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10 juillet 2004
Dans un article paru le 8 juillet dans La Libre Belgique, Arezki Aït-Larbi démonte la politique du verrouillage du Pouvoir sur les libertés d'expression.
Pendant son premier mandat entamé en avril 1999, le président Bouteflika s'était vanté d'avoir épargné la prison aux journalistes malgré leurs excès. Depuis sa réélection, le 8 avril 2004, il s'est largement rattrapé contre l'irrévérence de ceux qu'il qualifiait avec mépris de « commères de bain maure ».
Dénonciation et vengeance
Bête noire du régime, Mohamed Benchicou, directeur du quotidien
Le Matin, est jeté, le 14 juin, dans une cellule de la prison d'El Harrach,
près d'Alger. Par ses chroniques au vitriol, cet opposant déclaré
au chef de l'Etat a donné aux Algériens l'illusion de vivre en
démocratie. En février 2004, il publie Bouteflika : une imposture
algérienne, un violent pamphlet qui dénonce les frasques du clan
présidentiel. Interdit en librairie, le livre circule sous le manteau
et devient, en quelques semaines, un best-seller. Auparavant, il avait accusé
Yazid Zerhouni, ministre de l'Intérieur, d'avoir pratiqué la torture
dans les années 1970, alors qu'il était chef de la redoutable
Sécurité militaire.
Août 2003, Mohamed Benchicou est interpellé à l'aéroport
d'Alger en possession de bons du trésor. Jugé pour « infraction
régissant le contrôle des changes et les mouvements des capitaux
», il est condamné à deux ans de prison ferme.
Pour Me Abdenour Ali-Yahia, président de la Ligue algérienne de
défense des droits de l'homme (LADDH), « ce n'est pas un jugement,
selon la loi, c'est une vengeance du ministre de l'Intérieur. La sentence
a été prononcée par un magistrat, mais dictée par
le pouvoir politique ». Ce cas n'est pas isolé. Le 9 juin, un autre
journaliste, Hafnaoui Ghoul, correspondant à Djelfa du quotidien arabophone
El Djazaïr News, a été condamné à deux mois
de prison ferme et incarcéré pour « diffamation ».
Il avait dénoncé les abus de pouvoir et les passe-droits de la
« mafia locale », constituée autour du wali (préfet).
Il y a une semaine, les autorités algériennes ont décidé
le « gel provisoire » des activités d'Al Jazira, la chaîne
de télévision qatarie, et la fermeture de son bureau à
Alger, sans motif officiel. Des dizaines d'autres procès en diffamation
contre des journalistes sont pendants devant les tribunaux.
Pour occulter le caractère politique de cette stratégie de mise
au pas des médias, le ministre de la Communication feint de jouer l'apaisement.
Dans un message adressé le 4 juillet à la corporation, il souligne,
sans ironie, la nécessité « d'approfondir et de promouvoir
la démocratie en Algérie, à travers la liberté d'expression
et d'opinion ».
Le modèle tunisien
Dans l'opposition, cette vague de répression, prélude à
une remise en cause des libertés démocratiques, soulève
déjà interrogations et inquiétudes. Pour asseoir son autorité,
le président Bouteflika veut, dit-on, refaçonner le champ politique
à sa main. Son modèle, le régime autoritaire du voisin
tunisien Ben Ali, salué par l'Occident comme un exemple de stabilité
dans le monde arabe. En violation de la constitution, il a déjà
placé ses hommes aux postes clés des institutions. Dernière
en date, l'Assemblée nationale, qui avait manifesté, l'année
dernière, des velléités d'indépendance. Lors du
scrutin présidentiel du 8 avril dernier, les députés du
FLN (ex-parti unique, majoritaire) avaient soutenu son concurrent, Ali Benflis.
Après la victoire d'Abdelaziz Bouteflika, ils sont rentrés dans
le rang. Karim Younès, président du Parlement, est contraint à
la démission. Son successeur, Saïdani, un apparatchik jusqu'à
la caricature, est un inconditionnel du chef de l'Etat. Son discours d'investiture
évoque les cérémonies d'allégeance dans les monarchies
orientales : « Je remercie, dit-il, le président Bouteflika pour
la confiance qu'il a placée en moi ! »
