
Pour
la seconde fois en l’espace de quatre mois,
Mohamed Benchicou est distingué par
un prix international en hommage à
son combat pour la liberté de la
presse et la liberté d’expression.
En attribuant à Mohamed Benchicou
le prix de la liberté d’écrire
pour l’année 2006, le centre américain
Pen a choisi d’honorer un journaliste algérien
injustement condamné et arbitrairement
détenu depuis 22 mois, lui reconnaissant
de facto le statut de détenu d’opinion.
Par ce prix, le Pen Club a, par ailleurs,
voulu, sans nul doute, réprouver
la conduite d’un régime qui veut
se parer de toutes les vertus démocratiques
dans les tribunes officielles internationales,
tout en n’hésitant pas à recourir
au mensonge et à la machination abjecte
pour avilir un journaliste avant de l’envoyer
croupir dans une cellule de prison. Aussi,
la prestigieuse distinction tombe-t-elle
à point nommé comme pour témoigner
de l’écho retentissant de l’affaire
Benchicou auprès de l’opinion internationale,
en dépit des tentatives obstinées
du régime d’imprimer une flétrissure
définitive à la réputation
d’un journaliste résolument engagé
dans le combat pour la liberté d’expression.
A ces tentatives, vaines au demeurant, s’est
joint de façon aussi inattendue que
lamentable l’actuel président du
Parlement européen. L’opinion algérienne
n’a, quant à elle, jamais douté
des motivations politiques qui ont conduit
Benchicou en prison et son journal à
la liquidation : Le Matin est un journal
indépendant, critique et son directeur
dérange, agace et « bouscule »,
par ses seuls écrits, les puissants
du moment. C’est cette seule vérité
qui a dû guider le choix du jury du
Pen Club. Au-delà, la décision
de distinguer Benchicou, que la puissante
organisation mondiale des écrivains
sait persécuté pour ses écrits,
est un message de solidarité et de
soutien aux écrivains, journaliste,
artistes et autres créateurs algériens
dont le premier devoir est de défendre
la liberté d’expression pour en garantir
l’irréversibilité en Algérie.
Alger,
le 28 mars 2006 |
|
Tous
les dimanches, depuis quelques semaines,
bravant les policiers, les familles des
victimes du terrorisme se rassemblent le
dimanche à 11 heures devant le palais
du gouvernement à Alger pour exiger
la vérité sur les assassinats
et les disparitions de leurs proches. En
effet, un décret adopté le
27 février dernier, garantit l'immunité
aux terroristes et interdit aux familles
des victimes, aux médias et à
toute personne le droit de demander des
enquêtes sur les crimes, les disparitions
et les atteintes aux droits de l'homme qui
ont eu lieu. Ce décret prévoit
que toute personne qui évoquerait
ces crimes est passible d'une
peine de prison allant de 2 à 5 ans
et à de lourdes amendes.
Pour saluer le
courage de ces mères, soeurs, et
épouses des victimes du terrorisme,
Mohamed Benchicou, lauréat du prix
Barbara Goldsmith pour la liberté
d'écrire de cette année, leur
a adressé un poème de sa prison
d'El Harrach où il est incarcéré
depuis deux ans.
Fatiha
Benchicou
02
avril 2006

Aujourd'hui, une
larme acide montera en moi
Et je la subirai
Elle me dira une
douleur impensable
Et je l'écouterai
Elle me dira le
crachat sur la mémoire
Et je la maudirai
Elle descendra en
balafre sur ma joue
Et sur mes lèvres
je reconnaîtrai son goût :
C'est toi, Algérie,
qui pleure ce dimanche
Debout dans le vent
de l'oubli
Ta chevelure désespérée
Tes portraits d'or
dressés
A la face salée
du palais éteint
Tu protèges
tes tombes
Des mains souillées
des Pétain
Tendues aux assassins
Tu protèges
tes tombes
Sépulcres
sacrés
Qui gardent ta chair
Et nos orgueils
Tu protèges
tes tombes
Et je t'entends
de ma prison
A travers la nuit
du tyran je t'entends :
C'est ma mère
Qui suffoque de
colère
Par la poitrine
révoltée
De la mère
de Kahina
Amel,
Karima et Nour El Houda
C'est toi, je le
sens
Dans le silence
du pénitencier
Qui pleure des yeux
roses
De la fille du policier
Et ce bruit froid
et amer
Qui me parvient
dans mon cachot
C'est le bruit de
ta solitude
Quand tu pleures
du soupir infini
De la soeur de Medjoubi.
