02 avril 2006

Chaque jour les autorités publiques démasquent leur intention de mettre la presse au pas. Mourad Mhamed, journaliste au quotidien El Khabar vient d'être placé sous contrôle judiciaire, tandis que ses sources, deux policiers et un ami qui lui a transmis des documents sont mis sous mandats de dépôt pour "publication de documents portant atteinte à l'intérêt national".

Ils ont tous subi des pressions intolérables avant d'être présentés devant la justice. Leur crime a été de mettre en lumière les pratiques des groupes terroristes qui tentent de recruter les bénéficiaires des mesures de mise en œuvre de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Ils sont ainsi désignés comme coupables et rejoignent Mohamed Benchicou dans des geôles vidées des assassins et maintenant remplies par ceux qui ont dénoncé les crimes terroristes et ceux qui les ont combattus. A nouveau ce sont le droit à l'information des citoyens et la protection des sources des journalistes, éléments essentiels constituant la liberté de la presse, qui sont bafoués sans s'encombrer de la moindre apparence pour piétiner les libertés. Ceci pose plus que jamais la question de la réforme de la législation devant protéger la presse et des pratiques visant à instrumentaliser la justice et les magistrats, d'autant que les procès en diffamation se multiplient et que l'on traîne devant les tribunaux le correspondant d'El Watan à Béchar et celui d'El Bilad à Chlef. Le Comité Benchicou pour les libertés s'insurge contre de telles mesures. Il demande l'abandon des poursuites et exige la libération immédiate des personnes incarcérées dans cette nouvelle cabale contre la presse.
Alger, le 2 avril 2006


28 mars 2006

Pour la seconde fois en l’espace de quatre mois, Mohamed Benchicou est distingué par un prix international en hommage à son combat pour la liberté de la presse et la liberté d’expression. En attribuant à Mohamed Benchicou le prix de la liberté d’écrire pour l’année 2006, le centre américain Pen a choisi d’honorer un journaliste algérien injustement condamné et arbitrairement détenu depuis 22 mois, lui reconnaissant de facto le statut de détenu d’opinion. Par ce prix, le Pen Club a, par ailleurs, voulu, sans nul doute, réprouver la conduite d’un régime qui veut se parer de toutes les vertus démocratiques dans les tribunes officielles internationales, tout en n’hésitant pas à recourir au mensonge et à la machination abjecte pour avilir un journaliste avant de l’envoyer croupir dans une cellule de prison. Aussi, la prestigieuse distinction tombe-t-elle à point nommé comme pour témoigner de l’écho retentissant de l’affaire Benchicou auprès de l’opinion internationale, en dépit des tentatives obstinées du régime d’imprimer une flétrissure définitive à la réputation d’un journaliste résolument engagé dans le combat pour la liberté d’expression. A ces tentatives, vaines au demeurant, s’est joint de façon aussi inattendue que lamentable l’actuel président du Parlement européen. L’opinion algérienne n’a, quant à elle, jamais douté des motivations politiques qui ont conduit Benchicou en prison et son journal à la liquidation : Le Matin est un journal indépendant, critique et son directeur dérange, agace et « bouscule », par ses seuls écrits, les puissants du moment. C’est cette seule vérité qui a dû guider le choix du jury du Pen Club. Au-delà, la décision de distinguer Benchicou, que la puissante organisation mondiale des écrivains sait persécuté pour ses écrits, est un message de solidarité et de soutien aux écrivains, journaliste, artistes et autres créateurs algériens dont le premier devoir est de défendre la liberté d’expression pour en garantir l’irréversibilité en Algérie.

Alger, le 28 mars 2006


Paris, 28 mars 2006

Chers confrères et amis,

L'une des plus grandes organisations d'écrivains dans le monde , le centre américain Pen International présidé par Salman Rushdie, a décerné à Mohamed Benchicou, directeur du Matin, et auteur de « Bouteflika, une imposture algérienne », le prix Barbara Goldsmith freedom to write (liberté d'écrire) pour l'année 2006.

Chaque année, PEN International décerne le prix Barbara Goldsmith Freedom to Write à deux lauréats. Pour la vingtième année consécutive, l'organisation rend hommage aux écrivains internationaux persécutés ou emprisonnés pour avoir défendu le droit universel à la liberté d'expression. Cette année, le prix a été attribué à Mohamed Benchicou et à l'historien et correspondant pour Radio Free Europe, Rakhim Esenov, interdit de quitter son pays, le Turkménistan, et d'y publier ses oeuvres.

Dans un message de félicitations qui m'a été adressé au nom des 3 100 membres de l'organisation, Pen International me dit « avoir suivi avec beaucoup d'intérêt le cas de Mohamed Benchicou et avoir protesté contre son emprisonnement. » « En attribuant ce prix à Mohamed Benchicou, m'écrit Anna Kushner, responsable du programme Freedom to write au Pen american center, nous voulons démontrer au reste du monde notre soutien à sa cause, et exercer une pression internationale pour sa libération. ».

 « En attendant, ajoute t elle, il peut compter sur l'admiration et le soutien de tous les membres du centre Américain PEN International et des écrivains dans le monde. »

Il va de soi que cette nouvelle me remplit de bonheur, car elle vient couronner le combat algérien pour la liberté d'expression mené par les journalistes, les hommes de plume et par tous les citoyens et citoyennes conscients qu'elle n'est pas dissociable des autres libertés démocratiques chèrement acquises. Cette distinction de Mohamed Benchicou illustre clairement un bond en avant dans la reconnaissance de ce combat par l'opinion internationale.

