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03 mai 2005
Dans un climat tendu de précampagne électorale, la presse privée hostile au président Bouteflika a été victime d'un véritable harcèlement de la part des autorités.
Début juin 2003, le président Bouteflika
s'est fait le champion de la liberté de la presse, tout en accusant les
médias algériens de "s'acharner à outrance à
défigurer l'image de l'Algérie à l'étranger".
Il précisait : "Aucun titre ou journaliste n'a fait l'objet
d'une quelconque persécution." Pourtant, les poursuites judiciaires,
condamnations, intimidations et agressions se sont multipliées à
l'encontre des journalistes, y compris des correspondants locaux de la presse
privée, et cette dernière a été soumise à
une véritable campagne de harcèlement. Sur le plan politique,
l'été a été marqué par la libération,
au terme de leur peine, des deux dirigeants historiques du Front islamique du
Salut (FIS), Abassi Madani et Ali Belhadj. Pour éviter tout écho
aux éventuels propos d'Ali Belhadj, les autorités ont interdit
"la couverture médiatique" de l'ex-prisonnier par la presse
et les télévisions étrangères.
Sur fond de
luttes intestines au sein du pouvoir, les journaux algériens se sont
par ailleurs déchaînés, tout au long de l'année,
contre plusieurs personnalités politiques, dont le président Bouteflika.
En août, le quotidien Liberté, sur des photos des principaux dirigeants du pays, titrait
en gros caractères : "Tous des voleurs. Expliquez-vous !".
De son côté, Le Matin titrait : "Main basse sur les biens de l'Etat."
Même le quotidien L'Expression, auparavant favorable au Président, l'a "lâché",
ne soutenant plus sa candidature pour un second mandat et dénonçant
abus et injustices. Exaspéré par la multiplication des attaques,
toujours plus violentes, notamment à l'égard du chef de l'Etat
et de son ministre de l'Intérieur, le gouvernement a choisi une solution
radicale : le harcèlement de la presse par différents stratagèmes,
notamment grâce à l'article 144 bis du code pénal, qui prévoit
des peines de deux à douze mois de prison et des amendes allant de 50
000 à 250 000 dinars (environ 500 à 2 500 euros) pour toute mise
en cause dans des termes injurieux, insultants ou diffamatoires du président
de la République, du Parlement ou de l'une de ses deux Chambres, ou de
l'ANP (l'Armée nationale populaire). C'est dans ce contexte houleux que
le journaliste Hassan Bourras a été condamné en première
instance à deux ans de prison ferme.
Des subterfuges commerciaux
et financiers pour sanctionner les journaux irrévérencieux ont
été également utilisés par le pouvoir politique.
En août, les imprimeurs d'Etat ont ainsi sommé la presse privée
d'acquitter la totalité de ses créances, et le redressement fiscal
qui frappe Le Matin a bien failli couler le quotidien. Les actions sur ce terrain sont
d'autant plus aisées que la gestion de la plupart des entreprises de
presse souffre d'un manque de transparence, ces dernières publiant rarement
leurs comptes (à part le Quotidien
d'Oran et El-Watan).
Le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia s'est d'ailleurs
prononcé, lors d'une conférence de presse, sur la suspension de
certains titres en août : "Ce sont les journaux les plus endettés
qui ont été suspendus. Est-ce qu'il y a eu un journal qui a payé
ses factures et dont la parution a été retardée ?
Ceux qui ont payé n'ont pas été interdits. Cela prouve
que c'est une mesure purement commerciale." Or une trentaine d'autres titres
ont des dettes bien supérieures à celles des six journaux privés
incriminés, mais, totalement inféodés aux vues du pouvoir,
ils ont été épargnés. La presse proche du gouvernement
est très protégée contre de telles sanctions et bénéficie
de différentes formes de soutien. Le
Jour d'Algérie et Le Concitoyen,
lancés cette année par des proches du clan présidentiel,
ont immédiatement bénéficié de la publicité
publique (bien que leur tirage soit très faible).
