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15 février 2004
« Bouteflika, une imposture algérienne ». Voilà un livre, effort intellectuel abouti, une exploration approfondie mais aussi et surtout lucide, qui disperse cette sorte d’encre de seiche dont Bouteflika s’entoure soigneusement et constamment pour ne pas avoir à apparaître et, donc, s’assumer dans sa véritable dimension.
L’auteur, Mohamed Benchicou, journaliste et directeur du quotidien Le Matin , soumis, depuis plusieurs mois à un harassant harcèlement judiciaire, s’est interdit, écrivant, la « démesure » d’un coup de gueule. Il a « fouiné », re-convoqué l’histoire dans ce qu’elle a consigné comme témoignages véraces pour faire s’écrouler, irrésistiblement, l’icône - une illusion - que Bouteflika a ou s’est fait, jusque-là, habillement ériger. Le Larousse aurait dû, avant que n’écrive Benchicou, s’enrichir d’un vocable plus fort que « imposture » pour illustrer, dans son exacte acceptation, la préoccupation, maladive chez Bouteflika, à continuellement usurper tout, y compris à se fabriquer une notoriété de bravoure révolutionnaire quand, en vérité, son apport à la guerre de libération n’était que successifs manquements aux engagements. « Curieusement, les historiques seront les premiers à douter du passé guerrier de Bouteflika. A l’évocation, ils se trouvent même un accent méprisant. « Le commandant Abdelkader est une invention, tout comme la légende d’« Abdelkader El Mali ». « L’itinéraire de Bouteflika au maquis se résume à deux désertions dont on n’a jamais voulu parler », écrit Benchicou, reprenant le commandant Azzedine (p. 60).
La seule fonction retenue de Bouteflika durant la guerre de libération est celle de contrôleur au niveau de la wilaya V. « La fonction de contrôleur était propre à la wilaya V, explique le commandant Azzedine. C’était la seule wilaya dont la direction était installée au Maroc et qui, de ce fait, avait besoin d’agents d’inspection et de sensibilisation pour s’informer des troupes activant en Algérie ou aux frontières. » C’était entre 1957 et 1958. « Cette période fut la seule dont on peut dire qu’elle fut celle du maquis pour Bouteflika », témoigne, de son coté, Cherif Belkacem. Bouteflika n’avait que le grade de capitaine. Il ne sera décoré commandant que grâce à la « générosité » de Boumediene. Un grade de complaisance, en somme. « Bouteflika n’est devenu le commandant Si Abdelkader qu’au printemps 1962, à trois mois de l’indépendance. Rien ne l’y disposait, sauf Boumediene qui l’aurait imposé. »
Benchicou, témoignages à l’appui, démystifie cet attribut de gloriole que Bouteflika et ses thuriféraires aiment souvent à marteler, à savoir d’avoir structuré un front de lutte au Mali. L’affectation, nous apprend Benchicou, n’est, en vérité que punition. Affecté, fin 1960, à Ghardimaou, Bouteflika s’en est allé plutôt se balader en Espagne et en Italie. Des semaines durant. Il n’officiera, non plus, pas au Mali. « Tout n’a été que sornettes dans ce fameux front du Mali : le front lui-même, les troupes fictives et, surtout, le sobriquet ‘Abdelkader El Mali’, relève le commandant Azzedine, qui suivait l’opération depuis Ghardimaou. Bouteflika n’a supporté ni l’isolement ni les difficiles conditions de vie. Quelques semaines après que Kaïd Ahmed les eut installés, Abdelaziz Bouteflika disparut du Mali. Sans laisser d’adresse. Il n’a séjourné au Mali que le temps de déposer ses bagages. » Où était-il allé ?
« Azzedine mettra quarante-deux ans pour avoir la clé de l’énigme de la bouche d’un ami intime de Bouteflika : le fugueur vivait à Tanger, où il avait une relation sentimentale. » Deux fugues de suite, donc. Ceci, pour le passé. Revenu aux affaires en 1999, Bouteflika continuera à projeter une image de sa personne sous un prisme totalement déformant. A commencer par ce qu’il a cultivé comme image d’opposant à Chadli Bendjedid. Il n’a jamais été proche de Chadli comme durant son émigration à l’étranger. Il s’intéressa même à une des filles Bourokba (la belle-famille de Chadli) dont il apprit qu’elle était encore célibataire. « Il me chargea d’en savoir plus sur la demoiselle et je crois qu’il prévoyait de sérieusement faire alliance avec les Bourokba en y prenant femme », écrit Benchicou, citant Dehbi. Bouteflika se mariera, sans que personne ne le sache, en 1990. Bouteflika se maria un vendredi d’août 1990 dans un appartement de la rue Duc -des- Cars, à Alger. Il épousa Amal Triki, fille du diplomate Yahia Triki, alors premier conseiller à l’ambassade d’Algérie au Caire » (lire les détails de ce mariage en extraits). Benchicou, qui a plongé au-delà des apparences trompeuses de Bouteflika, nous éclaire aussi sur ce neveu « disparu du président ».
« Ce neveu disparu rendu célèbre par le président est en vérité le fils du demi-frère de Bouteflika, Mohamed. Ce dernier, né d’un premier mariage de la mère de Bouteflika, n’a jamais été accepté par la fratrie, qui l’a déshérité. Mohamed décédera sans que l’injustice ne fut réparée, et c’est en venant à Alger pour en savoir plus sur l’affaire que son fils, le fameux ‘neveu disparu’ de Bouteflika, trouvera la mort. De mauvaises langues de militaires aigris suggèrent d’orienter les recherches vers le jardin de la villa familiale des Bouteflika, à Sidi Fredj ».
Benchicou, par ailleurs, qui concède à Bouteflika un seul mérite, celui de lui avoir permis, en l’interdisant de sortie du territoire national, d’écrire ce livre, enrichit, à satiété, son ouvrage de révélations sur l’affaire Khalifa, entre autres entreprises pas du tout orthodoxes de Bouteflika. Le lecteur, qui pourra dès ce lundi tenir entre ses mains ce précieux ouvrage, saura aussi qu’au moment où le roi du Maroc s’est mis à l’idée et entrepris de chercher noise à l’Algérie, Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères, entretenait au Maroc, une décapotable pour l’apparat, un de ses amours marocaines.
