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22 janvier 2004
C'est pour dénoncer le harcèlement sans précédent qui frappe certains titres dont la ligne éditoriale est jugée « hostile » au clan présidentiel qu'une conférence de presse a été donnée hier au siège du Soir d'Algérie par trois directeurs de publication et les représentants de deux autres. C'est Mohamed Benchicou qui, en l'absence de Fouad Boughanem, interpellé par les policiers dans la matinée et qui était chez le procureur de la République au moment où se tenait la conférence, expliquera l'objet et l'objectif de la rencontre avec les journalistes. « Nous sommes là pour dénoncer la dérive, la pression s'accélère ; désormais même les week-ends la justice va siéger pour entendre des journalistes.
Au moment où je vous parle, trois de nos confrères du Soir d'Algérie sont chez le juge. Ils ont été interpellés ce matin comme des délinquants. On ne doit pas se taire face à cette humiliation qu'on veut infliger au journaliste. » Un harcèlement qui, souligne le directeur du Matin, s'accompagne aussi d'autres méthodes de pression telles que le redressement fiscal, le gel des comptes de l'entreprise et des personnels et le chantage par les imprimeries.
Un constat que fait également Ali Ouafek, directeur de Liberté, qui fait remarquer que « la presse est harcelée par la voie de la justice, mais aussi par d'autres moyens. Le harcèlement est visible, continu ; chaque semaine il y a un groupe de journalistes convoqués chez le juge.
C'en est trop ! Chaque semaine, notre caricaturiste Ali Dilem s'il n'est pas chez les policiers il est devant le juge ». Le directeur de Liberté lui aussi se dit indigné par cette volonté de « punir » les journalistes et qui consiste à les convoquer devant le juge même les jeudis. Du jamais-vu ! « Après la justice de nuit, voilà le temps de la justice du week-end ! » s'étonne Malika Boussouf, directrice de la rédaction au Soir d'Algérie.
Tout en soulignant qu'à la veille des élections, « il est normal que la machine de la répression s'affole », elle déclare que les méthodes utilisées par le ministère de l'Intérieur et celui de la Justice n'auront pas raison d'une corporation qui a bravé la mort et les terroristes. Elle prévient des conséquences de l'attitude du juge à l'égard d'Ali Djerri, directeur d'El Khabar qui, mardi dernier, malmené par le magistrat a frôlé l'accident cardiovasculaire et a été évacué du tribunal par le Samu.
« Le juge devra assumer ses responsabilités au cas où l'état de santé du directeur d'El Khabar se détériorerait. » Omar Belhouchet, qui revient sur l'incident pour saluer la position du bâtonnier d'Alger qui a intercédé auprès du juge et fait évacuer Ali Djerri dans son bureau en attendant l'arrivée de l'ambulance, a souligné l'urgence d'une action pour préserver le métier de journaliste de l'humiliation.
Pour le directeur d'El Watan, le fait de convoquer les journalistes un jeudi est une « manière d'augmenter la pression. Bien que cela nous fatigue, cela ne nous intimide pas. C'est un schéma grossier, on n'est pas dupe ». Il ajoute que le métier de journaliste ne relève pas de la police judiciaire. « Cela devient une police politique qui a pour tâche d'humilier le journaliste. »
Et la profession est « invitée à prendre conscience » car, estime Mohamed Benchicou, « aujourd'hui seuls certains titres sont touchés, mais en fait, nul n'est à l'abri ».
Le directeur du journal Le Matin a tenu à préciser que l'objet de la conférence « n'est pas de se plaindre », mais d'alerter l'opinion nationale et internationale sur cette volonté de faire taire la presse. Après avoir fait remarquer que le but du clan présidentiel n'est pas de réprimer, mais d'éliminer ou, au pire, infléchir la ligne éditoriale, Mohamed Benchicou et Omar Belhouchet s'accordent pour dire qu'il n'est pas question de subir l'humiliation.
« Les relations ne doivent pas être basées sur des rapports de force, mais sur le respect du métier de journaliste », estime le directeur d'El Watan. Notons, enfin, que les animateurs de la conférence de presse ont estimé que le but des convocations par la police judiciaire est d'avilir la profession. Après avoir mis en exergue le fait que jamais un journaliste convoqué par la justice ne s'est dérobé, tous en conviennent, il n'est pas question de subir l'humiliation à huis clos.
Les organisations internationales, celles des droits de l'homme et les institutions nationales et internationales vont être saisies pour dénoncer ces procédures avilissantes.
