed Benchicou,
qui venait de rentrer d’un voyage à l’étranger, a été
interpellé à l’aéroport d’Alger par des agents de la police
des frontières. Ceux-ci, selon même leurs dires, ont reçu
l’ordre de le fouiller. Mais ils n’ont trouvé dans son porte-documents
que des papiers personnels, dont un carnet de chèques et 13 bons de caisse
d’une valeur de 11 700 000 DA. Ils les lui ont restitués sur place, avant
qu’ils le laissent partir. Mais ils l’ont apostrophé, quelques minutes
plus tard, pour fouiller à nouveau dans ses papiers personnels et les
photocopier sans, toutefois, établir un procès-verbal. La machine
policière s’est mise illico en branle. Et une semaine plus tard, M. Benchicou
sera recherché. Le 26 août, il a été entendu par
la police et a été accusé de « transfert illégal
de capitaux ». Le motif est qu’il a voyagé avec des bons de
caisse anonymes. Le même jour, Sid Ali Lebib, directeur général
des Douanes, a adressé une correspondance au chef du gouvernement dans
laquelle il demandait d’annuler les poursuites, car il n’y a pas eu d’infraction.
Aussi, le syndicat des douanes a dénié les poursuites judiciaires
contre Benchicou. Mais rien n’a pu freiner la machine policière. Une
plainte a été déposée par le ministère des
Finances, le 29 août, soit le jour même où Benchicou a été
auditionné. La justice l’a mis ensuite sous contrôle judiciaire.
Lors du procès, la défense de Benchicou a relevé plusieurs
vices de forme, mais aussi de procédure. D’abord, aucun PV de constatation
n’a été établi par les policiers qui l’ont interpellé
à l’aéroport. Ensuite, le ministère des Finances, de par
le pouvoir répressif que lui confère la loi, n’a aucunement le
droit de se constituer partie civile. Les avocats ont attesté ainsi que
l’affaire a été « montée de toute pièce ».
Car Benchicou n’a commis aucune infraction. Ils ont démontré,
toujours lors du procès, que le PV de la police a été antidaté.
Pis, le PV a été transmis au procureur de la République
au lieu du ministère des Finances. Aussi, les témoins (les policiers
qui l’ont interpellé à l’aéroport) ont avoué que
c’est la première fois depuis l’indépendance que la PAF interpelle
une personne pour une affaire de bons de caisse et qu’ils ne savaient pas que
voyager avec des bons de caisse constitue une infraction vis-à-vis de
la réglementation de transfert de capitaux. Les avocats de la défense
ont relevé plein d’autres anomalies, ce qui a appuyé leur ferme
conviction qu’il s’agissait d’une « cabale judiciaire »
montée pour jeter en prison Benchicou. Qu’est-ce qui pouvait motiver
le pouvoir à vouloir emprisonner Benchicou ? Ses écrits,
la ligne choisie par son journal et surtout le livre qu’il a sorti sur le Président :
Bouteflika : une imposture algérienne. « Toute cette
cabale judiciaire a été montée parce que Benchicou est
en désaccord avec la politique de Bouteflika », a clamé
maître Bergheul, le jour du procès. Beaucoup d’encre a coulé
sur cette affaire. Mais le pouvoir n’a pas tardé à dévoiler
ses véritables raisons de la condamnation de Benchicou qui ne sont autres
que celles de vouloir museler la presse indépendante. Cette volonté
s’est confirmée, par la suite, à travers l’acharnement contre
les journalistes qui s’en est suivi. Les avocats de la défense de Benchicou
demeurent convaincus de l’instrumentalisation de la justice à « des
fins revanchardes ». D’ailleurs, ni le procès en appel du
11 août 2004 ni la demande de mise en liberté conditionnelle examinée
le 20 avril 2005 n’ont abouti à « briser » les
chaînes de Benchicou et le faire sortir de son cachot à la maison
d’arrêt d’El Harrach. Et ce, en dépit des rapports du médecin
de la prison qui ont indiqué qu’il est gravement malade et risque une
paralysie de sa main droite. Même en prison, Mohamed Benchicou n’a pas
échappé aux tracasseries judiciaires. Il a comparu près
de 30 fois devant le tribunal et la cour d’Alger pour s’expliquer sur ses écrits,
mais aussi sur des articles parus dans son journal Le Matin, fermé en
juillet 2004. Il a écopé de plusieurs peines de prison ferme.La
semaine dernière, lors d’un procès en appel l’opposant au ministère
de la Défense nationale, le parquet a requis deux ans de prison ferme
pour diffamation. Le verdict sera d’ailleurs prononcé aujourd’hui par
la cour d’Alger. A noter que Benchicou a cinq mois de prison ferme dans deux
procès différents. C’est dire que le pouvoir n’est pas près
de lâcher prise.
