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03 mars 2004
Le
Président Bouteflika veut en finir avec Le Matin avant le lancement de
la campagne électorale. Alors que l’entreprise Le Matin, se soumettant
à la volonté de l’administration des impôts, venait difficilement
de s’acquitter de 45 millions de dinars représentant 50 % de l’énorme
montant exigé arbitrairement par cette même administration, et
qu’elle s’attendait à recevoir un calendrier de paiement pour la moitié
restant, comme c’est l’usage envers tout contribuable, l’administration fiscale
décide de frapper par un autre flanc : ce n’est plus seulement l’entreprise
mais son directeur, Mohamed Benchicou, qui se voit sommé, par une mise
en demeure reçue lundi 1er mars, de régler avant samedi 6 mars
la somme de 39 millions de dinars sous peine de voir le journal condamné
à l’arrêt. Passée cette date, en effet, l’administration
fiscale avertit qu’elle passera à l’action et procédera à
« la fermeture des locaux professionnels » ainsi qu’à «
la saisie des biens mobiliers » et au « dépôt d’une
plainte ». Il est, bien entendu, difficile de ne pas faire le lien entre
cette décision arbitraire et les récentes initiatives éditoriales
du journal, parmi lesquelles la publication du livre Bouteflika : une imposture
algérienne qui n’a pas eu l’heur de plaire au clan présidentiel.
Nous sommes bien en présence d’une riposte revancharde de l’équipe
de Bouteflika qui ne répugne pas à utiliser l’administration fiscale
pour accomplir la basse besogne. Pour ce faire, le clan présidentiel
ne s’embarrasse pas de scrupules : il piétine toute la réglementation.
La genèse de cette affaire remonte au 15 octobre 2003, date d’envoi du
premier rôle dont le montant de 92 263 408 DA représentant un redressement
fiscal (IBS, TVA, TAP) sur les exercices 1998 à 2001. Le Matin a, en
son temps, contesté ledit montant en introduisant un recours auprès
de l’administration fiscale en argumentant le non-fondé des chiffres
avancés par l’administration, et prouvant que le montant du redressement
réel ne saurait en aucun cas dépasser les 17 000 000 DA. En dépit
de tout cela, Le Matin, qui ne s’estime pas au-dessus des lois et des devoirs
du contribuable algérien, a, toutefois, choisi de démontrer sa
bonne foi en procédant au règlement des 50 % du montant initial
avancé par les impôts (plus de 45 000 000 DA versés effectivement
à la recette du 1er-Mai) et exigé par le receveur pour la levée
des mesures coercitives à l’encontre du Matin et l’établissement
d’un calendrier de payement. Une fois un sursis de payement obtenu, l’administration
fiscale a continué son harcèlement en procédant au blocage
de l’ensemble des comptes bancaires du Matin (ATD) tout en rajoutant des pénalités
de retard d’un montant de 16 000 000 DA. Ne s’arrêtant pas à ce
stade de harcèlement, les biens mobiliers et immobiliers ont fait l’objet
d’une saisie conservatoire transformée en saisie exécutoire, un
huissier de justice a été désigné pour entreprendre
la vente desdits biens. Le Pouvoir cherche l’asphyxie financière du journal
: depuis le 27 août 2003, Le Matin a déboursé 21 milliards
de centimes aux imprimeries de l’Etat et au fisc pour pouvoir reparaître
et rester en vie. Aujourd’hui, il est sans ressources. Devant l’absence de volonté
de l’administration des impôts à trouver une solution qui garantirait,
d’une part, le recouvrement de sa dette fiscale, la normalisation et la continuité
de l’activité du journal, d’autre part, ce qui ne serait qu’un traitement
tout à fait normal avec tout contribuable, devant cet abus donc, Le Matin
a introduit une action en référé auprès du tribunal
d’Alger, le verdict devrait être connu aujourd’hui 3 mars 2004. Anticipant
ladite décision de justice dont elle redoute qu’elle lui soit défavorable,
et alors que toutes les voies de recours ne sont pas épuisées,
l’administration fiscale, instruite par le pouvoir politique, a donc décidé
d’attaquer vite et fort en exigeant du directeur du journal une somme dont elle
n’ignore pas qu’elle est impossible à réunir en six jours. Le
Matin est donc sur la voie d’être bloqué à compter de dimanche
7 mars 2004. Une conférence de presse est prévue, ce vendredi
5 mars 2004, à 15 h au siège du journal, en présence des
avocats et des amis du journal. Une action concertée avec les éditeurs
est en cours.