Le 22 septembre
s'est voulu "une journée sans presse". Un appel avait été
signé en ce sens le 14 septembre par onze journaux (Le Matin, El Khabar, El Watan, Liberté,
Le Soir d'Algérie, L'Expression, El-Fadjr, Akhar Saâ, Er-Raï, Info Soir, La Dépêche
de Kabylie) pour protester contre le
harcèlement judiciaire dont est victime la presse privée. Mais
de nombreux quotidiens indépendants (notamment Le Quotidien d'Oran, La Tribune
et El Youm) ont refusé de s'associer à cette action, dénonçant
le fait qu'un groupe d'éditeurs privés s'érige en autorité
de fait sur tous les titres privés.
Le musellement s'exerce dans
la presse ainsi qu'à tous les niveaux des institutions. De nombreux projets
d'association sont bloqués par le ministère de l'Intérieur
pour décourager toute tentative d'organisation civile des groupes bénéficiant
d'une véritable assise sociale (syndicats autonomes, associations des
droits de l'homme…). Se dessine ainsi une tendance de plus en plus lourde de
restriction des libertés.
Cinq journalistes disparus avant 2003
Cinq journalistes ont "disparu" entre 1994
et 1997. Deux d'entre eux ont été enlevés par des groupes
armés islamistes. Dans l'attente d'enquêtes approfondies, différents
éléments permettent de penser que les trois autres ont été
enlevés par des membres des forces de sécurité.
Dans
une interview accordée au quotidien français Le Monde, en janvier 2003,
Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de
promotion et de protection des droits de l'homme (CNCPPDH, qui remplace l'ONDH),
déclarait quant au sort des disparus :
"Je vous réponds de manière
très claire : il n'y a plus un seul détenu au secret, où
que ce soit, dans un local sous contrôle de l'Etat, ni à Blida,
ni ailleurs, ni dans le Sud (allusion aux camps de détention ouverts
au Sahara à partir de 1992). Je suis formel." En clair : il n'y
a plus aucun survivant. Consternées par une telle annonce, les familles
ont demandé des explications, des détails. En vain.
Le 21
septembre, le président Abdelaziz Bouteflika met en place, à Alger,
une commission chargée de faire la lumière sur l'épineux
problème des "disparus" qui a dix-huit mois pour présenter
un rapport général sur la question. Entre-temps, elle devra rendre
des rapports intermédiaires. Cette commission semble traduire la détermination
de l'Etat à assumer pleinement ses responsabilités en tant que
garant de la sécurité des personnes et des biens. C'est ce qu'a
affirmé le président Bouteflika, ajoutant que la question des
disparus ne saurait être "objectivement appréhendée
si elle venait à être isolée du contexte historique qui
a vu l'irruption dans notre société d'un terrorisme sanglant…".
Ce mécanisme ad hoc est composé de sept membres, dont un journaliste
de la presse privée, un médecin et un magistrat.
Le 28 février
1994, Mohamed Hassaïne, correspondant local du quotidien Alger Républicain,
est enlevé à la sortie de son domicile à Larbatache (wilaya
de Boumerdès), alors qu'il se rendait à son travail. Selon les
témoignages de ses proches, les quatre hommes qui ont enlevé Mohamed
Hassaïne appartiendraient à des groupes armés islamistes.
Des "repentis" affirment que le journaliste a été assassiné
le jour même de son enlèvement.
Le 29 octobre 1994, Kaddour Bousselham,
correspondant du quotidien public Horizons à Hacine, dans la région de Mascara (ouest
du pays), est enlevé. Il habitait avec sa famille sous une tente depuis
que son domicile avait été détruit par un tremblement de
terre. Il aurait été torturé puis égorgé
par un groupe armé islamiste, dirigé par l'émir Zoubir.
Selon les services du ministère de la Justice, une information judiciaire
a été ouverte le 27 novembre 1994. Elle a débouché
sur un non-lieu prononcé le 18 février 1995.
