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Fayçal
METAOUI
©
El Watan du 3 novembre 2007
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Les
geôles d’Alger, le dernier livre de Mohamed Benchicou,
est interdit au 12e Salon international du livre d’Alger
(Sila). L’éditeur algérien du livre, Inas-Diffusion
dirigé Ouadi Boussaâd, a été
mis sous scellés dans la soirée du 31
octobre 2007, jour de l’ouverture officielle du salon
par le président de la République.
Des agents de
sécurité se sont présentés
au stand de Inas et l’ont mis sous scellés, selon
un communiqué de l’éditeur, rendu public
hier. Des planches de bois ont été déposées
pour cacher l’espace des regards du public. Les livres
ont été ensuite saisis. La vente-dédicace,
qui était programmée jeudi avec l’auteur,
a été annulée. Comme celle prévue
par l’avocat Ali Yahia Abdenour, auteur d’un livre de
mémoire La Dignité humaine paru chez le
même éditeur. Les responsables de l’Entreprise
nationale de communication d’édition et de publicité
(ANEP), en charge de l’organisation du Sila, ont demandé
à l’éditeur de s’engager par écrit
pour ne pas exposer ou vendre Les geôles d’Alger.
Ouadi Boussaâd a refusé et annoncé
son retrait définitif du salon, dénonçant
« un abus de pouvoir ». « Nous
ne saurions, en effet, nous soumettre à un chantage
qui aurait des répercussions dommageables sur
notre métier et le droit à l’expression
en Algérie et qui nous renverrait aux années
de plomb », estime l’éditeur. Salah
Chekirou, principal responsable du Sila, estime qu’il
n’existe pas d’interdit ni « d’histoire ».
« L’éditeur Inas n’a pas respecté
la procédure et a enfreint le règlement
intérieur. Il n’a pas mentionné le livre
que vous évoquez dans la liste qu’il a remise
au comité national de préparation du Sila »,
précise-t-il. Selon lui, ce comité consulte
toutes les listes des ouvrages exposés et donne
son accord à la participation, la refuse ou se
réserve sur certains livres. « Nous
avons appris la présence du livre en question
par l’existence d’un papier qui circulait au salon annonçant
une vente dédicace avec tel auteur. Le comité
nous a saisis et a demandé de rappeler à
l’éditeur le respect du règlement. Chose
que nous avons faite en priant l’éditeur de retirer
le livre non prévu dans la liste qu’il a remise »,
explique M. Chekirou. M. Boussaâd refuse
cette condition et la qualifie de « prétexte
fallacieux ». « Pourquoi imposer
aux éditeurs algériens l’obligation incongrue
de fournir des listes de livres édités
et vendus en Algérie déjà soumis
aux obligations de déclarations préalables
au dépôt légal et ISBN auprès
de la bibliothèque nationale ? »,
s’interroge-t-il dans le communiqué de presse.
Il souligne que son entreprise est de droit algérien,
« en règle avec toutes les dispositions
et règlements en matière de dépôt
légal et enregistrement ». L’édition
du livre Les geôles d’Alger n’est, selon lui,
entachée d’aucune irrégularité
et ne fait l’objet d’aucune interdiction. « Pourquoi
nous en interdire la commercialisation ? »,
se demande l’éditeur. Mohamed Benchicou craint
que « la saisie » du livre s’étende
aux librairies. Son précédent ouvrage,
Bouteflika, une imposture algérienne, est interdit
de vente dans le pays. Mais il n’existe aucun document
officiel notifiant cette censure. « Jeudi
au salon, j’ai rencontré éditeurs, syndicalistes
et écrivains. Je suis sidéré par
l’indifférence et la passivité pour ne
pas dire autre chose des uns et des autres. Je dirai
même de la connivence qui règne dans le
monde de l’édition en Algérie »,
s’est indigné le journaliste, contacté
hier par téléphone. Il explique qu’il
voulait d’abord s’adresser aux Algériens, « mon
public naturel », et en Algérie. « Je
m’interroge si Benchicou a encore le droit de s’exprimer
dans son pays. En tout état de cause, je ne me
laisse pas faire », dira-t-il. Il explique
que dans Les geôles d’Alger, il est revenu sur
les conditions de détention « dans
les mouroirs que sont devenues les prisons algériennes ».
« J’ai évoqué également
la manœuvre politico-judiciaire qui a été
engagée contre moi et mon journal. Et je suis
revenu également sur les conditions dans lesquelles
s’étaient déroulées les élections
présidentielles de 2004 », indique
Mohamed Benchicou. Directeur du quotidien Le Matin,
qui a cessé d’exister et qui est présent
sur internet (www.lematindz.net), Benchicou a purgé
une peine de deux ans de prison pour une affaire « d’infraction »
à la réglementation de changes. Edité
en France par Riveneuve, Les geôles d’Alger est
préfacé par Gilles Perrault, auteur de
Notre ami le roi (sur la monarchie marocaine) et Le
Déshonneur de Valéry Giscard d’Estaing,
ancien président français. A noter enfin,
qu’au Salon d’Alger plusieurs livres religieux, d’inspiration
djihadiste et chiite, ont été interdits.
Une commission interministérielle, dont la composante
demeure inconnue, décide d’autoriser ou non les
livres exposés à ce salon. Jusqu’à
hier, plus de 1000 ouvrages ont été retirés.
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