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04 juillet 2006
Reporters sans frontières prend acte de la
décision du président algérien Abdelaziz Bouteflika de
gracier tous les journalistes condamnés pour "outrage à institution
et corps constitués" et "diffamation" à l'occasion
du 44e anniversaire de la Fête de l'indépendance, le 5 juillet
2006.
"L'iniative du président Abdelaziz Bouteflika témoigne d'une
volonté de remettre les compteurs à zéro. Mais nous appelons
le Président à confirmer cette volonté de relâcher
la pression sur les journalistes en mettant en place de véritables réformes.
Celles-ci passent notamment par la dépénalisation des délits
de presse afin que les journalistes puissent travailler dans des conditions
plus favorables sans risquer, à tout moment, d'être condamnés
à une peine de prison. Aujourd'hui, l'article 144 bis du code pénal
prévoit, par exemple, pour toute mise en cause du président de
la République dans des termes injurieux, insultants ou diffamatoires,
des peines de deux à douze mois de prison et des amendes, parfois exorbitantes.
Si ces réformes ne sont pas entreprises rapidement, nous nous retrouverons
dans six mois dans la même situation, avec des dizaines de journalistes
condamnés à une peine de prison", a déclaré
l'organisation.
Contacté par Reporters sans frontières, Mohamed Benchicou, ancien
directeur du Matin et récemment libéré des gêoles
algériennes, a commenté cette mesure : "Elle est évidemment
la bienvenue. Cependant, elle sert tout d'abord le pouvoir algérien avant
de servir la presse. Cette décision tardive intervient après trois
ans de harcèlement politique, policier, judiciaire et fiscal sans précédent,
qui se sont soldés par l'emprisonnement de sept journalistes et la condamnation
de vingt-trois autres à des peines de prison ferme. Le Président
doit installer structurellement la liberté de la presse. Ce qui passe
par différents points : l'arrêt de tout acharnement contre les
journalistes et la presse libre, le pouvoir de redonner au Matin le droit de
reparaître et la restitution du passeport de son directeur."
Soixante-sept affaires ont été jugées lors d'une session
extraordinaire d'un tribunal d'Alger qui s'est tenue, le 3 juillet, aboutissant
à des relaxes ou des peines symboliques, selon des journalistes présents
et des avocats algériens.
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika avait déjà pris des mesures de grâce à l'occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le 3 mai 2006. Cependant, Reporters sans frontières avait dénoncé cette grâce qui, dans les faits, ne concernait aucun journaliste. La mesure s'appliquait seulement aux journalistes condamnés "définitivement", ce qui excluait les professionnels des médias ayant fait appel de leur jugement.
Maghreb
& Middle-East Desk
Lynn TEHINI
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