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12 avril 2005
La sentence visant plusieurs journalistes doit être prononcée aujourd'hui. L'Humanité appelait hier à manifester contre la répression grandissante.
Ne pas abandonner les journalistes algériens face à la répression du pouvoir. C'est la volonté affichée par tous ceux qui ont participé hier soir devant l'ambassade d'Algérie à un rassemblement organisé par l'Humanité. Ils entendaient ainsi manifester contre le harcèlement dont est victime la presse indépendante algérienne depuis la modification du Code pénal algérien, orchestrée en 2001 par le président Bouteflika. Cette dernière a élargi la définition du délit de presse et aggravé les peines encourues, entraînant la multiplication des plaintes pour « diffamation » ou « outrage » à telle ou telle - institution.
Depuis, pas un mardi ne s'écoule sans que militants des droits de l'homme et journalistes ne se retrouvent dans la salle du palais de justice d'Alger pour défendre un titre ou un confrère menacés. Car outre les sanctions financières, qui mettent en danger l'existence même d'une presse libre, le gouvernement n'hésite pas à recourir à des mesures plus sévères. Ainsi, l'acte décisif de sa politique d'intimidation a été la condamnation, le 14 juin dernier, à deux ans de prison ferme de Mohamed Benchicou, directeur du Matin, sous un prétexte financier fallacieux. Cette condamnation et l'arrêt de la parution du Matin, sans doute le journal le plus virulent contre le pouvoir du président Bouteflika, ont sonné comme un avertissement pour le reste de la presse, qui sait désormais que le risque d'incarcération est réel.
Face à cette « situation qui remet profondément en cause le droit à la liberté d'expression, à la liberté de la presse », les parlementaires communistes ont décidé de se mobiliser. En amont de la manifestation d'hier, ils ont organisé jeudi dernier au Sénat une réunion sur « les atteintes à la liberté de la presse dans le monde, et plus particulièrement en Algérie ». Instigatrice de cette campagne, la sénatrice Éliane Assassi souhaite également créer un observatoire de parlementaires sur les droits de la presse. Rappelant qu'« il est intolérable que des journalistes puissent être poursuivis par la justice pour des écrits, surtout lorsqu'ils traitent d'affaires de corruption », elle a estimé qu'il était de son devoir d'utiliser son mandat pour « faire connaître de tels agissements ».
Ce regain de mobilisation survient alors que Youssef Rezzoug, rédacteur en chef du Matin, les journalistes Yasmine Feroukhi, Abla Chérif et Hassane Zerrouky, également rédacteur à l'Humanité, devraient être fixés aujourd'hui sur leur sort. Le 15 mars dernier, le procureur a requis une peine de six mois ferme contre eux, les accusant de diffamation dans deux affaires distinctes impliquant la société d'État Sonatrach et un milliardaire émirien, proche de Bouteflika. Outre ce verdict, la cour aura également à se prononcer le 20 avril prochain sur une demande de liberté provisoire déposée par les avocats de Benchicou. Malade et privé de soins depuis son incarcération, ce dernier risque une hémiplégie du bras droit et d'autres lésions s'il est maintenu en prison.