Le 6 mai 1995,
Djamil Fahassi, journaliste à la Chaîne
3 de la radio nationale, est enlevé
par deux individus alors qu'il sort d'un restaurant. Il est conduit de force
dans une voiture qui, d'après plusieurs témoins, a pu franchir
sans aucun problème un barrage de police, situé tout près
de la prison de El Harrach. Selon le ministère de la Justice, cette affaire
a fait l'objet d'une enquête préliminaire et serait en cours d'instruction
devant le tribunal d'Alger. Pour l'Observatoire national des droits de l'homme
(ONDH - gouvernemental), citant la gendarmerie nationale, Djamil Fahassi n'a
fait l'objet "ni d'une interpellation, ni d'une arrestation" . Après
avoir envoyé une requête au tribunal d'Alger pour accélérer
la procédure, la femme du journaliste a été convoquée
plusieurs fois par la police d'une part et la gendarmerie de l'autre. Puis,
suite à l'annonce de la création d'une commission d'enquête
sur les disparus, l'enquête s'est arrêtée, attendant la transmission
du dossier à cette nouvelle instance.
Le 12 avril 1997, Aziz Bouabdallah,
journaliste du quotidien arabophone El-Alam
Es-Siyassi, est enlevé à
son domicile, à Alger, par plusieurs hommes "très bien habillés
en civil, comme des membres de la sécurité militaire", selon
la famille. Le journaliste est conduit de force dans une voiture blanche. Quelques
jours après l'enlèvement, un ami de la famille, capitaine du Département
de renseignements et de sécurité (DRS), affirme être responsable
de "l'opération" et explique qu'Aziz Bouabdallah "n'a
rien fait, il a simplement écrit un article diffamatoire". Quinze
jours plus tard, alors que la famille tente d'obtenir plus d'informations, l'officier
a disparu. Selon l'ONDH, la gendarmerie nationale a expliqué que le journaliste
avait été "enlevé par un groupe armé non identifié
(GANI) de quatre hommes". Le non-lieu prononcé par le tribunal d'Alger,
le 20 mai 2000, a été annulé, le 27 juin, par la chambre
d'accusation.
Le 9 juillet 1996, Salah
Kitouni, directeur de l'hebdomadaire
national El-Nour, suspendu en octobre 1992, se présente au commissariat de
police de Constantine après y avoir été interrogé
quelques jours plus tôt. Depuis, sa famille est sans nouvelles. Suite
à ses demandes écrites, le procureur lui explique, en mars 1997,
que la police a remis Salah Kitouni, le 19 juillet 1996, au Centre de recherches
et d'investigations de la cinquième région militaire. Depuis,
la famille de Salah Kitouni n'a reçu aucune réponse aux multiples
lettres adressées aussi bien à l'ONDH, au médiateur de
la République qu'au chef de l'Etat lui-même.
Un journaliste incarcéré
Le 6 novembre 2003, Hassan Bourras, correspondant à El Bayadh (ouest algérien) de plusieurs quotidiens, dont El-Djazaïri (régional) et El Youm (national), est condamné pour diffamation par le tribunal d'El Bayadh, à deux ans de prison ferme et une interdiction d'exercer pendant cinq ans sa profession. Une plainte déposée par le procureur d'El Bayadh contre deux articles parus dans El-Djazaïri sont à l'origine de cette sanction particulièrement sévère, la plus lourde depuis le début de la présidence Bouteflika. Dans l'un, le journaliste révélait que l'épouse du procureur local avait falsifié un document administratif pour se faire embaucher. Dans un autre, il révélait un trafic foncier à El Bayadh impliquant des notables. Hassan Bourras a en sa possession toutes les preuves sur ces deux affaires, ainsi que des témoignages venant confirmer ces révélations. Le journaliste est également le correspondant à El Bayadh de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme. Le 2 décembre, il est mis en liberté provisoire. Le 23 décembre, au terme de son procès en appel, il est condamné à une amende de 100 000 dinars (environ 1 200 euros) de dommages et intérêts et 10 000 dinars (environ 120 euros) d'amende.
