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Février 2005
«Nous
ne pouvons nous taire : la liberté de la presse et les libertés
publiques sont aujourd’hui menacées et il ne faut surtout pas rester
silencieux face à cette situation car nous en sommes un peu responsables
». C’est en ces termes que la sénatrice des Verts, Alima Boumediene
Thierry, a ouvert la rencontre organisée vendredi soir au Sénat
français et consacrée aux libertés publiques et à
la liberté de la presse en Algérie et plus largement au Maghreb.
Beaucoup de journalistes français et algériens, des hommes politiques, des hommes de culture ont fait le déplacement pour exprimer leur engagement et leur solidarité en faveur des libertés de presse et d’opinion. En ouverture de cette rencontre, organisée conjointement par Alima Boumediene, Robert Ménard, président de Reporters sans frontières, et le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie à Paris et à sa tête Fatiha Benchicou, l’épouse de notre confrère détenu depuis maintenant neufs mois, les organisateurs ont exprimé leur solidarité et leur totale mobilisation en faveur de Florence Aubenas, journaliste de Libération, son guide irakien Hussein Hanoun et Giuliana Sgréna, journaliste du quotidien italien de gauche Il Manifesto, tous détenus en Irak. Pour les uns comme pour les autres, c’est l’expression, la libre opinion et la démocratie que les ennemis de la liberté veulent étouffer. Et dans le pire des cas, assassiner. Mais il fut naturellement beaucoup question de Mohamed Benchicou et des “tentatives de maquillage de sa condamnation en affaire de droit commun. Si ces tentatives du pouvoir algérien ont pu tromper quelques journalistes français au départ, la manœuvre a été très vite démasquée et plus personne n’est dupe aujourd’hui”, a dit Robert Ménard. “Les délits d’opinion s’aggravent pour des motifs fallacieux, voire saugrenus et la réunion de jeudi a, encore une fois, permis de dérouler tout le système d’instrumentalisation de la justice pour une mise au pas d’une presse libre, dont la corporation a payé très cher sa liberté”. Dans leurs interventions respectives, Mme Fatiha Benchicou et Me Salah Hanoun, membre du collectif d’avocats de défense de Mohamed Benchicou, ont fortement insisté sur le fait que la condamnation de Benchicou est une décision politique et sa libération ne peut être que politique. C’est la ligne éditoriale du Matin qui a conduit notre confrère dans les geôles d’El Harrach. “Nous sommes très loin de l’Etat de droit et de justice, fixé comme objectif dans la déclaration du 1er Novembre 54 et dans la plateforme de la Soummam et pour lequel tant d’Algériens et d’amis de la liberté s’étaient engagés dans la lutte”. Celui qui parle ainsi est le chanteur compositeur, interprète, Claude Vinci, membre du collectif pour la liberté de la presse en Algérie et qui s’était illustré en 1956 en désertant l’armée française en Algérie, ce qui lui avait valu la clandestinité, jusqu’à l’indépendance de l’Algérie et qui a amené l’Algérie à lui décerner, il y a quelques années, le titre de moudjahid. Et c’est aussi l’homme qui n’a jamais renié ses engagements et ses convictions et qui a refusé, en novembre dernier, l’invitation des autorités de l’ambassade algérienne à se rendre à Alger pour les commémorations du 50e anniversaire, exprimant, ainsi, son indignation du sort fait à la liberté d’expression et d’opinion et à l’incarcération des journalistes. Après avoir rappelé que Benchicou a été, ces trois derniers mois, extrait 24 fois de sa prison pour être présenté au tribunal pour de nombreuses affaires de délits de presse, Claude Vinci insiste sur les répressions qui ne s’arrêtent pas, et notamment sur le risque de suspension qui pèse sur le quotidien Le Soir d’Algérie et les nombreuses amendes prononcées “pour asphyxier les titres gêneurs”. Toutes ces sanctions, devait-il poursuivre “sont un moyen de dissuasion des forces sociales qui pourraient s’opposer à la mise en coupe de l’Algérie”. Le secrétaire général du syndicat autonome des fonctionnaires SNAPAP, a, à son tour, longuement développé sur les nombreuses entraves que son syndicat et tous les syndicats autonomes trouvent sur leur parcours et la multitude d’interdictions et d’embûches, qui vont jusqu’à l’interdiction de la grève et le déni de reconnaissance d’existence, auxquels ils sont confrontés journellement. Au-delà de la presse, c’est toute le société civile qui est menacée, dira-t- il. Le pluralisme de façade affiché par le pouvoir algérien ne fait plus illusion et il y va des droits démocratiques de toute une société pour le mettre à nu, en poursuivant la mobilisation et en dénonçant partout ces entraves aux libertés. Robert Ménard trouve “sidérante” l’attitude complaisante des autorités françaises face aux pratiques du pouvoir algérien et de Bouteflika en particulier qui se retrouve dans une situation où il a les coudées franches. Pour Alima Boumediene, les autorités algériennes, dont elle a eu à rencontrer ! certains au cours de son séjour de décembre dernier à Alger, sont au contraire assez préoccupées “de notre regard et du jugement des élus français”. Chacun des intervenants est cependant convaincu qu’il faut partout continuer la mobilisation et l’élargir à l’Europe. Rappelant que les accords euroméditerranéens de Barcelone fêtent leur dixième anniversaire cette année et que ses membres veulent relancer le partenariat Nord- Sud, le journaliste Paul Balta propose des actions pour exiger, pour tout accord, le respect du volet 3 de ces accords, consacré aux droits de l’homme et au respect de la société civile. A l’issue d’un débat très animé, porté par des orateurs décidés à mobiliser sur la gravité de la situation et la nécessité de mettre un frein à la situation catastrophique des libertés dans notre pays, le président de RSF a convenu avec Madame Benchicou et le collectif pour la liberté de la presse de se voir, dès le début de la semaine prochaine, pour mettre au point le programme ! d’action pour la concrétisation duquel Robert Ménard et son organisation se sont engagés non seulement à porter mais aussi à faciliter, en mettant à disposition toutes les ressources et moyens de RSF.
