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 28 novembre 2004

Quatre jours après sa libération avant terme de la prison de Djelfa, Hafnaoui Ghoul, journaliste, responsable du bureau régional de la Ligue algérienne des droits de l’Homme écrit au chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika. Dans une lettre, intitulée, «A vous Monsieur le président », il appelle le locataire du palais d’El Mouradia d’user de ses attributions constitutionnelles pour libérer le journaliste et directeur du quotidien Le Matin, victime selon ses dires «de la même injustice et du même arbitraire qui l’avaient contraint à rester plus de six mois en prison».

C’est la première action qu’effectue le journaliste depuis qu’il a quitté mercredi dernier la prison de Djelfa. Le geste qu’il vient d’accomplir lui «tenait profondément à cœur». «Depuis le moment qu’on m’a annoncé la nouvelle de retrouver ma liberté, je ne ne fais que penser à M. Benchicou», ne cessait- il de confier à ses hôtes qui continuaient d’affluer jusqu’à hier à son domicile familial. Une seule phrase revenait en effet souvent dans sa bouche : «Ma liberté ne vaut rien sans celle de mon collègue Benchicou.» Dans le document qui sera transmis dans les toutes prochaines heures au premier magistrat du pays, son rédacteur revient sur les circonstances de sa propre incarcération, «l’arbitraire qui a entaché la procédure de justice puis la décision politique qui est venue rendre le sourire à une famille dont le fils s’est rendu coupable d’avoir fait son travail de journaliste et tenter d’éveiller les citoyens sur la mauvaise gestion des responsables locaux». Le journaliste rappelle à l’occasion le macabre épisode de la mort suspecte de 13 bébés à l’hôpital de Djelfa qui, selon lui, était à l’origine du déclenchement des actions d’intimidation puis de son emprisonnement. «Ce n’est pas possible que des commis de l’Etat, établissant de faux rapports à leur hiérarchie, décident de telles pratiques dans le contexte de construction de la démocratie », souligne-t-il. L’engagement de l’Algérie à édifier un Etat de droit, ne saurait, selon M. Hafnaoui, «interdire l’expression à M. Benchicou qui a osé à un moment, dire non, alors que des opportunistes qui gravitent autour du cercle présidentiel disent oui à tout-venant le matin et se couchent lâchement insatisfaits la nuit». «Je ne saurais me réjouir de ma libération alors que l’arbitraire frappe toujours Benchicou et M. Benaoum, directeur du journal arabophone Erraï». Un fait qui ne saurait aussi être accepté, s’adresse-t-il toujours à M. Bouteflika, «au moment où l’on parle d’une éventuelle amnistie générale dans ce contexte de la réconciliation nationale ». «Il faut libérer la plume et l’intelligence de la prison M. le président», lance-t-il encore à l’endroit du locataire d’El-Mouradia. Pour les Naïlis qui se déplacent quotidiennement à la maison des Hafnaoui, le chef d’accusation de transgression à la réglementation de change prononcé par le tribunal d’El-Harrach le 14 juin dernier sur la base de bons de caisse en dinars transportés lors du dernier voyage à Paris en août de l’année écoulée, ne peut pas tenir la route.«C’est un moyen détourné pour arriver à l’incarcération du concerné», commententils. C’est dire que depuis la sortie de prison de Hafnaoui Ghoul, l’affaire Benchicou a connu un rebondissement tel qu’elle alimente quotidiennement la chronique. L’ex-détenu de la prison de Djelfa ne laisse pas l’occasion passer pour interpeller le président. «C’est ma conscience qui m’a dicté la démarche : ce n’est pas possible qu’un homme d’une aussi vaste culture et de surcroît, animé d’une véritable passion, de vouloir faire du bien pour son pays, croupisse dans une prison», fait-il remarquer, avant d’ajouter sur un ton chargé d’amertume : «C’est impossible et c’est inadmissible que d’accepter l’idée que le responsable du Matin, dont l’état de santé est loin d’être reluisant, soit actuellement en prison surtout depuis que j’ai goutté à la vie carcérale. » Les confidences livrées à ce propos par l’orateur n’ont pas laissé les présents à l’intérieur du domicile des Hafnaoui indifférents. Des vieux notables lèvent les mains et prient Dieu d’apporter soutien et assistance au prisonnier.


 

Je me réjouis bien sûr de la mise en liberté provisoire de Hafnaoui Ghoul qui lui permet de retrouver sa famille. D'aucuns retiendront qu'il ne passera pas les cinq mois qui lui restaient à purger en prison, d'autres, qu'il a passé 6 mois dans des conditions abominables pour avoir exercé son métier d'informer. C'est selon. Pour moi, son nom est désormais associé au mot prison mais aussi à celui du combat pour la liberté d'expression. Mon espoir est que mon époux, Mohamed Benchicou qu'on a tenté en vain , je dois le souligner, à faire passer pour un détenu de droit commun, puisse lui aussi être libre en attendant que justice lui soit rendue. Mes pensées vont également aux militants du mouvement citoyen jetés en prison, hélas dans un silence assourdissant qui compromet l'avenir de la liberté de la presse.