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15 juin 2004
Après Hafnaoui Ghoul, c’est à Mohamed Benchicou de découvrir les « délices » de la prison. La profession est sous le choc, éditeurs et journalistes ont compris hier que la liberté de la presse, dans notre pays, est en sursis.
L’Algérie est l’un des rares pays au monde, avec l’Iran des mollahs, la Corée du Nord, Cuba, à se permettre le luxe de jeter en prison des journalistes pour des délits de presse.
La normalisation, tant affirmée durant la campagne présidentielle, est en ordre de marche. L’affaire des bons de caisse, évoquée hier par le tribunal d’El Harrach, n’est qu’une façade pour frapper un journaliste, très critique à l’égard de l’action du président de la République. L’opinion publique n’est pas dupe en ce genre de circonstance.
Le pouvoir fait payer en réalité le directeur du Matin pour la publication de son livre, Bouteflika, une imposture algérienne, et la ligne du journal qu’il dirige. Hafnaoui, il y a à peine quelques jours, mais pour d’autres motifs, a été jeté au trou... Il a osé s’en prendre à la mafia locale, à l’incompétence de l’administration... Le nouvel ordre pour la presse algérienne est en marche.
D’autres procès sont programmés, d’autres éditeurs, ou caricaturistes, des journalistes... L’on s’attend dans la profession à de nouvelles arrestations de journalistes. La présence du président de la République au G8 est très certainement analysée par les autorités algériennes comme un encouragement à briser tout élan démocratique de la presse. Les autorités algériennes qui n’ont aucune stratégie de sortie de crise, en dépit des considérables liquidités financières dont regorgent les caisses de l’Etat, ont trouvé dans le journaliste le parfait bouc émissaire.
La société algérienne est traversée par une colère sourde... Est-ce la faute aux journalistes si l’élite politique au pouvoir n’arrive pas à redonner espoir à la jeunesse et aux couches de la population les plus marginalisées et les plus déshéritées ? Doit-on, pour apaiser le climat social, mettre en sourdine les tensions politiques, cacher le terrorisme, ignorer la pauvreté, la prostitution, le chômage, la drogue... Bref, revenir à la langue de bois des années 1970 ? C’est apparemment le vœu du pouvoir. La liberté de la presse malmenée toutes ces dernières années est à présent menacée dans son existence. Les Algériens doivent le savoir. La machine est mise en branle.