Je vous entends,
coeurs piétinés
Coeurs sacrifiés
dans la fente de l'urne
Coeurs trahis d'un
trait de plume
Coeurs crevés
d'un poignard félon
Qui battez d'un
sang profané,
Qui hurlez d'une
voix bâillonnée
Coeurs aux pétales
aiguisés
Rassemblés
en bouquet d'honneur
C'est dimanche,
je pense à vous.
Vous êtes
le dernier cri d'Alger
Déchirant
le silence des lâches
Et je l'entends
de ma geôle d'El Harrach,
Au nom de toutes
les fleurs à venger
Accompagner les
prochaines glycines
Vers une floraisons
inéluctable
Tu l'as promis aux
fleuves et au sable
A l'heure de la
lame assassine
Tu l'as promis dans
la nuit, soldat,
Il n'est pas un
jasmin qui ne t'ait écouté
Qui ne livrera,
à l'aube, son parfum de vérité,
Et qui ira fleurir
la tombe de Benhamouda
Mon fils, lis, pour
moi ce dimanche,
Inscrite sur l'esplanade
ensoleillée la vieille légende
du peuplier,
En lettre de sang
sur leurs banderoles blanches.
Et cueille pour
moi, si je rentre un jour
Un rameau de dignité
et un bout de racine
Et cet éclat
de fierté dans les yeux de l'orpheline
Au souvenir du père
et de sa bravoure,
Tu sauras le secret
de nos femmes et ma terre.
Et des peupliers
qui veillent sur leurs roses,
Apporte-moi une
part d'ombre que je me repose
J'ai hâte
de te voir dans la lumière.
Prison
d'El Harrach,
Mars
2006
|

Son excellence
le Président Abdelaziz Bouteflika
C/o son excellence
Amine Kherbi Ambassade de la RADP
2118
Kalorama Rd., NW Washington, DC 20008
Via facsimile:
202-667-2174
Excellence,
Je
vous écris pour protester énergiquement
contre votre promulgation récente
d'un décret limitant davantage la
liberté d'expression et fixant des
limites draconiennes aux débats sur
le conflit qui a ravagé l'Algérie
dans les années 90.
Le
27 février dernier, votre cabinet
a adopté un décret garantissant
l'immunité aux auteurs des violences
qui ont déchiré le pays pendant
une décennie. Le décret interdit
aux familles des victimes et aux médias
le droit d'enquêter sur les crimes
et les atteintes au droit de l'homme qui
ont eu lieu, y compris sur les disparitions
et l'assassinat de milliers de personnes
parmi lesquelles des journalistes.
C'est
une tentative flagrante d'empêcher
l'investigation légitime et l'écriture
de l'histoire. Au CPJ, organisation qui
défend la liberté de la presse
dans le monde, nous sommes inquiets que
cette interdiction empêche les enquêtes
sur le meurtre de douzaines de journalistes
et la disparition d'au moins deux journalistes
au cours de ce conflit.
La
thèse de l'enlèvement par
des membres des forces de sécurité
de Djamel
Eddine Fahassi et Aziz
Bouabdallah, disparus respectivement
en 1995 et 1997, est maintenant largement
accréditée. Le CPJ avait suivi
attentivement les développements
de ces deux cas avant et après sa
mission d'information en Algérie
en 1998.Au moins, 58 autres journalistes
et reporters ont été tués
par des groupes armés non identifiés
entre 1993 et 1996.
Le
décret du 27 février prévoit
de punir à une peine de prison allant
de 2 à 5 ans et à de lourdes
amendes quiconque par des propos, des écrits,
ou tout autre acte utilise ou exploite la
tragédie nationale pour porter atteinte
aux institutions de la RADP, pour affaiblir
l'Etat ou porter atteintes à la réputation
des agents qui l'ont honorablement servi,
ou pour ternir l'image de l'Algérie
sur la scène internationale.
