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15 juin 2006
L’organisation américaine des droits de l’homme, Humam Rights Watch (HRW), a déclaré que la liberté de la presse en Algérie reste « en danger malgré la libération bienvenue de Mohamed Benchicou », directeur du journal Le Matin, après avoir purgé deux années de prison. Dans un communiqué diffusé, hier, à partir de Bruxelles, HRW a noté que « les détracteurs du gouvernement algérien n’en continuent pas moins d’être exposés à des représailles.
Celles-ci s’expriment par une pléthore
de procès en diffamation et, à l’occasion, dans des inculpations
douteuses pour infractions pénales ». Pour l’organisation,
ces poursuites judiciaires et autres pressions restreignent considérablement
la liberté de la presse en Algérie, plus encore qu’il y a sept
ans, a-t-elle ajouté, lorsque le président Abdelaziz Bouteflika
avait été élu pour la première fois. Selon Sarah
Leah Whitson, directrice exécutive de la division Moyen-Orient et Afrique
du Nord de l’organisation, les autorités « ont prétendu
que Benchicou avait violé les réglementations douanières
pour justifier son emprisonnement. Or, son seul crime est d’avoir attaqué
le Président et ses associés à un moment où ils
étaient bien décidés à mettre une sourdine aux critiques ».
HRW a expliqué que les problèmes judiciaires auxquels fait face
Mohamed Benchicou ne sont pas terminés. « Au moins 10 plaintes
en diffamation portées contre lui ont pris le chemin des tribunaux. Certaines,
notamment, ont été déposées par ou au nom d’institutions
et de fonctionnaires publics pour des articles publiés dans Le Matin.
Dans deux cas, des cours d’appel ont condamné Benchicou à la prison
ferme, peines qu’il n’a pas encore commencé à purger pour la simple
raison qu’il a fait appel des jugements devant la plus haute cour du pays, la
Cour de cassation. » Elle a précisé que ces difficultés
ressemblent à celles de bon nombre d’autres directeurs de publications
et journalistes qui sont sans cesse appelés à comparaître
devant les tribunaux pour répondre de plaintes en diffamation déposées
contre eux pour des articles et des caricatures politiques. « mettre
un terme à la détention des reporters » (...) Bachir
Larabi, correspondant du quotidien El Khabar à El Bayadh, a passé
un mois en prison au début de cette année pour avoir « diffamé »
des responsables locaux. « Au cours des deux années passées
à la prison d’El Harrach, Benchicou a fait des allers et retours au tribunal
pour répondre des accusations de diffamation portées contre lui
et encore en suspens, que ce soit pour des propos écrits de sa main ou
en sa qualité de directeur du Matin. Benchicou espère récupérer
son passeport lors de sa libération. Il lui a été confisqué
en 2003, lorsque le tribunal a ouvert une enquête criminelle à
son encontre. Sur le plan juridique, rien ne justifierait aujourd’hui qu’il
ne lui soit pas restitué. » HRW a, par ailleurs, rappelé
les propos de Mme Benchicou, selon lesquels son mari espérait relancer
la publication du Matin, qui a cessé de paraître en juillet 2004,
lorsque l’imprimerie publique Simpral a refusé de continuer à
l’imprimer jusqu’à ce qu’il paie toutes ses factures en souffrance. Le
mois précédant, peu après la condamnation de Benchicou,
les autorités avaient saisi les avoirs du journal, notamment le bâtiment
qu’il possédait à Alger, et les avaient vendus aux enchères
pour, selon elles, éponger le redressement fiscal réclamé
au Matin. « Lorsque Mohamed Benchicou sera remis en liberté
aujourd’hui, l’Algérie ne comptera plus aucun journaliste en prison »,
a déclaré Whitson. « Mais tant que les tribunaux ne
garantiront pas des procès équitables aux détracteurs du
gouvernement et tant que les autorités n’abrogeront pas les lois répressives
en matière de diffamation, il est peu probable qu’il soit le dernier
à avoir été derrière les barreaux. »
Pour sa part, la Fédération internationale des journalistes (FIJ)
s’est « réjouie » de la libération de Mohamed
Benchicou et a demandé en outre « la levée de sanctions
pénales menaçant de prison ferme deux douzaines d’autres journalistes ».
Dans un communiqué publié, hier, le secrétaire général
de la FIJ, Aidan White a déclaré : « (...) Même
si nous applaudissons cette nouvelle (libération), nous restons extrêmement
soucieux du sort d’au moins une vingtaine d’autres journalistes qui sont toujours
menacés de sanctions pénales », précisant plus
loin qu’« il est temps pour la liberté de la presse en Algérie
de prendre un nouveau départ et il est temps de mettre un terme à
la détention des rédacteurs et reporters et d’éliminer
toute forme de répression vis-à-vis des journalistes ».
Le coordinateur du bureau de l’organisation à Alger a, de son côté,
indiqué que « le dossier Benchicou a mis en lumière
un système judiciaire corrompu et politisé que nous avons vu prendre
tous les tours et détours dans une suite d’erreurs ces deux dernières
années. Nous devons maintenant libérer nos autres collègues
et faire le maximum pour décriminaliser les délits de presse en
Algérie ».
