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21 avril 2005

La Fédération Internationale des Journalistes a dénoncé aujourd'hui la décision du tribunal d'Alger, mercredi 20 avril, de rejeter la demande de mise en liberté provisoire du directeur du quotidien Le Matin M. Mohamed Benchicou, injustement incarcéré depuis le 14 juin dernier à la prison d'El Harrach, banlieue située à l'est de la capitale du pays. Elle a également fermement protesté contre la condamnation mardi de quatre autres journalistes du Matin à des peines de prison ferme.

« Le gouvernement algérien a lancé une campagne d'acharnement juridique qui vise à mettre en lambeaux la presse indépendante » a déclaré Aidan White. « La compromission du système judiciaire, face à ces atteintes aux droits des personnes validées lors de procès désormais hebdomadaires, attestent tristement de la déliquescence de l'Etat de droit et de la mise en berne des droits fondamentaux en Algérie ».

La justice algérienne a décidé de maintenir M. Benchicou en prison malgré une requête du médecin de prison qui demandait son hospitalisation. D'après ses avocats, le directeur de publication du Matin souffre d'une arthrose cervicale aigue et risque une paralysie faciale. La plaidoirie de la défense, qui a fait part des garanties que présente M. Benchicou pour respecter toute décision restrictive de la justice, n'a eu aucun écho auprès du président du tribunal.

Cette nouvelle qui traduit la volonté réelle du pouvoir algérien à durcir davantage sa position à l'égard de la presse indépendante, a été précédé la veille, le mardi 19 avril 2005, par une série de condamnations à la prison ferme de plusieurs journalistes du quotidien
Le Matin, suspendu par les autorités algériennes depuis le mois de juillet 2004.

Statuant en effet sur deux affaires impliquant des articles de journalistes dénonçant l'affairisme de quelques dirigeants politiques et la mauvaise gestion des deniers de la société pétrolière Sonatrach durant la période 2001 à 2003, le tribunal a prononcé de sévères verdicts à leur encontre ainsi qu'une nouvelle condamnation contre
Mohamed Benchicou.

Youssef Rezzoug, et Yasmine Ferroukhi, ont écopé de trois mois de prison ferme. Abla Chérif ainsi qu'Hassane Zerrouky, journaliste à l'Humanité, ont été condamnés à deux mois de prison ferme. Mohamed Benchicou, lui, cumule les deux condamnations, soit cinq mois. Cela alors que la défense des journalistes a réfuté, point par point, lors des plaidoiries les diverses accusations. Par ailleurs, le tribunal a imposé des peines de prison ferme alors que les parties plaignantes n'avaient demandé qu'un dinar symbolique de dédommagement.

Les professionnels des médias ainsi que les observateurs qui ont été informés du pourvoi en cassation introduit par la défense redoutent une mise sous mandat de dépôt (l'emprisonnement) des journalistes lors du procès en appel qui se tiendra dans les tous prochains jours.

« Ces dérives d'un régime, on ne peut mieux totalitaire, sont des signes qui renseignent sur la volonté d'exterminer et d'étouffer toute voix discordante », a déclaré Nadir Benseba, Coordinateur du centre régional de la FIJ à Alger. « La voie a été ouverte par le chef de l'Etat en début d'année via une adresse aux juges les encourageant à ne pas se laisser intimider par les écrits des mercenaires de la plume? », a-t-il ajouté.

Le plus troublant dans ces audiences hebdomadaires, que l'on pourrait désigner comme « les procès du mardi », c'est que l'on accuse des journalistes pour diffamation sans que la partie plaignante apporte des éléments de preuve en contrepartie.

« Cette série de procès politiques contre les journalistes se tient alors que la communauté des Etats du monde libre observe un silence pour le moins inexplicable », a déclaré Aidan White. « Il est urgent que les voix des démocrates s'élèvent contre ces violations systématiques des droits fondamentaux des algériens ».

La Fédération Internationale des Journalistes appelle l'ensemble de la communauté internationale à réagir face à la gravité de la situation de la presse indépendante en Algérie.

Pour plus d'information contacter : + 32 2 235 22 06
La FIJ représente plus de 500 000 journalistes dans plus de 110 pays dans le monde