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21 avril 2005
La cour d’Alger a rejeté hier la demande de liberté provisoire introduite par les avocats de Mohamed Benchicou dont l’état de santé se dégrade chaque jour un peu plus. Puisque le directeur du journal Le Matin, incarcéré à la prison d’El-Harrach depuis le 14 juin 2004, offre toutes les garanties légales et parce que son état de santé est des plus préoccupants, la défense compte introduire une nouvelle requête le mois prochain.
"Nous attendrons les motivations qui justifient le refus à
un détenu, le droit de se faire soigner pour une maladie qui ne cesse
de se radicaliser et de mettre la vie de mon client en danger" a déclaré
hier Me Benarbia après que la cour d’Alger eut rejeté la demande
de mise en liberté provisoire de Mohamed Benchicou. Ce dernier, qui souffre
entre autres d’une arthrose cervico-faciale qui peut entraîner la paralysie
du bras droit et d’une asthénie globale, n’a pas manqué de faire
remarquer au juge que jamais il n’aurait demandé sa mise en liberté
provisoire, si son état de santé ne l’avait pas nécessité
pas. Il faut dire que ceux qui se sont déplacés hier au tribunal
de Sidi M’hamed pour assister à l’audience n’ont pas été
surpris par le verdict, sachant que la veille cette même juridiction avait
condamné pour "diffamation" le directeur du Matin et quatre
de ces journalistes à 2 et 3 mois de prison ferme. Hier, l’attitude du
juge, celui-là même qui, le 11 août 2004, avait confirmé
le verdict – deux ans de prison ferme — prononcé en première instance
par le tribunal d’El-Harrach le 14 juin de la même année à
l’encontre de l’auteur de Bouteflika une imposture algérienne, ne prêtait
pas à équivoque. "Que voulez-vous ?", demande le président
de la cour sur un ton à la fois expéditif et ironique au collectif
d’avocats du journaliste incarcéré à la prison d’El-Harrach
depuis près d’une année. Me Miloud Brahimi, qui prend la parole
en premier, fait remarquer que la requête de Mohamed Benchicou est examinée
un 20 avril. "Une date symbole du Printemps berbère et de la lutte
pour les libertés et les droits de l’homme…". Il axe l’essentiel
de sa plaidoirie sur l’état de santé de Mohamed Benchicou, présent
à la barre avec une minerve au cou, après avoir rappelé
que le détenu avait été mis sous mandat de dépôt
juste après que le verdict eut été prononcé. "Une
énormité" qui, pour rappel, avait suscité l’indignation
de nombreux juristes, tout comme le délit pour lequel le directeur du
Matina été privé de liberté. Me Miloud Brahimi,
qui, hier a émis le souhait de voir son "client considéré
comme un simple citoyen pris dans des conditions ordinaires", avait, dans
une lettre ouverte, fait "appel à la rectitude" du ministre
de la Justice garde des Sceaux et attiré son attention sur "cette
sombre affaire de bons de caisse". Tout comme son confrère, Me Benarbia
émet le souhait de voir la cour accepter en ce 20 avril la demande de
remise en liberté provisoire du journaliste "symbole de la lutte
pour la liberté de la presse et de la démocratie". Une remarque
qui amène le juge à lui demander d’aller au "vif du sujet".
La réponse vient de Me Bourayou qui souligne que c’est là le vif
du sujet, "puisqu ’aujourd’hui la culpabilité c’est d’être
journaliste" et de dire que les journalistes n’ont plus besoin d’avocat
puisqu’ils sont en toutes circonstances coupables. Me Messaoud, lui, en appelle
à "l’humanisme de la cour" après avoir rappelé
ce dont souffre Benchicou et mis en exergue l’incapacité de l’infirmerie
de la prison d’El- Harrach à prendre en charge le détenu qui nécessite
des soins dans une structure spécialisée. Argument que développe
également Salah Hanoun qui indique que Benchicou était suivi avant
son incarcération par un spécialiste. Le procureur déclare
à la fin des plaidoiries qu’il ne voyait pas d’inconvénient à
ce que le prisonnier soit suivi dans une structure hospitalière. Après
délibération, le président de cour, qui déclare
la requête acceptable dans la forme, rejette la demande de mise en liberté
provisoire de Mohamed Benchicou, un journaliste que l’on veut réduire
à un vulgaire numéro d’écrou.