Journalistes agressés
Le 20 janvier 2003,
Hassan Bourras, correspondant du quotidien
El-Djazaïri
dans la ville de El-Bayadh (ouest du pays), est violemment frappé par
deux hommes dont le fils du secrétaire de l'Organisation nationale des
moudjahidin (ONM) de la wilaya d'El-Bayadh. Le journaliste obtient un arrêt
de travail de quatorze jours. Le 14 janvier, il avait été condamné
à six mois de prison avec sursis pour avoir diffamé le fils du
secrétaire de l'ONM. Une plainte avait été déposée
contre El-Djazaïri par la section locale de l'ONM après la publication
d'une lettre, signée par un membre de cette même organisation et
adressée au ministère des Moudjahidin, dénonçant
le passé du secrétaire actuel.
Le 2 avril, plusieurs journalistes
couvrant la marche du Mouvement de la société pour la paix (MSP)
sont frappés et insultés par des policiers.
Pressions et entraves
Le 12 mars 2003, le fils de Nora Ben Yagoub, correspondante
du Jeune Indépendant à Djelfa, est enlevé quelques heures par
des inconnus armés. Selon sa mère, "ils l'ont obligé
à se déshabiller. Il a résisté et, par miracle,
a pu leur échapper". Nora Ben Yagoub était déjà
l'objet, depuis plusieurs mois, de menaces et de harcèlement provenant,
selon elle, " d'une mafia locale dénoncée dans ses articles
".
Le 20 mai, Ali Dilem, caricaturiste du quotidien Liberté, est condamné
par le tribunal d'Alger à une peine de six mois de prison avec sursis
et à une amende de 20 000 dinars (environ 200 euros) suite à une
plainte du ministère de la Défense, pour un dessin, paru le 15
janvier 2002, sur Mohamed Lamari, chef d'état-major des armées.
Abrous Outoudert, directeur de publication de Liberté, est quant à lui condamné à une
amende de 40 000 dinars (environ 400 euros) et le journal à une amende
de 300 000 dinars (environ 3 000 euros). Le 31 décembre 2002, Ali Dilem
avait déjà été condamné par le tribunal d'Alger
à une amende de 20 000 dinars (environ 200 euros) pour un dessin sur
l'assassinat du président Boudiaf, paru le 16 janvier 2002.
Le 2
juillet, les autorités algériennes interdisent aux journalistes
de couvrir la libération, au terme de leur peine, des deux dirigeants
historiques du Front islamique du Salut (FIS), Abassi Madani et Ali Belhadj.
Cette interdiction formelle, notifiée par le ministère de la Communication,
concerne aussi bien les envoyés spéciaux que les correspondants
étrangers accrédités en Algérie. Ces derniers sont
consignés à leur hôtel. Le 3 juillet, les autorités
algériennes décident d'expulser les envoyés spéciaux
étrangers dont ceux des chaînes françaises TF1, France 2, France 3 et la Chaîne parlementaire (LCP), et de la chaîne belge RTBF, ainsi que l'envoyé spécial du quotidien
français Le Monde. Le 4 juillet, alors qu'Ali Belhadj sort de la mosquée
Ben Badis, où il a participé à la grande prière,
des photographes venus couvrir l'événement se font confisquer
leurs appareils par des policiers. Ils les récupèrent au commissariat
peu après mais vidés de toute image.
Le 14 août, six
quotidiens - Le Soir d'Algérie, Liberté,
Le Matin, El
Khabar, L'Expression et Er-Raï - sont sommés, par leurs imprimeurs, d'acquitter
la totalité de leurs créances sous peine d'être interdits
de publication. Le 18 août, seul le quotidien El-Khabar, propriétaire
de sa propre rotative à Alger, paraît dans la capitale. Derrière
ces injonctions de paiements, se cache une décision politique. Elles
interviennent, en effet, alors que ces six journaux viennent de révéler
de nombreuses affaires mettant en cause des personnalités au pouvoir
et leur entourage. En juillet, notamment, une colonne dans Le Matin avait défrayé
la chronique. L'auteur y faisait régulièrement des révélations
fracassantes sur le Président et son entourage, en particulier sur son
frère Saïd, conseiller à la présidence, ainsi que
sur le ministre de l'Intérieur. "Plutôt que de s'expliquer
sur les graves scandales qui touchent de hauts responsables de l'État,
le pouvoir de M. Bouteflika, par l'entremise du chef du gouvernement, M. Ahmed
Ouyahia, use de subterfuges commerciaux pour sanctionner les journaux indépendants,
coupables d'avoir révélé ces scandales, et les faire taire
pour longtemps", déclarent les rédactions de ces titres dans
un communiqué diffusé le 16 août. Le 21 août, le quotidien
Liberté et El-Khabar reparaissent après avoir payé leurs dettes ;
le 27 août, c'est au tour du Matin et, le 1er septembre, du Soir
d'Algérie.