C'est pourquoi je vous remercie d'avance de consacrer à cette information la place qu'elle mérite en ces temps de turbulences pour la presse libre dans notre pays.

 Pen International est une organisation mondiale d'écrivains présente dans 99 pays avec 141 centres. Son but est de promouvoir l'amitié et la coopération intellectuelle entre écrivains du monde entier et de lutter pour la liberté d'expression.

Salutations confraternelles.

 


04 mars 2006

COMMUNIQUÉ

 

L’auteur de la célèbre phrase-ritournelle, le chroniqueur du journal Le Soir d’Algérie, Hakim Lâalam, vient d’être condamné par la cour d’appel d’Alger à six mois de prison ferme. En première instance, Lâalam avait écopé de la même peine, mais avec sursis.
Le cauchemar continue, en effet, pour la petite communauté de journalistes algériens dont trois membres sont déjà sous les verrous. Le rouleau compresseur actionné par la justice, un certain 14 juin 2004, date à laquelle Mohamed Benchicou, directeur du Matin, avait été jeté en prison et son journal liquidé, continue à broyer inexorablement les professionnels des médias privés dans une indifférence quasi totale.
Une menace avérée pèse sur au moins 18 journalistes condamnés en 2005 à de lourdes peines de prison. Trois directeurs de journaux : Fouad Boughanem (Le Soir d’Algérie), Ali Djerri (El Khabar) et Omar Belhouchet (El Watan) cumulent à ce jour respectivement, 13, 11 et 10 condamnations pour délits de presse. Le caricaturiste du journal Liberté, Ali Dilem, lauréat de plusieurs prix internationaux, a été condamné 12 fois pour délit d’humour, alors que Benchicou, harcelé par la justice jusque dans sa cellule de prison, totalise pour l’instant, à lui seul, 32 procès pour délit de presse.
De là à considérer les journalistes et les dirigeants de journaux parmi les plus importants, faut-il le rappeler, comme “délinquants multirécidivistes”, il n’y a qu’un pas que l’appareil judiciaire, totalement inféodé au régime, n’a pas hésité à franchir, ravalant l’Algérie à un rang indigne des sacrifices de ses enfants.
Face à ce vrai putsch contre les libertés constitutionnelles, le Comité Benchicou pour les Libertés ne cessera pas d’alerter l’opinion interne et internationale sur ces atteintes multiples à la liberté de la presse et, à travers elles, à l’idéal démocratique dans ce pays.
Convaincu que la liberté de presse est un acquis citoyen et sa défense un devoir qui s’impose à tous, il appelle, de nouveau, les Algériennes et les Algériens à s’opposer, dans un sursaut pacifique et émancipé, aux actes liberticides du régime en place en disant non à la mise à mort de la liberté de la presse.

Alger, le 3 mars 2006


23 février 2006

DÉCLARATION

 

Le journaliste Bachir Laârabi, jeté en prison pour ses écrits le 21 janvier 2006, est libre après avoir purgé la totalité de la peine à laquelle il avait été condamné. Comme pour Mohamed Benchicou, enfermé à la prison d’El Harrach depuis près de 20 mois, son incarcération avait soulevé un tollé général auquel sont venues s’ajouter les vives inquiétudes exprimées suite à la condamnation de 18 journalistes algériens à la prison ferme, sans que le régime, otage de son arrogance, ne se détourne de sa détermination obsessionnelle à liquider la liberté de presse et aliéner l’ensemble de la société. L’acharnement avec lequel les syndicats libres sont réprimés par le régime en place agissant par l’entremise d’une justice totalement assujettie, la hargne avec laquelle sont poursuivis les journalistes, notamment les correspondants de presse, livrés aux potentats locaux, sont symptomatiques d’une dérive totalitaire qu’il serait suicidaire d’ignorer. Unir les citoyens et fédérer les forces saines de la nation autour de la défense des libertés, en premier lieu la liberté de presse et la liberté d’expression, est le minimum exigé dans cette conjoncture grosse de tous les dangers pour le devenir démocratique de l’Algérie. Aussi, le Comité Benchicou pour les libertés réitère-t-il son appel à une mobilisation citoyenne, pacifique et émancipée, pour dire non à la mise à mort de la liberté de la presse. Convaincu que la liberté d’écrire, la liberté de dire sont l’affaire de tous, le Comité Benchicou pour les libertés en appelle à la responsabilité de chaque citoyen pour exiger l’abrogation pure et simple des articles 144 et 144 bis du code pénal.

Le Comité Benchicou pour les libertés

Alger, le 22 février 2006


15 février 2006

 

Sans surprise, le deuxième mois de l’année 2006 enregistre de nouveaux cas d’emprisonnement de journalistes : deux directeurs de journaux privés mis sous mandat de dépôt au motif d’atteinte aux symboles de l’Islam.
Sans préjuger des tenants de ces nouvelles affaires et des suites qui leur seront réservées, force est d’admettre que c’est la liberté de la presse même qui est à chaque fois visée. De même, les arguments « juridiques » pour jeter des journalistes en prison ne sont que des prétextes fallacieux pour désigner à la désapprobation générale des professionnels des médias, présentés, au gré des conjonctures, tantôt comme des délinquants, tantôt comme des blasphémateurs, en somme de dangereux criminels à mettre au ban de la société. La justice et les magistrats, censés être les garants de l’exercice des libertés constitutionnelles, s’en trouvent, de nouveau, instrumentalisés, pour frapper les journalistes, devenus la cible toute indiquée d’un régime affolé à l’idée de voir les vrais scandales étalés sur la place publique. Il s’agit, en l’occurrence, pour le pouvoir, de tenter une diversion supplémentaire et de créer de nouveaux amalgames. Fidèle à son intime conviction qu’aucun journaliste ne doit être emprisonné pour ses écrits, le Comité Benchicou pour les libertés réitère l’urgence de l’abrogation pure et simple des articles 144 et 144 bis du code pénal, dont la nécessité se fait plus que jamais ressentir. Il attend des autorités publiques qu’elles mettent un terme à la guerre déclarée contre la liberté de la presse et la liberté d’expression qui se traduit par ce harcèlement obsessionnel des journalistes algériens.

