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15 juin 2006
Si la condamnation de Benchicou devait servir de mise en garde aux autres journalistes, il faut admettre que c'est "raté", et que le fiasco est à la mesure des deux années de prison.
Mohamed Benchicou est enfin libre ; une liberté
retrouvée au bout de deux pénibles années de prison à
El-Harrach. Ainsi ceux qui ont juré de lui faire payer sa liberté
de ton, sa liberté d’expression, sa liberté tout court sont allés
jusqu’au bout de l’injustice. Le faire taire par l’enfermement. Sont-ils donc
arrivés à leur fin ? oh que non ! La liberté d’expression
et celle de pensée sont des droits inaliénables de la personne
humaine. Ce qui en d’autres termes signifie que personne ne peut les mettre
indéfiniment au cachot, les idées ne s’emprisonnent pas. Et l’histoire
nous a enseigné que le droit finit par triompher. Les exemples sont légion
dans le monde. Revenons maintenant à l’exercice de notre métier
de journaliste et à l’usage de ces libertés. Il faut reconnaître
que sans celles-ci, il n’y a point de presse dans sa dimension démocratique
et sa portée universelle.
En partant de ces évidences, le journaliste ne doit en aucun cas être
privé de l’essence même de son métier, à savoir chercher
et rapporter à ses lecteurs toutes les informations nécessaires
à la compréhension de la situation dans notre pays et dans le
monde. Tout cela dans le respect de l’éthique, de la déontologie
et des lois en vigueur. Mais faut-il que celles-ci soient débarrassées
de leur contenu scélérat et répressif. Ainsi, là
où il n’aurait fallu user que de mots, on a fait usage du bâton
et mis sous écrou un grand journaliste. Deux ans après, Mohamed
Benchicou sort de prison, grandi par l’épreuve et plus déterminé
que jamais à lutter contre l’injustice et l’arbitraire. Dans son message
à la société, et à tous ceux qui de près
ou de loin l’ont aidé ou lui ont témoigné leur sympathie,
Benchicou les remercie et les assure qu’il “ressort intact”.
Aussi, si sa condamnation devait servir de mise en garde aux autres journalistes,
il faut admettre que c’est “raté”, et que le fiasco est à la mesure
des deux années de prison. Une tache de plus dans l’histoire de la presse
algérienne.
Cette heureuse libération intervient à un moment où la
langue de bois a supplanté l’information faisant un come-back très
remarqué. Nous assistons donc aujourd’hui à une régression
qui nous renvoie aux années de plomb, à l’ère du parti
unique et de “l’article 120”.
Un chef du gouvernement s’en va un autre arrive, des déclarations sibyllines
par-ci, et assassines par-là, ne cessent de faire et défaire les
membres de l’exécutif, des généraux, la révision
de la constitution, les walis, les hauts fonctionnaires et que sais-je. C’est
donc ce type d’infos ou de rumeurs qui circulent dans les travées du
pouvoir et qui naturellement se retrouvent dans les colonnes de journaux.
Il faut croire que le pouvoir a peur de communiquer, et que sa meilleure défense
est l’opacité et un savant dosage entre l’information officielle et le
silence calculé.
Voilà en quelques mots les circonstances et les conditions dans lesquelles
baigne la presse.
Dans de telles conditions, l’on se retrouve à faire des spéculations,
à élaborer des scénarios et à prédire des
événements.
Et même dans ce contexte, lorsque les articles n’agréent pas les
puissants du moment, c’est la main lourde de la justice qui s’abat sur les journalistes.
Le nombre de procès contre la presse montre, si besoin est, que le combat
est encore à mener, pour qu’elle acquière la place et le rôle
qui sont les siens.
