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Madjid
MAKEDHI
©
El Watan du 4 novembre 2007
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Le
pouvoir cherche à entretenir les rapports de
la soumission, de la peur et de l’allégeance
avec la société », déclare
le journaliste et auteur du livre controversé
Les geôles d’Alger, Mohamed Benchicou.
Intervenant lors
d’une conférence de presse animée hier
au niveau de la maison de la presse Tahar Djaout (Alger)
pour apporter des éclairages sur l’interdiction
de son livre au 12e Salon du livre d’Alger, Mohamed
Benchicou révèle des vérités.
Il a évoqué en effet des faits inédits
concernant la période de son emprisonnement (2004-2006),
l’après sa libération et les circonstances
dans lesquelles a été édité
l’ouvrage en question. « En prison, on voulait
m’arracher un écrit dans lequel je me serai désavoué
en demandant des excuses au régime »,
lance-t-il. Les tentatives du pouvoir « d’acheter
mon silence » se sont poursuivies, enchaîne-t-il,
même après ma libération en lui
proposant de relancer le journal Le Matin suspendu avec
un ton édulcoré. « Après
l’emprisonnement, on m’a proposé de rétablir
Le Matin si je change de mode d’expression »,
ajoute-t-il en réaffirmant que sa condamnation
et sa détention étaient pour « un
délit d’opinion ». Avant de revenir
sur l’interdiction de l’ouvrage au salon du livre, Mohamed
Benchicou précise d’abord que « les
grandes maisons d’édition algériennes
avaient refusé de publier le livre ».
Pourquoi ? Selon l’auteur, il y a un climat de
peur, de connivence, d’allégeance et de corruption
des esprits qui a été mis en place. Un
climat qui donnerait naissance, explique-t-il, à
une sorte d’indifférence par rapport à
tout ce qui se passe dans la société.
« La publication de l’ouvrage briserait les
rapports qui existent actuellement entre les milieux
des éditions et de publication des journaux avec
le pouvoir. Si Inas diffusion n’avait pas accepté
la publication du livre, je ne l’aurais pas publié »,
lance-t-il. Le manuscrit, dit-il, a été
accepté difficilement en France « parce
qu’il parle de l’Algérie et qu’il ne répondait
pas aux besoins du lectorat parisien ». Soulignant
son choix de publier d’abord le livre en Algérie,
l’orateur revient sur le contenu. Selon lui, l’ouvrage
n’est pas provocateur. « Je n’ai provoqué
personne. Je ne voulais pas à travers sa publication
en Algérie être au centre de l’événement.
C’est l’événement qui s’est imposé
à nous à travers cette censure arbitraire »,
dira-t-il. Mais le livre dérange quand même,
pense-t-il, pour deux raisons essentielles : « Il
véhicule d’abord l’idée de dire au pouvoir
qu’il y a un prix à payer pour tout arbitraire.
Il y a aussi le devoir de mémoire. »
Les geôles d’Alger révèle, selon
son auteur, des vérités sur les prisons
en Algérie, les actes de torture dans la région
de Tkout (Batna) et les événements de
Kabylie. « Je fais même mon autocritique
et la critique du journal Le Matin en 2004. Pendant
cette période, nous avons été dupés »,
estime-t-il. En somme, rien ne justifie l’interdiction
du livre. Pour Ouadi Boussaâd, responsable de
la maison d’édition Inas diffusion, l’argument
selon lequel « la maison d’édition
n’a pas comptabilisé dans sa liste des livres
à exposer l’ouvrage de Benchicou ne tient pas
la route ». « L’obligation de
fournir des listes de livres édités date
des années 1990 et a été imposée
uniquement aux étrangers. Je m’offusque et je
refuse à ce qu’elle soit imposée aux Algériens
déjà soumis aux obligations de déclaration
préalables au dépôt légal
et ISBN auprès de la Bibliothèque nationale »,
avance-t-il en annonçant qu’il avait déjà
« déposé plainte pour abus
d’autorité et pour préjudice causé
à la maison d’édition ». Selon
lui, les 10 000 exemplaires du livre publié sont
déjà sur les étals des librairies
et que des ventes-dédicaces seront organisées
à partir d’aujourd’hui au niveau de la librairie
Les beaux arts d’Alger. |