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Le Comité Benchicou pour les Libertés
Alger, le 13 juin 2006
Il y a deux ans jour pour jour, Mohamed Benchicou
était conduit du tribunal d’El-Harrach à la prison du même
nom, à l’issue d’un simulacre de procès digne d’un régime
dictatorial. Le mandat de dépôt à l’audience émis
par le tribunal contre le directeur du Matin, traité tel un dangereux
criminel, était une mise en garde claire à l’adresse des journalistes,
ainsi “invités à rentrer dans les rangs”, c'est-à-dire
renoncer à leur devoir d’information et leur droit de critique.
L’emprisonnement de Mohamed Benchicou, libérable
aujourd’hui après avoir purgé la totalité de sa peine,
prouve, s’il en est, l’acharnement tenace contre la presse algérienne
et les professionnels qui la représentent : le “cas” du directeur du
Matin, jugé et condamné en réalité pour ses écrits
et pour servir d’exemple, n’étant qu’un épisode dans la longue
série noire. Il suffit de rappeler, en effet, qu’une vingtaine de journalistes
sont condamnés, à ce jour, à de lourdes peines à
la prison ferme, que trois d’entre eux sont sous contrôle judiciaire et
que cinq éditeurs de journaux, parmi les plus en vue, sont poursuivis
dans 88 procès de presse, pour mesurer l’ampleur du préjudice
causé à la liberté de la presse dans ce pays. Aussi les
mesures de circonstance, conçues pour faire diversion, ne sauraient résister
aux faits. Elles constituent, tout au plus, une preuve supplémentaire
de la duplicité d’un régime qui n’hésite pas à réduire
la liberté de la presse à un slogan de tribune des plus grotesques.
De plus, le climat vicié dans lequel évolue la presse, soumise
au harcèlement continu et méthodique du régime, n’est pas
isolé du contexte général marqué ces dernières
années par un rétrécissement du champ des libertés
publiques : marginalisation des partis politiques au seul profit des partis
dits de l’alliance présidentielle, exclusion des syndicats autonomes,
quasi-fermeture des espaces publics d’expression, etc. Il traduit une volonté,
désormais clairement affichée par le régime en place: le
retour à la pensée et au parti uniques. A l’heure où la
tendance mondiale est à la dépénalisation des délits
de presse, les journalistes et la société algérienne dans
son ensemble ne sauraient se contenter de “mesurettes”. Plus que la “clémence”
ou le “pardon” de circonstance accordés aux journalistes “déviants”,
il est attendu des pouvoirs publics un engagement clair et définitif
de respecter la liberté de la presse. Des réformes indispensables,
décidées sans délai, sans ruse ni atermoiements, sont seules
à même d’assurer l’exercice effectif des droits à la liberté
de la presse et à la liberté d’expression, chèrement acquises
par les citoyens et garanties par la Constitution algérienne. Il s’agit
de :
1) l’abolition des dispositions du code pénal prévoyant des peines
de prison et de fortes amendes pour diffamation : l’article 144 bis introduit
par amendement au code pénal de 2001 constituant une entrave majeure
à l’exercice de la profession de journaliste ;
2) l’adoption d’une loi qui encourage la liberté de la presse et protège
le journaliste dans l’exercice de son métier, en remplacement de l’actuel
code de l’information. Cette dernière mesure devra nécessairement
être précédée d’un débat public, large et
contradictoire. La presse devra, aussi, être assurée de son droit
légitime à organiser librement le cadre éthique et déontologique
dans lequel elle est appelée à évoluer pour accéder
à une plus grande professionnalité.
