[...]Mohamed Benchicou est jeté en prison, non pas pour l’histoire à dormir debout des « bons de caisse », mais pour sa hardiesse de journaliste imbu de valeurs de sa profession. Chroniqueur de talent, mais aussi directeur d’un journal qui faisait toucher du doigt l’information, et voilà ! Puis, avec son livre « Bouteflika : une imposture algérienne », Benchicou était allé encore trop loin dans sa tentation du diable. Qui mieux que lui a osé tenir tête à un Bouteflika omnipotent, ainsi qu’à ses laquais, dans un pays où on prend à présent les ombres pour des réalités ? [...] De même qu'il aurait été stupide prétendre enfermer les idées, de même il est absurde de justifier l'injustifiable. La parole est liberté. Comme on dit, on chasse le naturel, et il revient au galop. [...]Le monde change constamment au gré du vent des libertés. Et plus personne ne pourra infléchir ce formidable élan de conscience universel à l'épanouissement, à l'émancipation... Tous autant que nous sommes, et aujourd'hui plus que jamais, nous devons maintenir vivace la flamme de ces hommes libres qui ont su dire qu'une autre Algérie est possible. Celle des libertés, des droits humains et de la démocratie. N'en déplaise aux bien-pensants, aux guardiens du Temple qui semblent d'un autre âge. Mohamed Benchicou sortira grandi de cette injustice dont il est victime. Et il nous aura donné une leçon magistrale de liberté de dire. Donc, pas seulement d'informer, mais d'opiner aussi... Mohamed Ziane-Khodja

Honte à vous, Monsieur Bouteflika! Qassaman De Hafnaoui à Jean Daniel Cette Algérie qui hurle Entre nos bourreaux et nos enfants L'Irak, miroir algérien Félicitations, Monsieur Bouteflika! Le bonheur roturier Le printemps est inexorable Et pourtant, il faut y croire Reprenez d'abord vos coquins, mon général! Le journalisme entre Bouteflika et Pnce Pilate Promenade en Simca Lâchez ce pays, Monsieur Bouteflika! Les colères concomitantes Le dernier verre Le diviseur Derniers caprices avant fermeture Ne pas désespérer Bouteflika Le prix de la vérité Face à l'État voyou La tentation de Rastignac La peste et le déshonneur Le diable est toujours seul Chirac et les cailloux de Boumerdes Lamari et le panneau d'Orascom

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16 juin 2004
A partir de lundi, Le Matin pourrait ne plus être
dans les kiosques pour avoir choisi d'être aux côtés de ceux
qui ont fait obstacle au bradage des richesses du pays et à l'abdication
de l'Algérie devant l'islamisme, notre Algérie, celle où
nous sommes nés, l'Algérie de nos pères et de nos enfants.
Le Matin sera suspendu dès lundi pour avoir dévoilé le
vrai visage de l'équipe d'Oujda, ramassis de mercenaires et de tortionnaires.
Le Matin sera privé de parution pour avoir révélé
l'affaire Sadaoui, dévoilé le passé de tortionnaire de
Zerhouni, dévoilé les détournements dans Sonatrach, découvert
que Bouteflika s'est servi de l'argent du Trésor et de celui de Khalifa.
Nous ne le regrettons pas et nous poursuivrons notre travail de divulgation
dès notre retour dans les kiosques.
Abdelaziz Bouteflika va courageusement casser le thermomètre pour ne
pas voir monter la fièvre : en suspendant, dès demain, les principaux
quotidiens indépendants, il s'évite d'affronter les scandales
qui éclaboussent son régime ; il brise le miroir dans lequel se
reflétait sa déchéance ; il jette un drap sale sur l'immoralité
de l'équipe d'Oujda, sur ses intrigues politiques, ses malversations
et ses connivences ; il fait l'impasse sur les détournements de l'argent
de Sonatrach, sur le passé de tortionnaire de son ministre de l'Intérieur,
sur les innocents jetés en prison à la place de ses amis, sur
les morts de Kabylie, sur le putsch contre le FLN En suspendant dès demain
la parution des journaux indépendants, il franchit un pas de plus dans
la politique de prédation qu'il mène depuis près de cinq
ans. Qu'importe si, au passage, il détruit la dernière fausse
réputation qui lui restait, celle d'un chef d'Etat trop respectueux de
la liberté de la presse pour suspendre un journal ou incarcérer
un journaliste. Il se comparait à Jefferson, il se découvre un
petit Bokassa. Tout petit Bokassa. Fort seulement de la puissance qu'ont mis
entre ses mains, un certain soir d'avril 1999, des généraux aussi
avisés en politique que peut l'être un bidasse dans une troupe
de majorettes. Le Jefferson algérien mourra demain soir sans jamais avoir
vu le jour. Un mythe de moins. Mais un signal de plus : il faut, en urgence,
sauver l'Algérie des mains de Bokassa. Car ce Bouteflika qui s'apprête
à censurer la presse de son pays, c'est un homme grisé par le
pouvoir absolu, déchiré par la perspective de le perdre dans huit
mois, décidé à brûler la moitié du pays pour
contraindre l'autre moitié à se taire. Un avertissement sérieux
pour les aârouch qui se sont laissé séduire par la flagornerie
du personnage et qui risquent leur âme à suivre un saltimbanque
dépourvu de principes moraux. Faut-il laisser faire un homme qui, visiblement,
ne dispose pas de toutes ses capacités psychiques, sous le fallacieux
prétexte qu'il « faut l'accompagner délicatement vers la
sortie » ? En huit mois, ce personnage habité par la tentation
despotique a le temps de faire exploser le pays. Comment tolérer qu'il
s'approprie tous les leviers de décisions, au mépris de la Constitution,
pour les utiliser au service de son clan et de sa famille ? En suspendant dès
demain les journaux qui ont commis le délit de révéler
ses intrigues, le Président coopté assène une insulte de
plus au peuple algérien : « Je fais ce qui me plaît. »
Honte à vous, Monsieur Bouteflika, de profiter ainsi de votre situation
de Président coopté pour narguer un peuple fier et qui ne vous
a jamais élu. Honte à vous, Monsieur Bouteflika, de vous prendre
pour un méchant despote quand vous n'avez toujours été,
pour paraphraser Nezzar, que la « marionnette de Boumediène ».
