[...]Mohamed Benchicou est jeté en prison, non pas pour l’histoire à dormir debout des « bons de caisse », mais pour sa hardiesse de journaliste imbu de valeurs de sa profession. Chroniqueur de talent, mais aussi directeur d’un journal qui faisait toucher du doigt l’information, et voilà ! Puis, avec son livre « Bouteflika : une imposture algérienne », Benchicou était allé encore trop loin dans sa tentation du diable. Qui mieux que lui a osé tenir tête à un Bouteflika omnipotent, ainsi qu’à ses laquais, dans un pays où on prend à présent les ombres pour des réalités ? [...] De même qu'il aurait été stupide prétendre enfermer les idées, de même il est absurde de justifier l'injustifiable. La parole est liberté. Comme on dit, on chasse le naturel, et il revient au galop. [...]Le monde change constamment au gré du vent des libertés. Et plus personne ne pourra infléchir ce formidable élan de conscience universel à l'épanouissement, à l'émancipation... Tous autant que nous sommes, et aujourd'hui plus que jamais, nous devons maintenir vivace la flamme de ces hommes libres qui ont su dire qu'une autre Algérie est possible. Celle des libertés, des droits humains et de la démocratie. N'en déplaise aux bien-pensants, aux guardiens du Temple qui semblent d'un autre âge. Mohamed Benchicou sortira grandi de cette injustice dont il est victime. Et il nous aura donné une leçon magistrale de liberté de dire. Donc, pas seulement d'informer, mais d'opiner aussi... Mohamed Ziane-Khodja

Honte à vous, Monsieur Bouteflika! Qassaman De Hafnaoui à Jean Daniel Cette Algérie qui hurle Entre nos bourreaux et nos enfants L'Irak, miroir algérien Félicitations, Monsieur Bouteflika! Le bonheur roturier Le printemps est inexorable Et pourtant, il faut y croire Reprenez d'abord vos coquins, mon général! Le journalisme entre Bouteflika et Pnce Pilate Promenade en Simca Lâchez ce pays, Monsieur Bouteflika! Les colères concomitantes Le dernier verre Le diviseur Derniers caprices avant fermeture Ne pas désespérer Bouteflika Le prix de la vérité Face à l'État voyou La tentation de Rastignac La peste et le déshonneur Le diable est toujours seul Chirac et les cailloux de Boumerdes Lamari et le panneau d'Orascom

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13 août 2003
Tranquillisons-nous : Abdelaziz Bouteflika n'ira pas plus loin dans
ses escarmouches. Il ne dissoudra pas l'Assemblée, même s'il la
sait entre les mains du FLN ; il ne changera pas de gouvernement bien qu'il
soit majoritairement composé d'irrespectueux ministres du FLN qui s'amusent
à critiquer leur Président en public. Il ne postulera même
pas pour un second mandat : Bouteflika ne prendra pas le risque pour lui-même
comme pour son clan, d'affronter le candidat du FLN qu'il devine être
le « candidat du système ». L'homme n'est pas un politicien
indépendant : il est le fils du clan qui gère le pays depuis près
d'un demi-siècle. Bouteflika n'a aucune velléité parricide
: s'il échoue à être ce « candidat du système
», c'est-à-dire à être plébiscité par
le FLN, il se contentera de grogner puis de claquer la porte. Il ne postule
à rien qui ne soit truqué d'avance. Bouteflika est l'enfant gâté
d'une tribu régnante avec laquelle il échange une riche et vitale
relation dipienne : depuis 1957 elle le couvre, le couve, le sermonne, l'enrichit,
lui confie des rôles, lui donne des villas, le finance, le méprise
puis l'adule, l'encense puis le déprécie, le promeut au rang de
génie, le déchoit, le réhabilite, le caresse ou le griffe.
Pourquoi Bouteflika crèverait-il ce commode utérus par un orgueil
mal placé ? Il doit négocier déjà ses indemnités
de départ : l'impunité pour lui et ses proches, la promesse que
son nom ne soit pas officiellement souillé Nos analystes lui prêtent
la vanité des grands combattants quand il n'a que l'instinct de ses petits
intérêts. Ils le voient brûler ses vaisseaux, c'est-à-dire
divorcer d'avec ses parrains, quand lui n'a que l'espoir qu'ils daignent un
jour l'absoudre de ses péchés et lui proposer de rejoindre sa
place dans la tribu. Comme ils l'ont fait en 1994 malgré la brouille
de 1980, comme ils l'ont fait en 1999 malgré la fâcherie de 1994
: pourquoi désespérer qu'ils le fassent une fois de plus, en 2009
ou même plus tard ? Bouteflika vit avec la certitude d'être le meilleur
animateur de la parodie du pouvoir, l'indispensable trapéziste d'un régime
attentif à ses aptitudes à la duplicité et aux jeux de
rôles : il attendra que, de nouveau, s'exprime le besoin chez les chefs
de la tribu. Toute l'illusion créée en nous par Bouteflika réside
d'ailleurs dans le fait qu'on le croit venu sauver le pays quand lui n'a pour
mission que de sauver l'image des parrains. Immense sortilège du système
politique algérien, celui qui maquille les rides et cache les crocs du
monstre. A l'élection de Bouteflika, combien étaient-ils les Algériens
à y succomber, à se méprendre sur la mission du nouveau
Président, à faire le lit de ce que Jean-François Revel
appelle « le totalitarisme médiatisé par l'utopie »,
le plus destructeur d'entre tous, celui que nous subissons depuis 1999, oui
à ce sortilège qui consistait, comme le rappelle Revel, à
« réclamer le pouvoir absolu au nom d'idéaux magnifiques
et à faire exactement le contraire une fois qu'on s'en est saisi ».