Le 26 août,
des convocations de la police judiciaire sont adressées à Farid Alilat,
directeur du quotidien Liberté, Saïd Chekri, son rédacteur en chef, Ali Ouafek, son directeur
de la coordination, et au journaliste Rafik
Hamou. Ils se présentent tous
quatre devant le commissariat le 28 août, avant d'être déférés,
le 3 septembre, devant le procureur et le juge d'instruction, et remis en liberté
provisoire.
Le 1er septembre, de nouvelles convocations sont adressées
à sept collaborateurs du Liberté : Abrous Outoudert, directeur de publication, Farid
Alilat, directeur de la rédaction, Saïd Chekri, rédacteur
en chef, le caricaturiste Ali Dilem, les journalistes Rafik Benkaci et Mourad Belaïdi,
et le chroniqueur Mustapha Hammouche. Ces deux derniers se présentent le 3 septembre
devant la police judiciaire pour audition.
Le
8 septembre, Mohamed Benchicou, directeur
du Matin,
et Ali Dilem sont interpellés par la police judiciaire, à 9 heures
du matin, et conduits au commissariat central d'Alger. Des mandats d'amener,
signés par le procureur de la République, ont été
délivrés à leur encontre. Le 5 septembre, ils avaient annoncé
leur intention "de ne plus déférer aux convocations de la
police judiciaire et de réserver leurs explications et moyens de défense
à la justice et à elle seule". Le 9 septembre, ils sont inculpés
au titre de l'article 144 bis du code pénal pour "offense au chef
de l'Etat", puis remis en liberté provisoire. Leur arrestation provoque
un attroupement sur la voie publique et trois photographes sont conduits au
poste de police, puis relâchés. Par ailleurs, Mohamed Benchicou
est soumis par la justice à un véritable harcèlement financier.
Le 23 août, de retour de France, il a été trouvé
à l'aéroport en possession d'une forte somme d'argent en ordres
de paiement. Le ministère des Finances a déposé une plainte
pour "infraction régissant le contrôle des changes et les
mouvements de capitaux". Un procès-verbal a été établi.
Le 27 août, le directeur du Matin est placé sous contrôle judiciaire. Le
22 octobre, il reçoit une deuxième notification pour contrôle
fiscal, la première datant du début de l'année. Mohamed
Benchicou d'une part et les associés du Matin de l'autre doivent faire face à un redressement
fiscal dont le montant total s'élève à 16 millions de dinars
(environ 160 000 euros). Le journal sera fermé à l'échéance
du 20 novembre, si la somme n'est pas payée. Si le redressement fiscal
est une mesure tout à fait acceptable, le moment choisi pour opérer
est en revanche significatif de la volonté de faire taire Le Matin, volontiers
irrévérencieux à l'égard du clan présidentiel.
Le 11 septembre, Ahmed Benaoum, patron du groupe de presse Er-Raï El-Aam, est
arrêté, suite à une plainte pour "faux et usage de
faux". A l'origine de cette plainte, deux affaires de droit commun, datant
d'une vingtaine d'années. Le 13 septembre, alors qu'il comparaît
devant le juge d'instruction, Ahmed Benaoum est interpellé à l'intérieur
même du tribunal d'Es Senia (Oran) pour une seconde affaire. Il est placé
sous contrôle judiciaire, son passeport est confisqué. Présenté
le lendemain au tribunal de Sedikkia, il est relâché dans la journée.
