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15 juin 2006
Matinée chaude !
A peine 7h, une foule commence à se constituer devant la prison d’El
Harrach à Alger. A première vue, l’on peut distinguer Me Ali Yahia
Abdenour, président d’honneur de la Ligue algérienne pour la défense
des droits de l’homme, Me Benarbia, Fouad Boughanem, directeur du Soir d’Algérie
et également Belaïd Abrika du mouvement des archs, accompagné
de toute sa « tribu ».
En face de la prison, quelques membres du Comité
Benchicou pour les libertés (CBL) s’affairent à accrocher une
banderole au mur. Une poignée de militants des droits de l’homme, debout
au bord de la route longeant l’enceinte carcérale, exhibent des portraits
de l’« homme du jour », Mohamed Benchicou, journaliste
et directeur de publication du Matin. « Tout le monde est là
pour lui », lâche un membre du CBL. La foule, qui grandit au
fil des quarts d’heure qui passent, est là pour accueillir Benchicou
qui va sortir de prison, après avoir purgé une peine de 2 ans.
Ses proches et amis arrivent en petits groupes. Fatiha, son épouse, est
là. Des admirateurs de sa plume rejoignent le regroupement, occupant
le trottoir d’en face. Au bout d’une heure d’attente, l’un des frères
du « libéré » nous informe que le prisonnier
quittera l’enceinte carcérale vers 9h. Tout le monde a les yeux braqués
sur la porte de sortie : les caméras, les appareils photo des reporters
photographes... Même les passants, étonnés de voir autant
de monde devant la prison, marquent une halte pour étancher leur curiosité.
Un renfort de policiers arrive. Sait-on jamais ! 9h passées, Benchicou
n’apparaît pas. « Il restera encore longtemps à l’intérieur ? »,
se demande quelqu’un parmi la foule. « Les procédures de sortie
sont longues », lâche une autre personne, qui dit avoir encore
gardé l’amer souvenir de son « séjour »
dans cet établissement pénitentiaire. Encore une heure donc !
Exposée à une chaleur tapante, la foule commence à être
gagnée par la fatigue, mais tient bon grâce à un sentiment
d’injustice subi par Benchicou. 10h. L’homme attendu fait son apparition devant
la petite porte de la prison. En complet gris, gardant toujours ses cheveux
longs poivre et sel, Benchicou, encadré par deux policiers, lève
sa main vers le haut et fait avec deux doigts le signe V, synonyme de victoire,
et sourit à la foule qui se bouscule auprès de lui. Impossible
de l’approcher. Les reporters photographes ont du mal à le prendre en
photo. Des youyous éclatent, suivis de slogans hostiles au régime
en place, tels que « Pouvoir assassin », « Ulach
smah ulach », « Mazalagh Imazighen ». L’ambiance
nous fait rappeler le « vieux » temps des marches des
archs de Kabylie. Au bout d’un quart d’heure, Benchicou franchit difficilement
cette foule compacte et se jette dans la voiture de son frère Abdelkrim,
tout en saluant la foule avec sa main. La voiture est suivie par d’autres véhicules
faisant ainsi une sorte de cortège jusqu’à la place de la Liberté
de la presse à Alger-Centre. Après avoir marché quelques
mètres sur la rue Hassiba Benbouali, il se recueille à la mémoire
des journalistes assassinés pendant la dernière décennie
et dont les noms sont gravés sur la plaque commémorative à
la place de la Liberté. D’autres journalistes et amis rejoignent cette
ambiance festive, dont le directeur du journal Liberté, Ali Ouafak. Après
cette halte, Benchicou prend le chemin de la maison de la presse Tahar Djaout.
Mais avant d’y arriver, il s’arrête au niveau du hangar de la société
de transport public Etusa, au Champ de manœuvre, où il dépose
une gerbe de fleurs à la mémoire des deux jeunes journalistes
fauchés par un bus de cette même entreprise un certain 14 juin
2002. Date de la fameuse marche avortée des archs à Alger. Ensuite,
Benchicou retrouve les siens à la maison de la presse où Me Ali
Yahia Abdenour qui, malgré le poids des ans, a tenu à faire le
périple, lâche à l’adresse des journalistes : « Aujourd’hui,
Mohamed Benchicou sort d’une petite prison pour entrer dans la grande qui est
l’Algérie. Il est libéré, mais il n’est pas libre comme
nous le sommes tous. Car tous les espaces d’expression libre sont fermés. »
Me Ali Yahia ne désespère pas et appelle la corporation des journalistes
à poursuivre sa lutte pour « la libération de l’Algérie ».
