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14 juin 2006
Mohamed Benchicou n’est, heureusement, pas le seul à garder le chronomètre en main pour compter les dernières heures, avant sa remise en liberté. Hier, à la Maison de la Presse Tahar-Djaout, les journalistes, travailleurs et patrons de presse étaient tout heureux de savoir que leur confrère sera de retour parmi les siens, dans sa famille et au milieu de ses amis. Même si le débat ne s’est jamais éteint sur la nature et les conditions d’emprisonnement de Mohamed Benchicou, il est encore d’actualité aujourd’hui, à l’occasion de sa sortie de prison.
Les discussions sur le devenir du Matin sont momentanément mises de côté pour laisser place à la joie et au bonheur de retrouver l’auteur du livre Bouteflika une imposture algérienne et aussi auteur de la chronique du jeudi, de la page 24 du Matin. Aujourd’hui, Mohamed Benchicou sera dans les locaux du Matin. Il rencontrera ses confrères qui l’ont soutenu durant ces deux années où il a été, lui, privé de sa liberté d’écrire. Approché, certains directeurs de journaux se sont exprimés et ont fait part du vide médiatique laissé par la disparition du titre Le Matin et la mise sous les verrous de son directeur.
“L’équipe d’ El Watan est très ravie que Mohamed Benchicou retrouve sa liberté. Deux ans de prison, c’était trop excessif. C’est un soulagement qu’il soit aujourd’hui de retour dans sa famille”, a confié Omar Belhouchet, directeur du quotidien El Watan. Pour ce qui est du journal Le Matin, notre interlocuteur considère que “le titre doit réapparaître, car tout titre de presse qui disparaît, quel qu’il soit, laisse un manque dans le milieu médiatique”.
Chafik Abdi, directeur du Jeune Indépendant, estime, pour sa part, que “aimer ou ne pas aimer la ligne éditoriale du Matin est secondaire pour les authentiques défenseurs des libertés, sans distinction”. Il ajoute que “ Le Matin est un journal qui est né dans la douleur, après la crise d’ Alger Républicain, et sa cessation a été également faite dans la douleur”. Tout en exprimant son soulagement de la libération de Benchicou, l’orateur espère “le retour du Matin sur les étals, pour ses lecteurs qui se sont, dit-il, perdus depuis que leur canal a disparu”.
Les même vœux sont partagés par Hadda Hazam, directrice du journal arabophone El Fedjr, qui, elle, s’étale davantage sur les qualités rares retrouvées chez Mohamed Benchicou : “C’est un homme généreux, attentif et compréhensif, malgré qu’il ait toujours utilisé un ton dur et ferme dans ses écrits. Les chroniques de Mohamed Benchicou nous manquent énormément, c’est un immense vide qu’il a laissé. Sa façon de traiter l’information, de la commenter avec courage et rigueur a distingué son journal des autres quotidiens de par sa qualité et son engagement pour la liberté d’expression”.
Bachir Cherif Hacène, directeur de La Tribune, a exprimé ses vives joies pour son collègue. Il espère toutefois que celui-ci “retrouvera sa corporation avec plaisir mais aussi avec une autre visibilité”. Il souligne au passage que “la corporation doit prendre acte des conséquences de l’incarcération de notre collègue particulièrement sur le concept de la solidarité qui ne doit pas être simplement de façade”.
Ainsi, les journalistes seront nombreux ce matin à se donner rendez-vous devant la maison d’arrêt d’El Harrach, pour souhaiter un bon retour à leur collègue.
Ali Ouafek, directeur de Liberté, se réjouit, pour sa part, de la libération de son collègue. “Benchicou est un grand journaliste qui mérite de retrouver ce qu’il a perdu ces deux dernières années.”