Le Comité Benchicou pour les libertés

Alger, le 14 février 2006

 


31 janvier 2006

Comme nous le craignions, l’année 2006 débute avec l’emprisonnement d’un autre journaliste. Bachir Larabi s’en est allé rejoindre derrière les barreaux Mohamed Benchicou, enfermé depuis 19 mois et seize jours dans une cellule d’El-Harrach. 18 journalistes au moins, condamnés à la prison ferme courant 2005, risquent, à leur tour, d’être embastillés à tout moment. D’autres journalistes sont désormais éligibles à la prison et au vu de la cascade de procès intentés aux journalistes, nous redoutons une véritable hécatombe dans les rangs de la presse dans les prochains jours. Ce triste palmarès, détenu par l’Algérie des années 2000, est le résultat d’un climat de tension sciemment entretenu par le régime pour tuer ce qui reste de liberté dans la presse, avant de liquider les autres libertés. Toutes les libertés. Parce que la liberté de la presse est mère de toutes les libertés. Parce qu’il ne saurait y avoir de débat public, démocratique et sain en l’absence de médias libres et de journalistes indépendants. Parce que sans liberté d’expression, l’Etat de droit, le pluralisme et la démocratie tant vantés par nos gouvernants sont tout simplement un leurre, nous disons non à la mise à mort de la liberté de la presse !
Nous, signataires de la présente déclaration : journalistes, organisations de défense des droits de l’homme, syndicats, partis politiques, organisations de la société civile..., citoyens exigeons :
1- la cessation immédiate du harcèlement systématique sauvage qui a pris pour cible les journalistes ;
2- la libération de Mohamed Benchicou et Bachir Larabi et la relaxe des journalistes condamnés à des peines de prison ferme ;
3- l’abolition des articles prévoyant des peines de prison et des amendes exorbitantes pour diffamation : l’article 144 bis s’étant révélé à l’application une arme absolue pour détruire massivement la presse ;
4- l’adoption d’une loi qui promeut la liberté de la presse et protège le journaliste dans l’exercice de son métier, tel qu’il en existe dans les régimes démocratiques, en remplacement de l’actuel code de l’information.
Pour appuyer le combat pour la liberté de la presse et la liberté d’expression en Algérie, nous appelons instamment :

Alger, le 30 janvier 2006


29 janvier 2006

Au moment où s’étend l’élan de solidarité avec le correspondant d’El Khabar, Bachir Larabi, à El Bayadh, emprisonné depuis le 21 janvier à Aïn Sefra (Naâma), le Comité Benchicou pour les libertés lance un appel à un rassemblement, demain, à la maison de la presse Tahar Djaout (Alger).

Ce rassemblement se tiendra dans le but de dénoncer l’emprisonnement de journalistes et de mobiliser la société civile afin que le harcèlement judiciaire contre la presse cesse. C’est aussi pour exiger la libération de Mohamed Benchicou, qui est en prison depuis plus de 19 mois et de Bachir Larabi, jugé et condamné par contumace à un mois de prison ferme. L’appel du Comité Benchicou est destiné à tout citoyen « préoccupé par la dangereuse escalade contre la presse libre ».

Le Comité Benchicou pour les libertés

Mokrane Aït-Ouarabi


 

28 janvier 2006

 

L’emprisonnement de Mohamed Benchicou, séquestré à El-Harrach depuis le 14 juin 2004, avait donné le signal à l’entreprise de mise au pas de la presse algérienne que vient de confirmer la récente incarcération de Bachir Larabi, correspondant d’ El Khabar à El Bayadh. 18 journalistes, au moins, condamnés à la prison ferme en 2005 risquent à tout moment de rejoindre derrière les barreaux Benchicou et Larabi. La liberté de la presse est sérieusement menacée.

Le Comité Benchicou pour les libertés

Alger, le 27 janvier 2006


Alger, 24 janvier 2006

 

Le correspondant du journal El Khabar à El Bayadh, Bachir Larabi, est en prison depuis dimanche. Son journal affirme que Larabi était sous le coup d'un mandat d'arrêt émis la veille de son incarcération par le tribunal de Naâma et suivi immédiatement d'effet par l'arrestation du journaliste à son domicile pour être conduit à la prison.
Cette incarcération qui inaugure l'année 2006 annonce une escalade programmée de la répression de la liberté de la presse et apporte un démenti cinglant aux propos des plus hauts dirigeants du pays selon lesquels «aucun journaliste n'est en prison pour ses écrits».
La promptitude de l’appareil judiciaire à sévir contre le journaliste est pour le moins frappante au vu des lenteurs légendaires de la machine dans le traitement des dossiers de justice. L'épisode Larabi renseigne, on ne peut mieux, sur les visées réelles d'un régime pressé d'en finir avec la liberté de la presse, voire avec le métier de journaliste, à un moment où la contestation sociale gronde et la corruption atteint des sommets jamais égalés.
Rappelant qu'il a récemment rendu publique une liste nominative de  journalistes condamnés au cours de la seule année 2005 à de lourdes peines de prison, le Comité Benchicou pour les libertés réitère sa vive inquiétude de voir ces journalistes, probablement d'autres aussi, connaître dans les prochains jours  le sort de Larabi et avant lui de Benchicou qui croupit en prison depuis près de 20 mois. 
Tout en alertant l’opinion interne et internationale sur les dérives liberticides avérées du régime algérien, le comité Benchicou exhorte les journalistes algériens à se ressaisir pour faire face ensemble au harcèlement sauvage dirigé contre eux.
Le Comité Benchicou pour les libertés appelle, par ailleurs, les organisations professionnelles ainsi que les ONG de défense des journalistes dans le monde à une solidarité concrète avec les journalistes algériens aux fins de les aider à obtenir la nécessaire abrogation des articles du code pénal relatifs à la presse, utilisés sans vergogne par le régime algérien pour tuer en toute «légalité»  le métier d'écrire.

