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17 août 2004
Fait inédit dans
l’histoire récente de la presse qui a amorcé un autre âge
de son indépendance : un éditeur de presse est incarcéré
pour des motifs qui cachent mal leur soubassement politique. Mais est-ce seulement
un éditeur de presse ? Un journaliste ? Un défenseur invétéré
du mouvement citoyen ? L’ami incorrigible des opprimés ? Il y en a heureusement
beaucoup parmi ceux-là qui ont traversé des années autrement
plus noires ou rouges du pays qui ont fait de la prison pour leurs idées
et leur combat, qui ont été torturés et ne se sont pas
relevés des souffrances et des brimades. En quoi Benchicou en ferait-il
exception ? Voilà une élite sociale qui n’a de cesse de forcer
le journalisme à se débarrasser des mièvreries anecdotiques
pour une information juste, au-delà même du politique, voilà
un producteur du sens toujours à l’affût de ses ratés mais
aussi de ses réussites, voilà l’homme, le formateur, le pédagogue
des sources journalistiques, le quêteur du mot juste et justicier, voilà…le
prisonnier, ce journaliste qui… .
Fait inédit dans l’histoire récente de la presse indépendante :
un journaliste écrit une biographie sur le parcours politique du président
de la République alors qu’il était sous contrôle judiciaire
pour un délit fictif. Un livre qui serait sans doute passé inaperçu
là ou des milliers d’ouvrages de ce genre font partie du paysage médiatique
sans que les personnalités auxquelles on s’intéresse, décédées
ou vivantes ne crient à la diffamation. Quand elles le font, elles ont
recours à la justice pour le temps que leur plainte prendra.
Fait inédit dans l’histoire de la presse indépendante : ce même
journaliste, alors sous contrôle judiciaire et malade s’est épuisé
à chercher de la documentation, entre articles de presse et ouvrages
ayant trait à l’histoire de la guerre de libération nationale
pour, sans insulte, sans aucune ligne qui fut inventée ou mensongère,
écrire cet ouvrage. A sa sortie, d’autres « biographies »
étaient déjà sur les étals et leurs auteurs multipliaient
les sorties médiatiques. Mais c’était celle de Benchicou qui,
pour avoir pris le temps et le ton à la hauteur du personnage qui a fait
mouche. Des milliers d’exemplaires vendus de par le monde, des centaines d’émissions
radio l’ont consacré best- seller de l’année 2004 dans ce genre
d’écrit.
Fait inédit dans l’histoire récente de la presse indépendante :
le livre, comme son auteur, a subi toute sorte de pression, d’intimidations,
de harcèlements. Mais le bouquin a eu plus de chance que son auteur.
Il a pu déjouer les manœuvres et se vendre là où les pièges
lui étaient tendus, là où ses nombreux lecteurs étaient
interpellés : à Alger comme à Paris au 19è siècle
Les fleurs du Mal de Baudelaire. Son auteur, Mohamed Benchicou, n’a pas eu besoin
de gloire, il la hait même. Tant par ses écrits au quotidien que
dans sa conception innovante de pratiquer un journalisme libéré
de la tutelle extra-journalistique. Son livre a pris des ailes et les siennes
furent enchaînées et jetées en prison. Le prétexte
était tout trouvé. Il fallait traîner dans la boue l’auteur
pour discréditer le livre. Il fallait à ses détracteurs
faire croire qu’il n’est qu’un malfrat et que, ce faisant, sa plume ne pouvait
être que scélérate. Mais, rien n’y fit. Les milliers d’Algériens
ou d’étrangers n’ont pas découvert Benchicou dans ces pages, ni
dans ses chroniques, ni même dans ses éditos, ni encore même
à travers Le Matin. Ils l’ont adopté comme l’enfant terrible de
la jeune presse indépendante car il est tout cela à la fois, sans
barrière, sans cet esprit hautain, ouvert à tous les journaux
y compris ceux qui ne le portaient pas dans leurs manchettes.
Fait inédit dans l’histoire récente d’une presse qui doit son indépendance
encore en maturation pour des hommes de sa trempe, les libertés qu’elle
a portées, défendues, clamées et écrites souvent
d’une manière intempestive, dans l’urgence, sous la traque et la trique,
sont maquillées de vomissures, huées aussi fort que cet Albatros
de Baudelaire. Tant il est vrai que le temps n’est pas à l’heure de la
censure mais de la SENSURE ( la castration du sens) de la société
algérienne, de ses producteurs d’idées au profit des « richesses
rentières ». La presse, sans les idées de Benchicou, sans
le combat des Patriotes contre l’intégrisme, sans l’émergence
du mouvement citoyen devenu national pour dénoncer l’impunité,
sans ce nouveau citoyen qui a appris la culture de la protesta, que serait-elle
? Un canard qui aurait barboté sur les rives d’un lac dormant. Mais,
en ce mois d’août 2004, aucune prison émeutière ne peut
avoir raison des idées et des hommes qui les sèment. Mohamed Benchicou
est de ceux-là.