Le 7 octobre, toujours sous contrôle judiciaire, il est de nouveau emprisonné,
alors qu'il se présente au commissariat d'Oran pour répondre à
une convocation de la brigade économique. Selon le collectif des journaux Er-Raï
El-Aam, cette façon d'agir des policiers s'inscrit dans une campagne
de harcèlement et d'intimidation entamée en août.
Le
16 septembre, Fouad Boughanem, directeur de publication du Soir d'Algérie, qui
avait reçu trois convocations, est interpellé devant la Maison
de la presse, à Alger, et conduit au commissariat central. Il est relâché
en milieu d'après-midi. Des journalistes, venus protester contre son
arrestation au commissariat, sont également interpellés, puis
relâchés. Parmi eux : Malika
Boussouf, directrice de la rédaction
du Soir d'Algérie, Badreddine Manâa, rédacteur en chef du même quotidien, et
Rabah Abdallah, secrétaire général du Syndicat national des
journalistes (SNJ).
Le 23 septembre, se tient, au tribunal Abane-Ramdane
d'Alger, le procès de quatre prévenus, interpellés le 8
septembre, lors de l'arrestation de Mohammed Benchicou et Ali Dilem. Fatma Zohra Khalfi,
journaliste à l'agence officielle APS, Yacine Teguia, membre du Mouvement démocratique et social (MDS,
dont Le Matin est proche) et le rédacteur en chef du Matin, Youcef Rezzoug
ainsi que son épouse, sont invités à comparaître.
Le procès est reporté au 31 décembre, suite aux protestations
des avocats de la défense contre " l'encerclement du palais de justice
par les forces de police ". Plusieurs personnes avaient décidé
de se rassembler devant le tribunal pendant l'audition des prévenus,
dont le dessinateur Ali Dilem et le porte-parole des aârchs (comités
de villages kabyles) de Tizi Ouzou, Belaïd Abrika, qui sont interpellés
puis relâchés. Le 31 décembre, les quatre accusés
sont condamnés par la Cour correctionnelle d'Alger à deux mois
de prison avec sursis et à verser chacun une amende de 2 000 dinars (23
euros) pour " attroupement illégal et atteinte à l'ordre
public ".
Le 2 octobre, le directeur de publication du Soir d'Algérie, Fouad Boughanem et les chroniqueurs Hakim
Laâlam et Mohamed Bouhamidi sont interpellés,
à leur bureau, par la police et conduits au commissariat central d'Alger.
Les chroniqueurs refusent de signer leur procès-verbal et de répondre
aux questions de la police judiciaire, préférant réserver
leurs réponses aux juges. Arrêtés à 9h30, ils sont
remis en liberté à 13h30. Kamel
Amarni, qui aurait dû également
être interpellé, est en déplacement. Le 5 octobre, il est
interpellé à 11h30 dans les locaux du Soir d'Algérie par
des agents de la brigade criminelle de la Sûreté de wilaya d'Alger
qui disent agir sur instruction du parquet. Le 6 octobre, Fouad Boughanem, Mohamed
Bouhamidi, Hakim Laâm et Kamel Amarni sont entendus par le juge d'instruction
du tribunal de Sidi M'hamed à propos d'articles jugés diffamatoires
à l'endroit du président de la République (conformément
à l'article 144 bis du code pénal). La réglementation judiciaire
en vigueur suppose que les quatre interpellés doivent être déférés
ensemble, et le même jour, devant la justice.
Ce même jour,
le directeur de publication de Liberté, Farid Alilat, reçoit une convocation de la police
judiciaire du commissariat du Grand Alger pour être auditionné
à propos d'une chronique de Hakim Laâm, chroniqueur du Soir d'Algérie, intitulée " La Fessée " et publiée
le 21 août par le quotidien Liberté dans le cadre de l'action de solidarité de la
corporation, initiée au moment de la suspension des journaux Le Matin, L'Expression
et Le Soir d'Algérie. Conformément à la décision des
éditeurs de la presse privée du 5 septembre, le directeur de publication
de Liberté ne répond pas à la convocation de la police judiciaire.
