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A Messieurs les rédacteurs de la revue la Gazette
de la presse francophone
9, cité bergère 75 009
Paris
Messieurs,
La Gazette de la presse francophone
de janvier 2005, a publié un entretien avec le président Abdelaziz
Bouteflika dans lequel il répond à une question sur l’emprisonnement
abusif de Mohamed Benchicou, journaliste et directeur du quotidien le Matin,
auteur du livre « Bouteflika, une imposture algérienne »,
paru aux éditions Picollec en février 2004.
A ce sujet, nous souhaitons vous apporter
les précisions suivantes : Dans leur vaste programme de neutralisation
des journaux jugés gêneurs, tel que le quotidien le Matin, que
dirigeait Mohamed Benchicou depuis 1991, il semblait plus facile pour les autorités
algériennes de pervertir leur volonté de musellement d’un journal
en répression d’un délit de droit commun. C’est pourquoi elles
ont mis tout leur machiavélisme à tenter de faire passer un journaliste
libre pour un délinquant économique. Dans la réalité
cette tâche s’est révélée plus ardue que prévue.
Nous en voulons pour preuve, la mobilisation pour demander la libération
de Mohamed Benchicou qui loin de s’étioler, ne cesse de s’étoffer
et ce alors qu’il est détenu depuis 9 mois à la prison d’El Harrach
près d’Alger. De nombreuses personnalités du monde de la politique,
de la littérature, de la presse, de la culture se sont joints et continuent
à se joindre à nous pour dénoncer cet acte dictatorial
qui n’honore pas ses auteurs.
Pour emprisonner Mohamed Benchicou
et faire taire son journal, les autorités algériennes l’accusent
d’infraction à la législation des changes sur la base de bons
de caisses libellés en dinars, délivrés par une banque
algérienne et qui ne sont que des reçus. Ces bons de caisse ne
constituent pas une infraction et aucun texte de loi n’en interdit la possession
ni sur le territoire algérien ni en dehors. (1)
Les ministères de l’intérieur
et des finances se sont chargés de la sale besogne à savoir de
fabriquer de faux procès verbaux et de faux témoignages pour accabler
Mohamed Benchicou. Une parodie de procès a fait le reste. (2)
En outre, et alors qu’il était
placé tout aussi abusivement depuis neuf mois sous contrôle judiciaire,
Mohamed Benchicou est jugé coupable et incarcéré au premier
jugement sans possibilité de recours. Le président de l’observatoire
algérien des droits de l’homme a dénoncé cette incarcération
abusive qui rappelle les méthodes staliniennes, selon ses propres termes.
(3)
Ainsi à l’heure où le
président Bouteflika, à la recherche d’une aura internationale
initie la réconciliation avec les islamistes et s’apprête à
décréter l’amnistie générale, un directeur de journal
paye de la prison les choix éditoriaux de son journal opposé à
la politique officielle. L’affaire de Mohamed Benchicou est aussi simple que
cela.
Nous portons à votre connaissance,
par ailleurs, que Mohamed Benchicou partage sa cellule avec une cinquantaine
de détenus. Qu’il est laissé sans soin en dépit de son
état de santé qui ne cesse de se détériorer en raison
d’une arthrose. Mais que de sa prison, il continue de nous donner une belle
leçon de liberté et de dignité. Son aura à lui est
intacte.
En vous remerciant d’avoir pris le
temps de nous lire et de bien vouloir prendre connaissance des pièces
jointes, Nous vous prions de croire, Messieurs, à l’expression de nos
sentiments respectueux.
Pour le collectif pour la liberté de la presse
en Algérie
Mme Fatiha Benchicou
Ci-joint :
(1)-La lettre par laquelle la direction de la douane
refuse de jouer un rôle dans cette cabale.
(2)-Le mémorandum relatant la parodie de procès
faite à Mohamed Benchicou.
(3)-Compte rendu de la déclaration du président de l’observatoire des droits de l’homme.
