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20 avril 2005
La répression qui s’abbat sur la presse algérienne s’est aggravée, hier, avec la condamnation de cinq confrères à des peines de prison ferme, dont le directeur du Matin, Mohamed Benchicou, et Hassane Zerrouky, journaliste à l’Humanité.
Le pouvoir algérien, via ses tribunaux, vient de donner sa définition de la liberté de la presse. Le tribunal d’Alger, statuant sur deux affaires impliquant des articles de journalistes du Matin, quotidien qui ne paraît plus depuis le mois de juin 2004, a prononcé hier de lourdes peines à leur encontre ainsi que contre leur directeur, Mohamed Benchicou, incarcéré depuis plus de dix mois maintenant. Youssef Rezzoug, dernier rédacteur en chef du Matin, et Yasmine Ferroukhi, ont écopé de trois mois de prison ferme pour une enquête impliquant des dirigeants de la Sonatrach, l’entreprise publique algérienne de l’énergie. Abla Chérif ainsi qu’Hassane Zerrouky, journaliste à l’Humanité, ont été condamnés à deux mois de prison ferme. Mohamed Benchicou, lui, cumule les deux condamnations, soit cinq mois ! Cela alors que les plaignants n’avaient demandé qu’un dinar symbolique de dédommagement.
Un procès trop peu médiatisé
C’est une atteinte à la liberté d’expression et aux droits de l’homme. Ce verdict, qui devait tout d’abord être rendu la semaine dernière, avait été ajourné dans un premier temps grâce à la mobilisation à l’initiative de notre journal et au rassemblement organisé devant l’ambassade d’Algérie à Paris. Des sénateurs et des députés communistes, socialistes et Verts, avaient soutenu notre initiative. Malheureusement, les médias français, à l’exception d’une dépêche de l’Agence France presse, n’avaient pas donné le moindre écho à cette manifestation. Pas un article n’a été publié sur cette question. Ce silence assourdissant est un allié pour le président algérien Abdelaziz Bouteflika qui fait donner son Code pénal contre les journalistes. Leur tort est-il d’avoir su résister à la vague intégriste, aux assassinats monstrueux pendant les années quatre-vingt-dix, alors que certains édiles politiques se trouvaient loin d’Alger, à l’abri dans des capitales arabes ? Reproche-t-on à nos consoeurs et à nos confrères algériens de faire leur métier et de dénoncer les abus en tous genres, le détournement de l’argent public et l’implication de proches du pouvoir dans des affaires qui relèvent du délit financier ?
À l’évidence, le pouvoir algérien n’aime pas qu’on mette le nez dans ses affaires. Tous les journalistes sont aujourd’hui la cible de cette répression avec un coup de matraque beaucoup plus fort contre le quotidien le Matin qui a su établir un lien direct entre de telles affaires et le développement d’une politique libérale de privatisation des richesses nationales algériennes et d’appauvrissement de la population. Dans ces conditions, le droit d’expression et d’association est plus que limité, et ceux qui se font l’écho des malversations et des velléités démocratiques de la société sont de dangereux agitateurs qu’il convient de faire taire : les sanctions économiques n’ont pas suffi, qu’à cela ne tienne, les prisons serviront de chambres du silence. C’est en substance le message que veulent faire passer les autorités algériennes. Ce qui vient d’arriver au directeur du Soir d’Algérie témoigne de cet acharnement. La cour d’appel d’Alger a eu à examiner, il y a quelques jours, l’affaire opposant le Soir d’Algérie à la Direction générale des douanes algériennes. En première instance, le directeur de la publication, Fouad Boughanem, et l’animateur de la rubrique « Soir corruption », Djillali Hadjadj, poursuivis pour diffamation suite à la publication en janvier 2002 d’un dossier sur les douanes, avaient été condamnés à une amende. En appel, le procureur de la République près la cour d’appel d’Alger a demandé d’alourdir la condamnation. L’affaire est mise en délibéré. Toutes les semaines, des directeurs de journaux et des journalistes sont traînés devant les tribunaux.
Comme de vulgaires malfaiteurs
« Nous soutenons nos collègues journalistes algériens, et nous demandons au gouvernement algérien de respecter l’exercice du journalisme. » C’est une des sept résolutions adoptées lors de la première rencontre des journalistes de la Méditerranée, réunis à Almeria, en Espagne le 16 avril dernier. Les participants demandent au gouvernement algérien « de respecter l’exercice du journalisme et de s’engager à ne pas emprisonner les professionnels ». Ils appellent également le gouvernement algérien à réviser ou à modifier le Code pénal « pour protéger et garantir la liberté et la pluralité de l’information » et consacrer ainsi l’indépendance du pouvoir judiciaire. Dans la déclaration finale d’Almeria, les conférenciers soutiennent que « la solidarité entre journalistes de la Méditerranée permet de lutter de façon efficace contre toute forme de pression et de censure destinées à passer sous silence le droit à l’information ».
En Algérie, on jette les journalistes en prison comme de vulgaires malfaiteurs alors que ce même pouvoir concocte une loi d’amnistie qui concernera les tueurs des années quatre-vingt-dix. Les sénatrices communistes Éliane Assassi et Nicole Borvo ont interpellé Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères à deux reprises sur ces atteintes à la liberté de la presse. Celui-ci n’a toujours pas daigné répondre. Abla Chérif, Yasmine Ferroukhi, Youssef Rezzoug et Hassane Zerrouky ont décidé de faire appel de ces condamnations iniques. Un rassemblement est prévu à Paris dans les prochaines semaines. Des manifestations pourraient avoir lieu devant les consulats d’Algérie, en province. Aujourd’hui, le tribunal doit examiner la demande de mise en - liberté de Mohamed Benchicou, condamné de nouveau la veille à cinq mois de prison. Ces attaques ont un nom : c’est du terrorisme d’État. La réplique internationale doit être à la hauteur de cette volonté de briser l’expression démocratique algérienne. Associations et journalistes peuvent également intervenir pour la relaxe de nos consoeurs et nos confrères et pour la libération de Mohamed Benchicou. Comme pour tous les journalistes retenus, opposons au silence de la répression la voix de la démocratie et de la liberté.