Le Comité Benchicou pour les libertés

Alger, le 24 janvier 2006


Paris, 24 janvier 2006

Suite à l'emprisonnement du correspondant du quotidien El Khabar, le 22 janvier dernier, voici le communiqué du collectif pour la liberté de la presse en Algérie:

 

COMMUNIQUÉ

Le correspondant du quotidien El Khabar dans la ville d'El Bayadh, Bachir Laârabi, a été interpellé et incarcéré sans autre forme de procès le 22 janvier dernier. Cette arrestation de journaliste survient dans un climat de dure répression de la liberté de la presse. Alors que Mohamed Benchicou continue, à partir de sa cellule à être traîné devant les tribunaux et que 18 journalistes sont dans l'attente de l'appel qui peut être fatal à leur liberté et à, celle de la presse, cette nouvelle incarcération donne à lire avec plus de netteté le mépris affiché par le pouvoir algérien à l'endroit de la liberté de la presse, des libertés en général et des conventions internationales ratifiées par le pays. Le 25 janvier, des journalistes du Soir d'Algérie comparaissent en appel. Le 1er février, ce sera au tour de ceux du Matin. Les uns comme les autres risquent le mandat de dépôt.

Devant l'arrestation injustifiable de Bachir Laârabi, le collectif pour la liberté de la presse en Algérie constate avec amertume que les craintes sur les libertés, exprimées au début de cette nouvelle année, ne se sont pas faites attendre pour se réaliser. Le collectif se joint à toutes les voix, en Algérie et ailleurs, pour réclamer la libération immédiate et inconditionnelle de Bachir Laârabi et :

Le collectif pour la liberté de la presse en Algérie

Paris, le 24 janvier 2006


18 janvier 2006

 

Chers confrères et amis,

Je vous adresse ci-joint la déclaration du collectif pour la liberté de la presse en Algérie. L'adresse e-mail est inhabituelle, car j'ai un problème technique avec ma messagerie Yahoo.

Vous pouvez cependant confirmer l'authenticité de cet envoi en me contactant au 00 33 6 78 13 84 79.

Merci d'avance de faire paraître ce texte dans votre prochaine édition.

Amitiés.

Fatiha BENCHICOU


DÉCLARATION

 

Dix-huit journalistes algériens, exerçant tous dans la presse indépendante, condamnés en première instance à des peines allant de deux à douze mois de prison ferme, risquent d’aller en  prison en ce début d’année 2006. La menace de voir ces peines confirmées est malheureusement réelle. Dans la situation actuelle caractérisée par une privatisation du fonctionnement des pouvoirs, rien ne laisse espérer de la justice qu’elle agisse dans la sérénité et l’indépendance aux procès en appel fixés dans les prochaines semaines. Si la justice ne se ressaisissait pas en cessant de jouer le rôle d’instrument de revanche du pouvoir politique irrité par l’indocilité de la presse indépendante, cette cascade de procès impitoyables et sans précédent placerait l’Algérie en tête du sinistre hit-parade des pays attentant à la liberté de la presse et, à travers elle, à toutes les libertés démocratiques.

Cette remise en cause de la liberté de la presse, pour partielle qu’elle soit, obtenue au prix fort du sacrifice de près de 120 journalistes, a commencé par l’arrestation de Mohamed Benchicou qui entame son vingtième mois de prison. Malade et privé des soins nécessaires, il a été extrait plus de 34 fois de sa cellule pour être présenté devant le tribunal et répondre de nouvelles plaintes pour délit de presse.

Depuis l’emprisonnement du Directeur du Matin, la situation de la liberté d’expression et de la presse en Algérie n’a fait que se dégrader. Outre les dix-huit condamnations à des peines de prison ferme recensées en 2005, un récent bilan dénombre des dizaines de journalistes sanctionnés par des peines de prison avec sursis. Il révèle aussi les cas des correspondants locaux livrés, dans le silence, à une justice expéditive ; les sociétés éditrices croulant sous des amendes astronomiques, acculées à la faillite en raison du chantage à l’impression, à la publicité ; les menaces de suspension planant sur des publications.

Quant à l’affaire Benchicou, par son exemplarité et la brutalité des méthodes utilisées, elle aura été pour l’opinion nationale et internationale le révélateur des velléités liberticides inscrites dans la réforme du code pénal de 2001. Aujourd’hui, en dépit de tous les brouillages opérés autour de son procès, des instances internationales reconnues (ONG, Parlement Européen, FIJ, etc) considèrent le journaliste Mohamed Benchicou comme un prisonnier d’opinion. Elles n’ont cessé de dénoncer avec nous son emprisonnement, ainsi que les dispositions de ce Code pénal qui entravent l'exercice de la profession de journaliste en Algérie.