Les
dispositions de ce décret sont promulguées
avec une telle rapidité qu'elles
ressemblent plus à une censure et
à une tentative de contrôler
l'investigation et l'écriture de
l'histoire.
Cette
nouvelle loi est d'autant plus inquiétante
qu'elle coïncide avec une escalade
de la persécution des journalistes
dans l'exercice de leur métier. La
confirmation en appel de la condamnation,
le 7 mars dernier, à 6 mois de prison
ferme de Hakim Laalam,
du soir d'Algérie pour avoir offensé
votre Excellence, en est une illustration.
Il a été condamné pour
une chronique publiée en Août
2003 et intitulée « La
fessée ».
Kamel
Boussad, directeur de l'hebdomadaire
pro islamiste Errissala, a été
arrêté le 8 février
et Berkane
Bouderbala, directeur de l'hebdomadaire
Essafir a été arrêté
le 11 février suite à la publication
par leurs journaux des caricatures danoises
controversées représentant
le prophète Mohammed. Ces journalistes
sont tombés sous l'article 144 du
code pénal pour insulte du prophète
et critique de l'islam. S'ils sont jugés
coupables, ils risquent une peine pouvant
aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement
ferme et de lourdes amendes. Le 11 février,
le caricaturiste Ali Dilem
a été condamné à
un an de prison ferme pour diffamation suite
à la publication de ses caricatures
critiquant votre administration.
Et
si aucun de ces journalistes n'a purgé
sa peine de prison, Bachir Larabi
du quotidien indépendant El Khabar
a été quant à lui emprisonné.
Il a été arrêté
le 21 janvier à son domicile d'El
Bayadh et a purgé une peine d'un
mois de prison pour diffamation du président
d'APC de la ville de Naama.
De
plus, le CPJ reste profondément préoccupé
par le cas du journaliste Mohamed Benchicou,
directeur du défunt quotidien Le
Matin emprisonné depuis juin 2004
sur des accusations de violation de la
loi
sur la monnaie. Nous sommes persuadés
que ces accusations sont venues en représailles
des critiques du Matin envers votre excellence
et envers quelques uns de vos puissants
ministres. Mohamed Benchicou
cumule également d'autres accusations
de diffamations de la part des autorités.
Le
recours à de fausses accusations
de délit droit commun et
à l'emprisonnement des journalistes pour
l'exercice de leur métier place l'Algérie
au rang des régimes autocratiques
dans le monde qui persécutent les
journalistes indépendants et tournent
le dos au standards internationaux de la
liberté de la presse.
Le
CPJ demande à votre excellence de retirer
le décret du 27 février et
vous assurer que soit mis un terme rapide
à cet inacceptable cycle d'emprisonnement
et de harcèlement des journalistes
qui ont déjà payé le
prix pour l'exercice de leur métier
au cours des quinze dernières années.
Nous vous appelons également à
mettre de toute urgence la loi algérienne
en conformité avec les standards
internationaux de la liberté d'expression
et de permettre les enquêtes indépendantes
sur les disparitions de Djamel Eddine
Fahassi et de Aziz
Bouabdallah
ainsi que sur la mort et l'assassinat de
58 journalistes entre 1993 et 1996.
Nous vous remercions
pour votre intérêt à
ce sujet urgent. Nous attendons impatiemment
votre réponse.
Salutations.
Ann
Cooper
Directrice
executive.
CC:
His
Excellency Amine Kherbi, Algerian Ambassador
to the United States
The
Honorable Richard W. Erdman, United States
Ambassador to Algeria
American
Society of Newspaper Editors
Amnesty
International
Article
19 (United Kingdom)
Artikel
19 (The Netherlands)
Canadian Journalists
for Free _Expression
Freedom
Forum
Freedom
House
Human
Rights Watch
Index
on Censorship
International
Center for Journalists
International
Federation of Journalists
International
PEN
International
Press Institute
Michael
G. Kozak, United States Assistant Secretary
for Democracy, Human Rights, and Labor
The
Newspaper Guild
The
North American Broadcasters Association
Overseas
Press Club
Reporters
Sans Frontières
The
Society of Professional Journalists
World
Association of Newspapers
World
Press Freedom Committee
22 mars 2006 |