
Amine ALLAMI
© Liberté du 17 mars 2007
Ali
Dilem, caricaturiste à Liberté et à TV5, est actuellement
à Genève en Suisse afin de participer à une initiative
des Nations unies baptisée "Dessins pour la paix". Ils sont
en fait sept caricaturistes venus d’Algérie, de Suisse, d’Iran, d’Israël,
du Liban, de France et de Russie, à participer à cette rencontre
internationale qui reflète l’état des libertés dans le
monde et des sensibilités par rapport au dessin de presse. Dans son édition
de samedi dernier, le journal suisse Le Temps a réuni les sept dessinateurs,
et le caricaturiste du journal, en l’occurrence Chappatte, a demandé
à chacun de ses confrères de présenter un dessin. Ali Dilem,
dont le talent est reconnu au niveau international pour avoir reçu des
prix dont le dernier fut aux USA, a évoqué à cette occasion
les poursuites judiciaires dont il fait actuellement l’objet. Il a également
affirmé que le pouvoir algérien ne peut pas faire l’économie
d'un Dilem, pour donner des gages démocratiques. “On me laisse faire,
tout en essayant de me contenir.”
De son côté, Jean Plantu, le dessinateur
vedette du quotidien français Le Monde, est revenu sur un dessin où
il avait craint une incompréhension chez les lecteurs. “J'ai été
content de lire des lettres de lecteurs qui me disaient : vous savez, votre
barbu, il ressemble furieusement à Léonard de Vinci. Sans vraiment
le savoir, c'était en fait exactement la réaction à laquelle
je rêvais…” Pour le dessinateur israélien Kichka Michel, né
en Belgique, la pendaison de l’ancien président irakien Saddam Hussein
a été atroce. “Non seulement je suis opposé à la
peine de mort, mais je n'ai pas besoin d'images pour savoir à quoi une
pendaison ressemble”, a souligné le caricaturiste pour qui son dessin
reflète l’absence d’une solution en Irak occupé. De son côté,
le dessinateur russe Zlatkovsky, dont la plume est reconnue internationalement
dans ce sens où il a reçu plusieurs prix, a relevé la difficulté
de publier des dessins touchant l’église orthodoxe, celle-ci étant
devenue une composante officielle du pouvoir dans la Fédération
de Russie. L’Iranien Hassan Karimzadeh, dessinateur indépendant travaillant
pour de nombreuses publications iraniennes, dont le quotidien Eetemad-e Melli
(confiance dans le peuple), fut condamné à dix ans de prison,
50 coups de fouet et 500 000 rials (70 fr) d'amende pour un de ses dessins en
1992. “Je voulais montrer dans une image, publiée dans le journal Les
Femmes de demain, que même les femmes un peu fortes à l'extérieur
peuvent être très fragiles à l'intérieur. On m'a
reproché d'en profiter pour dessiner les courbes féminines. Le
ministère de la Guidance islamique a écrit à la direction
du journal, l'accusant d'utiliser cette représentation féminine
pour vendre plus d'exemplaires. La directrice a été traînée
au tribunal. Maintenant, lorsqu'il s'agit de dessiner une femme, je fais attention”,
a-t-il affirmé au journal suisse Le Temps.
Pour le Libanais Stavro, dessinateur depuis 1967, actuellement pour le quotidien
Al Balad, pour le journal télévisé de la chaîne New
TV, pour l'hebdomadaire satirique Ad Dabbour (la guêpe), ainsi que pour
la Revue du Liban, où paraît sa rubrique hebdomadaire Jeux de maux,
“en 2006, pendant la guerre, j'ai attaqué tout le monde : Israël,
le Hezbollah... Chaque fois que je dessine un religieux, un cheikh, un patriarche,
un curé, j'ai des réactions. J'ai été le premier
à dessiner Nasrallah. S'ils ne faisaient pas de la politique, ces religieux,
je ne les dessinerais pas. Au Liban, on a une liberté absolue, mais pas
de démocratie.”
Enfin, le caricaturiste suisse Chappatte qui exerce au journal Le Temps depuis
1998, et qui travaille aussi pour la NZZ am Sonntag et l'International Herald
Tribune conclut que, “décidément, à l'ère d'Internet,
les frontières n'existent plus, ni celles des cultures ni celles du bon
goût”.
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