        Dans les prochaines semaines, les verdicts des procès en appel vont être rendus. Le collectif pour la liberté de la presse en Algérie réitère son appel en direction des élus et responsables politiques entretenant des relations avec le pouvoir algérien à travers divers accords économiques au niveau national et européen, ainsi qu’à l’opinion nationale et internationale afin d’agir immédiatement :

Collectif pour la Liberté de la Presse en Algérie

Paris, le 16 janvier 2006


09 janvier 2006

Précisions de la famille Benchicou

 

La famille de Med Benchicou, journaliste détenu arbitrairement depuis 19 mois à la prison d’El Harrach, a été surprise d’apprendre la détérioration de sa santé par un communiqué de maître Mokrane Aït Larbi alors que son état de santé est régulièrement suivi par sa famille et les personnes habilitées à communiquer en son nom (sa famille, le comité Benchicou pour les libertés et le collectif des avocats chargés de sa défense). Maître Aït Larbi, qui ne fait pas partie du collectif constitué de dix avocats, dont beaucoup se sont constitués spontanément dès le procès en première instance le 14 juin 2004, a sans doute mal interprété l’impossibilité, ce jour-là, de Med Benchicou de se rendre au parloir, probablement en raison d’une méforme passagère. Cette précision étant faite, nous sommes très touchés par la visite, même tardive, de maître Aït Larbi à Mohamed Benchicou et nous l’en remercions.

Alger, le 8 janvier 2006


 

06 janvier 2006

Jacques Charby est mort !

 

En ce début d'année, notre ami Jacques Charby est décédé.Cette nouvelle frappe d'une peine de plein fouet ses amis; dont nous étions.

Durant la guerre d'Algérie, Jacques Charby, comédien professionnel, avait participé au "réseau Jeanson" de soutien à la lutte d'indépendance du peuple algérien, sous la direction du Front de Libération Nationale (FLN).

Il était resté très attaché à l'amitié avec le peuple algérien. Il avait contribué ( en 1997) à la création de l'Association SOLIDAM (Solidarité et Amitié entre les peuples algériens et français)  dont notre association AlgériEnsemble.

En 2004, il avait publié un ouvrage, "Les Porteurs d'Espoir" (*), de témoignages d'une soixantaine de militants engagés dans le soutien à la lutte d'indépendance de l'Algérie.

Salut Jacques!

Simon Blumental

 

*Jacques CHARBY, Les porteurs d'espoir, Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie: les acteurs parlent, La Découverte, 2004


 

Les obsèques se dérouleront lundi 9 janvier 2006 au cimetière de Pantin à 14h30

Cimetière de Pantin

164, avenue Jean Jaurès

La levée du corps se fera lundi à 13h45 au funérarium de l'Hôpital Saint-Antoine de Paris (entrée par la rue de Chaligny)

 


31 décembre 2005

 

18 journalistes algériens condamnés à la prison ferme en 2005 Ils sont au moins 18 journalistes à avoir été condamnés à la prison ferme par la justice algérienne au cours de la seule année 2005.
Il s'agit de :

Parallèlement aux condamnations à la prison ferme, des dizaines d'autres journalistes ont été condamnés à des peines de prison avec sursis. Au cours de la seule journée du 13 novembre 2005, le tribunal de Mostaganem (ouest) a jugé cinq correspondants de presse, condamnant quatre d'entre eux à des peines allant de 6 à 3 mois. 2005 a été, également, l'année des amendes exorbitantes infligées par la justice algérienne aux éditeurs de presse et aux publications elles-mêmes. A lui seul, le cas Benchicou est la parfaite illustration de l'effrayante régression de la liberté de la presse en Algérie. Condamné à 2 ans de prison ferme, suite à une cabale policière, le directeur du Matin, qui accomplit actuellement son 19e mois détention à la prison d'El Harrach, est poursuivi à ce jour dans une trentaine de procès en diffamation, alors même que le journal qu'il dirige est suspendu depuis juillet 2004. Cette évolution funeste pour la liberté d'expression et la liberté de la presse était prévisible dès lors que le régime en place s'est employé, par l'entremise d'un appareil complètement assujetti, à étouffer toute voix discordante, ne laissant place qu'au discours lénifiant et “normalisateur”. Pendant que l'appareil judiciaire sévissait, tout au long de l'année, contre les médias privés, les premiers responsables de l'Etat et du gouvernement, défiant la réalité, n'hésitaient pas à affirmer qu’”il n'y a pas de journalistes en prison” ou que “les institutions nationales ne sont pas contre la liberté de la presse. Autre défi au bon sens : alors que l'Algérie, certainement sous la pression internationale, s'apprête à réformer le code pénal pour l'adapter à la nécessaire lutte contre la corruption, des journalistes parmi ceux qui avaient justement alerté l'opinion publique à propos des affaires de corruption se retrouvent en prison ou menacés d'y être envoyés. Tout en alertant l'opinion interne et internationale au sujet de ces atteintes répétées et gravissimes à la liberté d'expression et à la liberté de la presse et qui constituent une violation flagrante des normes internationales, le Comité Benchicou pour les libertés réclame avec insistance :

  1. la libération de Mohamed Benchicou.
     
