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15 juin 2006
Le journaliste marocain, condamné en appel
en juin 2003 à trois ans de prison ferme — l’audience n’a duré
que 10 min — puis en avril 2005 à dix ans d’interdiction d’écrire
pour avoir déclaré que les Sahraouis n’étaient pas «séquestrés
à Tindouf» et qu’ils n’avaient «aucune envie de rentrer au
Maroc», était hier à la Maison de la Presse Tahar-Djaout
pour recevoir le prix de la Plume libre des mains de Mohamed Benchicou. Arrivé
le jour même de la sortie de prison de Mohamed Benchicou, Ali Lemrabet
était visiblement heureux d’être parmi ses confrères algériens.
Le Soir : Comment avez-vous vécu
la libération de Mohamed Benchicou ?
Lemrabet : D’abord, c’est
un honneur pour moi d’être en Algérie pour la deuxième fois.
La cérémonie était très émouvante. Voir tant
de gens heureux de revoir Mohamed Benchicou enfin libre est en soi un grand
évènement. Qui plus est, ils ont eu droit à cette édition
spéciale et gratuite du Matin. Bien sûr, beaucoup plus que le prix
qui m’a été décerné, l’évènement c’était
Mohamed Benchicou, et ce, même si je considère ce prix comme un
grand honneur qui m’a été fait. Maintenant que Mohamed est libre,
j’espère qu’à mon retour au Maroc, je ne vais pas retourner devant
le juge. Car la dernière fois que je suis venu en Algérie, ça
m’a coûté dix ans d’interdiction d’écriture.
L. S. : Quelle signification a pour vous ce prix qui vous a été
attribué ?
L. : Je crois que le
fait de décerner un prix à un journaliste marocain, compte tenu
des susceptibilités existantes de part et d’autre de la frontière,
est un message très fort adressé en direction des journalistes
des deux pays et, partant, à l’ensemble de la presse maghrébine.
Car la solidarité en matière de liberté d’expression et
de la presse n’a pas de frontière surtout entre deux peuples frères.
L. S. : Justement, quel regard portez-vous sur l’état des libertés
dans le Maghreb ?
L. : Il y a un fait,
c’est l’état de non-démocratie existant au niveau de tout le Maghreb,
voire au niveau de l’ensemble du monde arabe. De mon point de vue, il n’existe
pas un seul pays arabe démocratique. Au Maghreb, par exemple, on se croit
à tort supérieur aux pays de l’Afrique sub-saharienne. Dans cette
Afrique noire, il y a de véritables démocraties, l’Afrique du
Sud, le Kenya et même le Sénégal. En revanche, dans le monde
arabe, on a soit des républiques monarchiques où des enfants de
chefs d’Etat succèdent à leurs pères à la tête
de leurs pays, soit des monarchies de droit divin, ayant toutes en commun une
répression des libertés. Quand on parle de liberté d’expression,
il faut savoir qu’elle est le commencement de tout. Sans liberté de la
presse, il n’y a rien. Notre problème, à nous journalistes arabes
et maghrébins, c’est que, face à des régimes autoritaires
ou policiers, il est impossible d’avoir une presse libre. C’est une «guéguerre»
inégale opposant le chat à la souris. Bien entendu, je n’ai pas
besoin de préciser qui dans cette «guéguerre» est
la souris.
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