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12 août 2004
La cour d'appel d'Alger a confirmé le 11 août la peine de deux ans de prison ferme infligée le 14 juin dernier au directeur du quotidien algérien Le Matin, Mohamed Benchicou, par un tribunal d'El Harrach (faubourg est d'Alger).
Dans la salle comble et bruyante du tribunal, des avocats ont cru dans un premier temps entendre que le verdict était d'un an. Mais après vérification auprès du greffe, ils ont constaté que la condamnation était en fait de deux ans, confirmant le verdict du tribunal de première instance.
M. Benchicou, actuellement détenu à la prison d'El Harrach, avait été condamné pour "infraction à la législation sur les mouvements des capitaux" après la découverte de bons de caisse dans ses bagages à l'aéroport d'Alger en août 2003.
"C'est une sanction très sévère. Deux ans fermes c'est trop. Nous sommes vraiment déçus", a déclaré l'un des avocats de la défense, Me Khaled Bergheul.
Il a ajouté que la défense allait "se pourvoir en cassation devant la cour suprême pour que s'impose le droit", estimant que cette affaire était "politique". "A travers Benchicou, c'est toute la presse qui est visée", a-t-il estimé.
De son côté, Me Miloud Brahimi a estimé qu'"il n'y a pas de délit. C'est un cas de nullité sur le fond et sur la forme".
"Il n'y a pas de mouvements de capitaux, donc il n'y a pas d'infraction", a-t-il affirmé, soulignant que M. Benchicou ne transportait pas de numéraire sur lui et qu'il n'a donc pas enfreint la loi.
"Jamais, en Algérie, il n'y a eu de poursuites de cette nature" sur simple possession de bons de caisse, a-t-il précisé.
La presse privée avait dénoncé dès la première condamnation le 14 juin dernier une volonté des autorités de "museler la presse indépendante", alors que le ministre de la Justice Tayeb Belaïz avait estimé qu'elle "n'a rien à voir avec la presse, la liberté d'expression ou la politique". Il avait précisé qu'il s'agissait "d'un procès ordinaire de droit public (...) nullement lié aux écrits du journaliste".
Depuis l'incarcération de M. Benchicou, le siège de son journal a été vendu aux enchères par le fisc algérien, alors que son journal a cessé de paraître depuis le 24 juillet, sous la pression d'une imprimerie d'Etat qui réclamait le payement immédiat de dettes du journal évaluées à 38 millions de dinars (440.000 euros environ).
L'organisation Reporters sans frontières (RSF) s'était déclarée "scandalisée" par la condamnation de Mohamed Benchicou et avait dénoncé "avec vigueur la dangereuse escalade dans la répression contre la presse privée".
"Nous sommes abasourdis par la sévérité du verdict condamnant Mohamed Benchicou", avait déclaré RSF, estimant que "l'infraction au contrôle des changes est un prétexte pour faire taire ce journaliste mais aussi pour mettre en garde tous ceux qui ont osé critiquer le pouvoir".
Un autre journaliste algérien Hafnaoui Benameur Ghoul, déjà condamné, le 9 juin par le tribunal de Djelfa (270 km au sud d'Alger), à deux mois de prison ferme, avait vu sa peine aggravée à trois mois en appel avant d'être de nouveau condamné à deux mois supplémentaires pour avoir écrit une lettre à sa fille sans passer par la voie réglementaire.
Il avait été condamné pour "outrage et diffamation", après avoir révélé "des abus et des outrances dont se sont rendus coupables des puissants de la région", selon le Syndicat national des journalistes algériens (SNJ).
En outre, le directeur du groupe de presse Er-Raï, Mohamed Benaoum, a également été condamné pour diffamation à deux mois de prison par un tribunal d'Oran (ouest algérien).