  2. la relaxe des 18 journalistes condamnés à la prison ferme ;
     
  3. l'arrêt du harcèlement judiciaire des journalistes et la reconsidération des amendes infligées aux journalistes et aux médias. Il appelle instamment les pouvoirs publics à hâter la dépénalisation des délits de presse et à promulguer une loi protégeant l'exercice libre du métier de journaliste seul à même d'aider à l'émergence d'une société démocratique et à la construction d'un Etat de droit.

 


20 décembre 2005

 

Mohamed Benchicou a reçu la semaine dernière la visite d’un médecin du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dépêché expressément par l’organisation humanitaire pour s’enquérir de l’état de santé et des conditions d’incarcération du directeur du Matin, enfermé à la maison d’arrêt d’El Harrach depuis le 14 juin 2004.
Avant de rencontrer le journaliste, le délégué du CICR a demandé à consulter son dossier médical, détenu par la direction de la prison. Mohamed Benchicou, souffrant, ne bénéficie à ce jour d’aucun soin spécifique. En dix-huit mois de détention et malgré les innombrables demandes de l’administration et des médecins de la prison, il n’a eu droit qu’à deux examens radiologiques pratiqués dans un hôpital algérois : un EGM et une IRM, intervenus respectivement après une année et une année et demie d’emprisonnement alors que, poursuivi pour diffamation, le directeur du Matin a été extrait de sa cellule pas moins de 33 fois pour être jugé par le tribunal d’Alger. Constatant de visu l’évolution de sa maladie dont une “baisse nette de la motricité du bras droit”, le médecin du CICR a confié à Benchicou que son organisation “ne lâchera pas la pression tant qu’il (Benchicou) ne bénéficiera pas d’une prise en charge médicale totale, précisément prescrite par un médecin spécialiste en neurologie, et ce, sur la base des dernières explorations” radiologiques effectuées. Le délégué du CICR s’est dit “convaincu” que la hiérarchie judiciaire n’a consenti au journaliste son droit de sortie pour les deux examens subis en milieu hospitalier que “sous la pression nationale et internationale”. En qualité de journaliste, Mohamed Benchicou a tenu, par ailleurs, à témoigner des conditions carcérales de tous les détenus d’El Harrach sans exception aucune. Au délégué de la Croix-Rouge, il a fait part, en tant que témoin privilégié, des conditions scandaleuses et quasi inhumaines de certains détenus, notamment ceux consignés dans les geôles. Considérant sa propre condition de détention relativement supportable, Mohamed Benchicou a attiré l’attention de son interlocuteur sur celle d’une partie importante des détenus vivant dans des cellules vétustes, insalubres, manquant d’air et de lumière. Dans ces lieux, a affirmé le journaliste, la santé de la personne se dégrade rapidement. La gale, les maladies respiratoires, la tuberculose pour ne citer que ces pathologies, se propagent de façon inquiétante parmi les détenus d’El- Harrach, sous l’effet conjugué de la surpopulation, du manque d’hygiène et de la sous-alimentation. Le temps d’un entretien en tête à tête avec le délégué du CICR, le directeur du Matin s’est fait le porte-parole de ses codétenus pour une réelle réforme de la justice à l’effet de bannir les arrestations arbitraires et le recours abusif à la détention préventive. Il a aussi fait part à son interlocuteur du souhait des prisonniers de voir l’application rapide de la loi de février 2005 qui prévoit le régime de semi-liberté, et de liberté conditionnelle, des permissions de sortie et de suspensions de peine pour raison de santé ou familiale, ainsi que l’émergence d’associations autonomes d’aide et de soutien aux détenus. Le Comité Benchicou pour les Libertés, qui a, à maintes reprises, alerté l’opinion interne et internationale sur l’état de santé préoccupant de Mohamed Benchicou, se félicite de l’intérêt porté par le CICR au directeur du Matin en tant que détenu d’opinion.

Le Comité Benchicou pour les libertés

Alger, le 19/12/2005


15 décembre 2005

 

La machine juridico-policière mise en branle voilà deux ans pour mettre à genoux les journalistes de la presse privée et annihiler toute velléité d’indépendance des médias algériens a franchi le seuil de l’intolérable concernant Mohamed Benchicou.
Enfermé à El-Harrach depuis le 14 juin 2004, abandonné sans soins médicaux appropriés pour stopper la progression de sa maladie, le directeur du Matin ne compte plus les coups tordus d’un régime vouant une haine tenace à la liberté et aux hommes libres : c’est ainsi que le journaliste subit jusqu’au fond de sa cellule et loin des regards un acharnement inqualifiable, exécuté sous “couverture légale”. De retour dans sa cellule d’où il a été extrait, en 18 mois d’enfermement, pas moins de 33 fois afin d’être jugé pour diffamation par le tribunal d’Alger, Mohamed Benchicou s’est vu conduire devant une commissaire de police, venue lui signifier deux nouvelles plaintes introduites en 2003 et 2004. Avec un total s’élevant à ce jour à 34 affaires pour délits de presse émanant pour la plupart de dignitaires du régime, le journaliste Mohamed Benchicou passe pour le plus dangereux des “criminels” que l’Algérie connaisse. En tout état de cause, la commissaire de police qui s’est présentée à El-Harrach, munie d’une machine à écrire, pour interroger et dresser des procès-verbaux à Benchicou s’est vu opposer le refus du concerné de se soumettre à l’interrogatoire : le directeur du Matin, s’en tenant à la décision, dans les affaires de presse, de ne répondre qu’au juge en dehors de toute autre autorité quelle qu’elle soit. Décision prise solidairement par les éditeurs de presse en août 2003. Indigné par de telles procédés, le Comité Benchicou pour les libertés s’élève avec vigueur contre l’acharnement caractérisé ciblant le directeur du Matin et exécuté honteusement par des institutions de la République, sous une couverture “légale”. Une nouvelle fois, il prend à témoin l’opinion nationale et internationale des dérives liberticides du régime algérien. Par la même occasion, le Comité Benchicou pour les libertés exprime son extrême inquiétude suite aux derniers verdicts prononcés par la cour d’Alger à l’encontre de plusieurs journalistes (jusqu’à une année de prison ferme et même dans des cas de retrait de plaintes par leurs auteurs). Ce durcissement annonce un avenir des plus sombres pour la liberté de la presse et la liberté d’expression, d’autant que les pouvoirs publics ne manifestent aucune intention de dépénaliser les délits de presse, malgré son prétendu respect des libertés fondamentales.

