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24 juillet 2004

Sur décision politique, Le Matin est interdit d'impression depuis vendredi soir. Il n'était pas dans les kiosques samedi. La direction de Simpral, imprimerie gouvernementale, vient de surprendre de nouveau tout le monde en refusant d'imprimer Le Matin avant l'ultimatum qu'elle avait elle-même fixé au 24 juillet. 24 heures avant cette date, les techniciens de l'imprimerie d'Etat ont été, en effet, destinataires d'un ordre de ne pas mettre le journal sur les machines. « Cette précipitation dans la sanction du Matin, le refus de Simpral d'échelonner le montant réclamé, confirme l'injonction venue du Pouvoir et révèle le caractère politique des pressions et représailles que subissent le journal et son directeur », lit-on dans le communiqué rendu public samedi par Le Matin.

Depuis la publication, le 19 juillet 2003, du témoignage de M. Saâdaoui, qui a fait part des tortures qu'il a subies sur ordre de M. Zerhouni, actuel ministre de l'Intérieur, Le Matin est la cible d'une cabale politico-judiciaire sans précédent. Son directeur, auteur du livre Bouteflika, une imposture algérienne, croupit aujourd'hui en prison sous le fallacieux prétexte d'avoir commis une infraction à la réglementation des changes. Le pouvoir politique a décidé ainsi d'interdire l'expression de toute voie autonome.

Les bilans de la relation commerciale entre Le Matin et la société Simpral, pour ne citer que cet exemple, est là pour confirmer cette volonté de faire disparaître ce quotidien. La somme réclamée au journal, soit 38 millions de dinars, ne représente pas 1 % de la globalité de la dette que détient cette société sur plusieurs publications, évaluée par les services de Simpral à plus de 300 milliards de centimes. Une dette qui concerne l'ensemble des journaux privés et publics. Pourquoi alors uniquement Le Matin, alors que de l'aveu des responsables de l'imprimerie, ce journal est « un bon payeur » ? Depuis août dernier, Le Matin a dû payer plus de 19 milliards de centimes sous les multiples pressions des autorités politiques du pays. Cette publication qui n'a pas cessé de réclamer le respect des règles commerciales a été contrainte de payer sur décision politique la moitié d'une autre somme faramineuse de 92 millions de dinars fixée arbitrairement par la direction générale des impôts.

Une volonté d'asphyxie du journal qui s'est traduite d'ailleurs par la saisie du siège social du journal puis sa vente pour une somme dérisoire. L'option politique de faire disparaître Le Matin s'est vérifiée également lorsque les responsables de Simpral ont opposé un refus catégorique à toute négociation pour un échéancier de paiement. La proposition des dirigeants du Matin de verser plus d'un tiers du montant réclamé est rejetée. Pis, dans un communiqué rendu public samedi, l'imprimerie de l'est, invoquant l'esprit de solidarité avec Simpral, a décidé de ne pas imprimer Le Matin, défiant ainsi toutes les dispositions légales du contrat liant les deux entreprises. Une situation qui a gravement affecté Mohamed Benchicou puisque ses avocats affirment que « depuis la semaine dernière, soit au lendemain de l'ultimatum de Simpral, son état de santé s'est subitement dégradé ».

« Samedi, dans la matinée, ses avocats nous ont précisé qu'en raison d'une baisse de tension anormale, Mohamed Benchicou a été mis sous perfusion », relève-t-on dans un autre communiqué. Dans une déclaration rendue publique le même jour, le Comité national pour la libération des journalistes, composé du Conseil de l'éthique, du Syndicat national des journalistes et de titres de la presse indépendante, parle « d'un assassinat à petit feu du directeur du Matin, qu'on laisse mourir derrière les murs de la prison ». Ces derniers, qui relèvent « un retard pris délibérément dans la fixation de la date de son procès en appel », appellent à la cessation et à une « trêve au massacre des journalistes, trêve au massacre de la presse libre ».