Dans la nuit du 8 octobre, Ahmed
Oukili, directeur de publication du quotidien
Er-Raï El-Aam, et Slimane Bensayah, rédacteur en chef du quotidien Le Journal de l'Ouest, sont
interpellés et conduits au commissariat central d'Alger, avant d'être
relâchés.
Le 9 octobre, Kamel Amarni, journaliste au Soir d'Algérie, est interpellé au siège de son journal et conduit
au commissariat central, avant d'être relâché.
Le 13
octobre, le directeur du quotidien L'Expression, Ahmed Fattani, est interpellé au siège de son journal,
à Alger, et conduit au commissariat central. Il est entendu sur des articles
publiés sur un site Internet pendant la suspension du journal entre le
16 et le 18 août.
Le même jour, Mohamed
Mokadem, correspondant permanent à
Alger du quotidien arabophone basé à Londres El-Hayat, se voit refuser
l'accès à la conférence de presse du chef du gouvernement
Ahmed Ouyahia. Son nom ne figurait soi-disant pas sur la liste des journalistes
accrédités, alors qu'il avait envoyé la veille une demande
avec accusé de réception, quand il était encore possible
de s'inscrire. Le journaliste pense que cette mesure est liée à
la publication de deux articles dans le quotidien arabophone El-Khabar dans lesquels,
sous le pseudonyme Anis Rahmani, il avait mis au jour deux scandales, l'un sur un détournement
de biens immobiliers appartenant au ministère des Affaires étrangères
au profit des hauts responsables du régime, l'autre relatif au détournement
d'un bien immobilier au profit de l'épouse de l'actuel chef du gouvernement.
"C'est un règlement de comptes. Ouyahia a peur de la confrontation",
estime Mohamed Mokadem.
Le 4 novembre, le chroniqueur du Matin, Sid Ahmed Semiane, dit S.A.S., est
condamné par contumace par le tribunal de Sidi M'hammed d'Alger à
une peine de six mois de prison ferme et 40 000 dinars d'amende (environ 400
euros) pour diffamation. Le journaliste a été l'objet de près
d'une vingtaine de plaintes du ministère de la Défense nationale.
Le même jour est prononcé le verdict du Tribunal d'Alger à
l'encontre de Farid Alilat, directeur du quotidien Liberté, à quatre mois de prison avec sursis et 100 000
dinars d'amende (environ 1 000 euros) pour "offense au chef de l'Etat".
Le journaliste Rafik Hamou a également été condamné
à une amende du même montant. Le journal doit payer 2 millions
de dinars (20 000 euros), en vertu de l'application de l'article 144 bis du
code pénal amendé, pour sa une du 11 août "Tous des
voleurs". Ces condamnations sanctionnent la reprise par Liberté d'informations
publiées par le quotidien El-Khabar, selon lesquelles plusieurs hautes personnalités
publiques s'étaient "servies" dans le patrimoine immobilier
du ministère des Affaires étrangères. Seul Liberté
a été poursuivi, alors que El-Khabar, qui avait publié l'enquête initiale n'a
fait l'objet d'aucune procédure.
Le 5 décembre, le directeur
du Matin,
Mohamed Benchicou, reçoit une convocation pour se présenter le
7 décembre, sur instruction du parquet, au service des atteintes aux
personnes de la Sûreté de la wilaya d'Alger. L'objet de la convocation
porte sur deux chroniques, l'une de Mohamed Benchicou et l'autre d'Ines Chahinez.
M. Benchicou ne se présente pas à la police, conformément
à la décision des éditeurs.
Le 19 décembre,
à 4 heures du matin, Tayeb Bendjemaa, correspondant du quotidien El Khabar à Khenchela
(Est), est interpellé à Constantine, dans sa chambre d'hôtel.
Un mandat d'arrêt a été établi contre lui dans le
cadre d'une affaire remontant à 2001, pour laquelle il avait été
acquitté. Il n'est relâché que dans la journée du
20 décembre.
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