En cet été 2003, été des scandales révélés
par la presse et de crise interne au FLN, nous nous sommes, certes, tous un
peu désenvoûtés, le sortilège ne fonctionne plus
mais on en a gardé le goût de l'illusion, comme s'il nous fallait
toujours médiatiser le totalitarisme par l'utopie. On se fabrique un
Bouteflika qui corresponde à nos thèses rationnelles ou à
nos fantasmes politiciens. A un enfant gâté fidèle à
la tribu on a inventé une réputation de combattant idéaliste
qui se bat à l'intérieur du FLN et de stratège arrogant
qui refuse, par hauteur d'esprit, à répondre aux graves révélations
de la presse. Comment résister à de si séduisants raccourcis
qui doivent surprendre jusqu'à l'intéressé lui-même
? Revel a raison de penser qu'on peut médiatiser le totalitarisme par
l'utopie car ce Bouteflika idéaliste et stratège n'existe pas
pour les mêmes raisons qui font que seul le Bouteflika totalitaire existe.
Si le Président de la République s'adonne aux basses manuvres
contre le FLN c'est parce que, ne croyant qu'à la cooptation et jamais
à l'élection démocratique, il tente de convaincre, par
la nuisance, les chefs de la tribu de le préférer à Ali
Benflis. Si le chef de l'Etat ne daigne pas répondre aux accusations
de malversations portées contre lui et son cercle le plus proche, c'est
parce qu'il n'a de comptes à rendre qu'aux chefs de la tribu, pas à
l'opinion. Il le sait depuis 1957 : l'opinion algérienne n'est pas détentrice
du pouvoir de cooptation, de désignation, de réélection
ou de démission. Il ne lui doit rien, ni son premier mandat ni l'éventuel
second. Bouteflika, depuis 1962, a toujours été le produit d'une
combinaison clanique ; il n'a jamais été celui de l'opinion puisque,
coopté, son règne dépend du cercle des parrains pas de
l'électorat. Mais alors, diriez-vous, pourquoi tient-il à s'adresser
aux opinions étrangères ? Exactement pour les mêmes motifs
: les opinions occidentales, par les conquêtes démocratiques accumulées
en trois siècles, disposent d'un vrai pouvoir d'influence sur leurs gouvernants,
et Bouteflika, ne l'ignorant pas, courtise les journalistes occidentaux avec
la même assiduité qu'il met à dédaigner ceux de son
pays. Ce mépris dans lequel le Président tient sa propre opinion
révèle sa première vraie nature : autocrate et totalitaire.
On y revient ! Les foules algériennes sont faites pour recevoir l'avis
du chef pas pour donner le leur. Chaque soir, elles sont invitées à
subir ses discours dans la seule chaîne de télévision nationale,
sans contre-discours, sans opposition : une pratique pavlovienne destinée
à accoutumer la population à voir dans le chef de l'Etat la seule
autorité du pays. Et le président totalitaire « qui n'en
paraît pas » aura ainsi réussi, en quatre années,
à rétablir en Algérie une télévision et une
radio « soviétiques », à rendre aphones les partis
d'opposition, à émasculer les contre-pouvoirs et à banaliser
le Parlement.
Cet homme capricieux aurait cependant tort de mésestimer l'avertissement
du général Lamari et de trop présumer de ses caprices sous
le vague prétexte qu'ils sont les derniers avant les adieux. En produisant
le vide institutionnel par velléité tactique, le Président
a créé les conditions d'une discorde nationale inacceptable par
l'Armée. Son projet d'user, en cet été, du monopole du
pouvoir pour faire passer, par ordonnance, les lois antipopulaires de l'équipe
d'Oujda est porteur de graves risques d'aggravation du climat d'instabilité
nationale. Ce serait prendre les travailleurs en traître et les inviter
à se révolter à la rentrée. L'intrigue, ajoutée
à la fitna qu'il a semée au sein du FLN, avait de quoi faire renoncer
les généraux à leur frivole attachement pour la neutralité
politique. Avec la mise en garde de Lamari, c'est chose faite.
