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15 juin 2006
L’émotion et la joie étaient, encore,
au rendez-vous, hier à la Maison de la presse Tahar Djaout. Mohammed
Benchicou, directeur du quotidien Le Matin est libéré dans la
matinée après deux ans d’emprisonnement à la maison d’arrêt
d’El Harrach.
Bien que l’heure de la libération du journaliste n’ait pas été communiquée, faute d’information, des journalistes, des militants politiques et des représentants de syndicats autonomes ainsi que les délégués du Mouvement citoyen, ont pris d’assaut la Maison de la presse, tandis que les animateurs du comité Benchicou pour les libertés et la famille de l’ex prisonnier attendaient devant la prison.
Emotion et souvenirs
Sorti d’El Harrach à 10h30’, Mohammed Benchicou et ses accompagnateurs,
parmi lesquels on pouvait distinguer Bélaid Abrika et Rachid Allouache
des archs, Hamid Farhi du MDS et d’autres figures connues ou anonymes, s’est
dirigé vers la place de la liberté de la presse, sise à
la rue Hassiba Ben Bouali où il a déposé une gerbe de fleurs
à la mémoire des journalistes assassinés par le terrorisme,
sous les applaudissements des présents et des cris de "pouvoir assassin".
Certains présents ont même tenté d’improviser une marche
vite stoppée par des organisateurs qui ne voulaient pas créer
d’incident. Même scénario devant le hangar de l’ETUSA, où
de jeunes journalistes furent fauchées à la fleur de l’age par
un chauffeur de bus lors de la marche historique du 14 juin 2001.
C’est sous un soleil de plomb que Benchicou et ses compagnons sont arrivés,
enfin, à 11h50’ à la maison de la presse où une foule nombreuse
les attendait. Première escale : le siège de son journal fermé
il y a près de deux ans, c’est-à-dire quelques mois après
son emprisonnement. Benchicou revient sur les lieux de son travail deux années
plus tard. Les murs et l’enseigne du quotidien sont toujours là, mais
à l’intérieur, il ne reste que de la poussière et quelques
souvenirs symbolisés par des notes de service et le mobilier. L’émotion
est à son comble et les youyous fusent de partout tout comme les cris
de certains militants des archs qui ont repris, à l’occasion, certains
de leurs slogans délaissés depuis belle lurette. L’escale ne durera
que quelques minutes, puisque le journaliste s’est dirigé, ou il a été
dirigé, vers le siège du défunt conseil de l’éthique
et de la déontologie, transformé entre temps en bureau du comité
Benchicou. Difficile de se frayer un chemin devant le zèle de certains
accompagnateurs, notamment des délégués des archs. A l’intérieur
attendait un autre journaliste, marocain celui-là. Ali Lemrabet, puisque
c’est de lui qu’il s’agit, recevra quelques minutes plus tard le prix Benchicou
pour la plume libre. Avant de rejoindre la foule qui attendait, le journaliste
fait une visite au Soir d’Algérie, seul journal visité, qui se
trouve à quelques encablures de là.
Matoub pour animer la fête
Pendant ce temps, des confrères et des citoyens anonymes s’échangent
des propos, partagés entre la joie de voir un journaliste libéré
et celle d’une appréhension sur l’avenir de la corporation. Première
remarque : hormis les représentants de l’aile de Ali Hocine du MDS, aucun
représentant de partis politiques, dits démocrates, n’était
présent. Seul l’infatigable Ali Yahia Abdenour a suscité la curiosité
des journalistes. "Mohamed Benchicou a quitté sa petite prison pour
se retrouver dans cette grande prison qu’est l’Algérie. Il faut lutter
pour plus de libertés dans ce pays", déclare entre autres
le vieil avocat derrière ses lunettes de soleil.
Pendant que Mohamed Benchicou prenait un peu de recul, les organisateurs ont
trouvé une bonne solution pour ne pas ennuyer les présents. Des
opus du défunt Matoub Lounès sont diffusés à grands
décibels, donnant un cachet de fête à l’évènement.
Le soleil brûlant n’a pas dissuadé les présents de rester
sur place pour écouter le journaliste libéré et le voir
à l’oeil nu.
Vers 13 heures, un des animateurs des archs est enfin monté sur le perron
de la maison de la presse pour inviter l’assistance, composée de quelques
dizaines de personnes, à se rapprocher. Benchicou apparaît dans
une forme époustouflante. Sourires mêlés d’émotion
sont visibles sur son visage. C’est le moment de décerner le prix qui
porte son nom, dans sa deuxième édition, au journaliste marocain,
Ali Lemrabet et à Bachir Larabi. Le directeur du quotidien Le Matin,
aujourd’hui fermé, se contentera de quelques phrases, prononcées
avec une gorge serrée. "Après deux ans de prison, je ressors
intact est déterminé. N’ayez pas peur de leurs prisons. Vous y
trouverez des Algériens qui vous aideront. L’Algérie a besoin
de liberté et c’est le moment de lutter pour arracher cette liberté",
se contentera de dire le journaliste, qui a retenu difficilement ses larmes,
avant de donner le prix aux deux journalistes. Et la foule, soulagée,
se disperse avec un numéro du Matin, gratuit et symbolique, entre les
mains.
Par ailleurs, juste après la cérémonie, le Syndicat National
des Journalistes (SNJ), la Fédération Internationale des Journalistes
(FIJ) et Reporters Sans Frontières (RSF) ont diffusé des communiqués
dans lesquels ils se félicitent de la libération du journaliste
et demandent de "poursuivre la lutte".
