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23 avril 2005
La salle
de rédaction du journal Le Soir d’Algérie s’est avérée
trop exiguë pour contenir tous ceux qui, en ce vendredi 22 avril, sont
venus assister à la conférence de presse animée par deux
des avocats de Mohamed Benchicou. Rencontre avec les journalistes, initiée
par le Comité Benchicou pour les libertés, le bureau régional
de la Fédération internationale des journalistes, FIJ, et le Syndicat
national des journalistes (SNJ) au lendemain du rejet de la cour d’Alger de
la demande de mise en liberté provisoire du directeur du Matin.
«Requête introduite en février dernier pour raison de santé»,
précise Me Benarbia. Pour rappel, la cour d’Alger qui a examiné
cette sollicitation le 20 avril dernier a rejeté la demande. «Nous
n’avons pas à discuter cette décision judiciaire. Mais il faut
savoir que l’état de santé de Mohamed se dégrade chaque
jour un peu plus et qu’il nécessite réellement une sérieuse
prise en charge médicale (...) s’il reste dans cet état, si sa
prise en charge n’est pas effective, le détenu risque la paralysie de
son bras droit… Demain, qui sera responsable s’il arrive quoi que ce soit à
Mohamed Benchicou ? Qui en assumera la responsabilité ?», dira
Me Benarbia après avoir longuement abordé l’état de santé
du directeur du Matin incarcéré à la prison d’El- Harrach
depuis le 14 juin dernier. L’avocat précise à l’occasion que le
responsable de la structure sanitaire du centre pénitentiaire a informé
les autorités judiciaires sur le fait que l’auteur de Bouteflika une
imposture algérienne nécessite une prise en charge médicale
spécialisée qui ne peut lui être proposée dans l’infirmerie
de la prison d’El- Harrach. «Le directeur de la prison nous a affirmé
avoir transmis le dossier à l’administration. Aucune réponse à
ce jour ! », ajoute Me Benarbia qui n’a pas manqué de revenir sur
les déclarations du président de la Commission nationale pour
la promotion et la protection des droits de l’homme (CNPPDH) «Chaque fois
que Farouk Ksentini s’est exprimé sur le cas Benchicou, il a eu le courage
de dire qu’il ne méritait pas son incarcération.» Me Bourayou
enchaîne en affirmant qu’il ne sert à rien de chercher des justifications
juridiques au rejet de la demande. «C’est une décision politique
(…) les rancœurs ne sont pas apaisées (…) Benchicou n’est pas considéré
comme un simple détenu (….) C’est à se demander si, quelque part,
on ne cherche pas à ce qu’il sorte démuni physiquement et moralement
?» Comme pour secouer les amnésiques, à l’endroit de ceux
qui s’évertuent à dire que Benchicou est en prison pour un «délit
de droit commun» et non pour ses écrits, l’avocat soutient que
le directeur du Matin en prison «c’est toute la presse qu’on emprisonne.
Une presse qui, depuis quelques mois, subit une répression féroce.
Le baril de pétrole à 50 dollars, ou la l’amélioration
de la situation sécuritaire ne peuvent cacher qu’il y a régression
continue des droits de l’homme et de la liberté de la presse».
Un constat que les représentants de la société civile,
les amis, la famille et les travailleurs du journal Le Matin venus assister
à la conférence de presse ne manqueront pas de partager et entièrement.
Naïvement, un des présents demande pourquoi les titres de la presse
indépendante «ne réservent pas une oreillette de leur Une
pour rappeler chaque jour que Benchicou passe en prison». Un membre du
SNJ attribue la frilosité de certains titres «au climat de terreur
qui règne sur la corporation». Mais il n’exclut pas un certain
nombre d’actions en prévision du 3 mai, Journée internationale
de la liberté de la presse, et le 14 juin, date d’incarcération
de Mohamed Benchicou. Le représentant de la FIJ, lui, fait état
«d’une alerte internationale pour appeler tous les syndicats nationaux
à observer des sit-in devant les ambassades algériennes dans une
centaine de pays ». Cette fédération vient d’élargir
la pétition lancée par le journal français L’Humanité.
Dans une lettre adressée hier aux participants à la conférence
de presse, l’épouse de Mohamed Benchicou a fait savoir que le moral de
son mari n’est en rien altéré par sa détention car conscient
que cet emprisonnement arbitraire sert le combat démocratique et la liberté
de la presse qu’il a fait siens depuis longtemps déjà. A partir
de sa cellule d’El- Harrach, l’irrévérencieux journaliste est
en passe de réussir l’exploit de relancer le combat pour la liberté
de dire.