Alger, le 14 décembre 2005


06 décembre 2005

 

Le Comité Benchicou pour les libertés organise, à l’occasion de la célébration du 57e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, un rassemblement auquel il invite militants de droits de l’homme, journalistes, membres et représentants de différents syndicats autonomes (enseignants, universitaires, fonctionnaires, médecins...), militants de partis politiques, démocrates, membres et militants des associations engagés dans la défense des droits humains et des libertés citoyennes. Le rassemblement aura lieu le samedi 10 décembre 2005 à 11h à la maison de la presse Tahar Djaout (place du 1er Mai, Alger).


03 décembre 2005

 

Après le prix de la liberté d’expression décerné par le journal espagnol Voz Del Occidente à Mohamed Benchicou, nous apprenons l’attribution prochaine d’autres prix internationaux au journaliste incarcéré.
Le comité Benchicou pour les libertés se félicite de cette consécration internationale qu’il estime être une juste reconnaissance, alors même que Mohamed Benchicou est emprisonné depuis 17 mois par la volonté d’un régime prétendument démocratique qui s’obstine, jusqu’à l’autisme, à punir un journaliste pour ses seuls écrits. Cette vérité, portée dès l’incarcération du directeur du Matin, par quelques poches de résistance en Algérie avant d’avoir le retentissement que l’on sait à l’extérieur grâce à l’action soutenue des ONG, a fini par s’imposer devant le mensonge triomphant et l’occultation par lesquels l’on a tenté vainement d’avilir et d’isoler un journaliste, résolument engagé dans le combat pour la liberté de la presse. Le comité Benchicou pour les libertés, qui n’a jamais douté de la justesse de ce combat, est convaincu que la mobilisation citoyenne en Algérie, maintenue, malgré l’adversité ainsi que les vives protestations exprimées de par le monde suite à l’incarcération de Mohamed Benchicou, et qui n’ont cessé de gonfler au fil des mois, ont contribué à attirer l’attention sur les pratiques liberticides du régime algérien, empêchant du même coup l’embastillement d’autres journalistes fatalement inscrits dans le sillage de l’emprisonnement du directeur du Matin. Pour le comité Benchicou, cette reconnaissance internationale est également à saisir dans sa portée réelle, en ce qu’elle signifie qu’un journaliste algérien, maghrébin ou de tout autre “pays du Sud” a le droit, à l’instar de son confrère “du Nord”, d’exercer son métier librement et qu’il mérite égards et soutien dans cette quête.


 

 

COLLECTIF POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE EN ALGÉRIE

02 décembre 2005

FATIHA BENCHICOU

 

Chers amis et confrères,

Je tiens à vous remercier pour l'intérêt que vous avez porté à mon article sur la remise du Prix international de la liberté d'expression décerné à Mohamed en le publiant dans vos éditions. Cette information m'a valu une avalanche d'e-mails de félicitations et d'appels téléphoniques, notamment d'Algérie.
On me dit également que Mohamed a  été félicité par des visiteurs de détenus à la prison d'El Harrach lors des séances au parloir.
En Espagne, l'événement a été couvert par des radios et des télévisions des Asturies , ainsi que par des quotidiens. Le directeur de la revue mensuelle de la «Voz del Occidente» m'a fait parvenir deux de ces quotidiens «La Nueva Espana» et «El Commercio» qui consacre respectivement un tiers et une demi-page avec photos des lauréats. Je recevrai bientôt l'édition de décembre de la «Voz del Occidente».
Au-delà de Mohamed, ce Prix  est une reconnaissance  de tous ceux qui mènent le combat pour l'exercice libre de la profession de journaliste.
Merci encore à vous tous.

Fatiha BENCHICOU

 


17 novembre 2005

MONDE

LE JOURNALISTE, GIBIER TRAQUÉ

 

Les chiffres sont là, implacables : plus de 684 journalistes ont été tués à travers le monde depuis 1992. Depuis le 1er janvier 2005, 53 de nos consoeurs et confrères sont tombés. 73 journalistes sont morts en Irak depuis le début du conflit en mars 2003, faisant de ce pays la zone la plus meurtrière pour les professionnels de l'information depuis la Seconde Guerre mondiale. Plus de 1 450 reporters ont été interpellés, frappés, menacés de mort, kidnappés ou harcelés, et plus de 320 médias ont été censurés en 2004. 112 journalistes et 3 collaborateurs de médias sont actuellement emprisonnés dans le monde. 71 cyberdissidents sont derrière les barreaux, dont 62 en Chine. Pour la 16e année consécutive, l'association Reporters sans frontières (RSF) organise une journée de soutien aux journalistes emprisonnés. À travers eux, c'est toute une profession qu'il s'agit de défendre, exposée comme jamais, parce que jamais l'information n'a été un enjeu aussi fort dans les affrontements politiques et économiques de notre temps.