Honte à Ahmed Ouyahia, personnage des petites besognes et qui s'obstine
à le rester, vil exécuteur des basses uvres, l'homme qui aura
suspendu deux fois la presse de son pays pour plaire à ses commanditaires,
celui dont on dit qu'il pourrait être notre Président par la volonté
des généraux comme s'il n'y avait plus assez d'hommes sur cette
terre pour que, après les marionnettes d'Oujda, elle ait à subir
les valets de service. Et honte à tous ceux qui vont laisser faire !
Comme à ceux qui vont nous inonder de fadaises comptables et de leçons
de morale : « Payez vos factures d'abord. » A ceux-là, et
pour la dernière fois, nous répétons ceci : les journaux
qui seront suspendus demain sont parmi les rares à s'être acquittés
de toutes leurs factures ! Ils ne sont pas suspendus pour n'avoir pas payé
mais pour avoir écrit. De grâce, messieurs Tartuffe, épargnez-nous
vos justifications chiffrées. A partir de lundi, Le Matin ne sera plus
dans les kiosques pour avoir choisi d'être parmi ceux qui, travailleurs,
résistants antiterroristes, citoyens révoltés en Kabylie
et ailleurs, femmes, cadres, chefs d'entreprise, ont décidé de
faire barrage au bradage des richesses du pays par l'équipe d'Oujda et
à l'abdication de l'Algérie devant l'islamisme, notre Algérie,
celle où nous sommes nés, l'Algérie de nos pères
et de nos enfants. Le Matin sera suspendu dès lundi pour avoir dévoilé
le vrai visage de l'équipe d'Oujda, ramassis de mercenaires et de tortionnaires.
Le Matin sera privé de parution pour avoir révélé
l'affaire Sadaoui, pour avoir dévoilé le passé de tortionnaire
de Nouredine Zerhouni, pour avoir fait parler un vétérinaire jeté
en prison à la place d'un couple d'amis de Bouteflika, pour avoir dévoilé
les détournements dans Sonatrach, pour avoir découvert que l'argent
du Trésor était utilisé par Bouteflika pour l'achat d'un
ranch à Abu Dhabi et celui de Khalifa pour l'acquisition d'un appartement
à Paris Nous serons suspendus pour avoir dit la vérité
à nos lecteurs et nous ne le regrettons pas. Que Bouteflika et Zerhouni
le sachent dès maintenant : à notre retour dans les kiosques nous
continuerons à dévoiler leurs intrigues. Ils ne nous intimident
pas. Ce duo de bluffeurs qui n'a connu l'Algérie qu'en 1962 ne nous impressionne
pas. Ils auraient aimé nous compter parmi leurs petits larbins, leurs
nouveaux repentis, leurs petits félons Ah qu'ils sont ignares de la sève
de ce pays ! Ah qu'ils sont méprisables ces Marocains-coopérants
qui nous gouvernent, méprisables autant que les hommes qu'ils entreprennent
d'émasculer !
Le Matin, et je suppose tous les titres indépendants qui vont disparaître
des kiosques dès demain, est fier d'avoir accompagné un mouvement
de résistance nationale, un moment de réappropriation populaire
du droit à la dignité. Le Matin est fier d'avoir dit non aux islamistes
quand le Pouvoir se courbait devant Ali Benhadj, d'avoir défendu les
résistants antiterroristes, citoyens et Armée, contre la calomnie
commanditée et orchestrée par l'équipe d'Oujda. Le Matin
est fier d'avoir été aux côtés des travailleurs,
de ces forces populaires qui, au sein de l'UGTA ou ailleurs, ont déjoué
les plans de pillage de l'Algérie. Oui, Le Matin a été
et restera le compagnon des citoyens de Kabylie en lutte contre l'indignité.
Le Matin revendique sa place au sein de l'Algérie rebelle. Il s'en est
enrichi. Vous avez connu les émirs chasseurs d'outarde, nous avons côtoyé
les enfants de Ben M'hidi et de Matoub Lounès. Qu'avons-nous d'autre
à nous dire ?
Chronique parue le 16 août 2003