La place d'un journaliste est dans sa rédaction

Comme beaucoup d'autres médias, l'Humanité parraine un confrère prisonnier. Pour nous, il s'agit du Birman Win Tin (lire ci-dessous). La place d'un journaliste est dans sa rédaction et non pas dans une geôle. Cela nous le disons depuis longtemps, sans distinction de pays, faut-il le souligner, car rien ne justifiera jamais à nos yeux qu'on empêche un journaliste de faire son métier. C'est pourquoi on ne peut que regretter l'absence, dans la liste fournie par RSF, de Mumia Abu Jamal, ce journaliste militant des Black Panthers, qui croupit dans le couloir des condamnés à mort, non pas à Cuba mais aux États-Unis.

S'intéresser au sort des journalistes, c'est évidemment ce que nous faisons lorsque nous lançons une campagne pour la libération de Mohamed Benchicou, le directeur du quotidien algérien le Matin (lire ci-dessous) et la relaxe de tous les journalistes algériens. Il nous faudrait aussi citer la mobilisation internationale visant à faire libérer le journaliste iranien Akbar Ganji, condamné en 2001 à six ans de prison après une série d'articles mettant en cause plusieurs dignitaires du régime de Téhéran dans des meurtres d'intellectuels et d'écrivains.

Aujourd'hui, c'est vers la Tunisie que tout le monde se tourne. Un pays choisi pour accueillir le sommet de l'ONU consacré aux sociétés de l'information, alors que Lotfi Hajji, président du Syndicat des journalistes tunisiens (SJT), poursuit une grève de la faim commencée le 18 octobre avec six autres personnalités de la société civile. Le bilan que dresse ce syndicat sur l'état des médias en Tunisie est hallucinant. On peut le consulter sur le site du Syndicat national des journalistes CGT : www.snj.cgt.fr . Il n'y est pas seulement question de l'arbitraire policier, mais également des conditions de travail, de la réalité sociale et des pressions politiques quotidiennes. Si rien n'y fait, si rien ne change, si le soutien apporté à ces journalistes n'est pas plus marqué, il y a fort à parier que nombre d'entre eux se trouveront embastillés dans les mois ou les années qui viennent.

En regardant cette trop longue liste de journalistes en prison, une remarque vient à l'esprit : ils ont utilisé leur profession comme des citoyens et c?est ce qui a dérangé et dérange les pouvoirs en place. N'en trouve-t-on pas une certaine réminiscence en Europe lorsqu'on marginalise des médias coupables de ne pas s'aligner sur la pensée dominante ? N'est-ce pas une nouvelle forme de coercition du journaliste de ne considérer l'information que comme une marchandise ? La précarisation de notre profession n'aggrave-t-elle pas l'autocensure, quand ce n'est pas une abdication pure et simple de la liberté de ton pour être sûr de ne pas se faire mettre à la porte ? Sans parler des concentrations de presse qui sonnent le glas du pluralisme des idées. C'est en France, au moment du référendum sur la constitution européenne, que des journalistes de l'audiovisuel public se sont élevés contre un parti pris éhonté de leurs chaînes !

L'incarcération du journaliste est sans aucun doute plus terrible lorsqu'il s'agit de cellule. Mais les barreaux virtuels existent partout, ici comme ailleurs. C'est moins exotique et il est bien plus commode de comparer notre situation à celle des journalistes africains.

Allez, je vous échange deux Pujadas contre un Poivre d'Arvor. Ou l'inverse, si vous voulez, et surtout, qu'on ne parle plus de tout ça.

Pierre Barbancey 


14 novembre 2005

Invitation

Conférence de presse

 

16e Journée de soutien aux journalistes emprisonnés

Reporters sans frontières vous convie à une conférence de presse

le mercredi 16 novembre à 11 heures

 

SCAM (Société civile des auteurs multimédia) - 5, avenue Vélasquez, 8e

M° Monceau ou Villiers, Parking Villiers

 

 

Conférence de presse, le mercredi 16 novembre à 11 heures en présence de :

 

·           Robert Ménard, le secrétaire général de Reporters sans frontières, dressera un bilan de la liberté de la presse en 2005 et donnera la parole à ceux qui vivent la censure et les atteintes à la liberté de la presse au quotidien :   

 

·          Maria Isabel Rey Rodriguez, journaliste cubaine réfugiée en France depuis le 4 octobre dernier, témoignera de la situation de la liberté de la presse à Cuba,

·          Fatiha Benchicou, épouse de Mohamed Benchicou, directeur du quotidien algérien Le Matin, emprisonné depuis le 14 juin 2004, rappellera la situation de son mari,

·          Rorry Carroll, correspondant du quotidien britannique The Guardian, séquestré pendant 36 heures par un groupe armé en Irak et libéré le 21 octobre dernier, nous parlera de son travail de  journaliste dans un pays en guerre depuis mars 2003, où 74 journalistes ont déjà perdu la vie,

·          Une journaliste irakienne réfugiée en France qui a notamment travaillé pour les médias japonais qui couvrent la guerre,

·          Sarah Mahir, de l'organisation Friends of Maldives à Londres, parlera de la mobilisation internationale autour de la condamnation, à 20 ans de prison, de la journaliste franco-maldiviennne de 32 ans, Jennifer Latheef.

 

·          Christine Vaissié-Charbonnier, la femme du photographe Jean-Philippe Charbonnier, pourra également répondre aux questions concernant le travail photographique de son mari, décédé en 2004.