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29 juin 2005
La défense assurée par Me Bourayou estime qu’avec cette nouvelle condamnation, “c’est le cycle de répression de la presse qui continue”, considérant, au passage, que cette manière de faire “est totalement improductive pour le droit”.
Farid Alilat,
ex-directeur de la publication de Liberté, et Ali Dilem, caricaturiste
du journal, ont été condamnés hier par le tribunal de Sidi
M’hamed d’Alger à une peine de six mois de prison ferme et 250 000 DA
d’amende pour offense au président de la République.
Le journal doit également payer 1,5 million de dinars au titre des dommages
et intérêts. L’affaire remonte au mois de septembre 2003 avec la
parution d’une caricature qui avait été jugée par le ministère
public de blessante à l’égard de la personne du premier magistrat
du pays.
Le ministère public s’est donc saisi de l’affaire en déposant
une plainte contre le journal. Le procès concernant ce dossier a eu lieu
le 14 juin dernier. La défense du journal, assurée par Me Khaled
Bourayou, a décidé de faire appel de ce jugement. Me Bourayou
estime qu’avec cette nouvelle condamnation, “c’est le cycle de répression
de la presse qui continue”, considérant au passage que cette manière
de faire “est totalement improductive pour le droit”. Il ne manque pas de s’élever
une nouvelle fois contre la condamnation de journalistes à la prison.
“Il n’y a que les journalistes qu’on condamne dans ce pays”, relève-t-il.
À rappeler que l’ex-directeur de Liberté, Farid Alilat, a déjà
écopé d’une peine par défaut d’une année de prison
ferme et de 100 000 DA d’amende le 24 mai dernier par le même tribunal.
Les charges retenues contre lui concernaient, notamment l’offense au chef de
l’État. Ali Dilem, caricaturiste, lui, également entendu dans
cette affaire, n’a été condamné à verser qu’une
amende de 50 000 DA.
Lors du procès qui s’était déroulé deux semaines
auparavant, le procureur de la République avait, pourtant, requis une
peine de 12 mois de prison ferme et 50 000 DA d’amende à l’encontre du
caricaturiste, et Farid Alilat, pour offense à la personne du président
de la République. En rendant sa décision, le tribunal a épargné
Dilem de la prison, contrairement à l’ex-directeur du journal qui a eu
droit à une condamnation à la prison ferme. Salima Tlemçani,
journaliste à El Watan, a été elle aussi condamnée
par la même instance à deux mois de prison avec sursis et à
50 000 DA d’amende dans l’affaire l’opposant à la DGSN, et dont le procès
a eu lieu la semaine dernière. Le tribunal a, au cours de la même
séance, arrêté les poursuites engagées contre la
journaliste par l’ancien directeur de la Compagnie algérienne de banque
(CAB). Le tribunal a également rendu sa décision dans l’affaire
en diffamation opposant Mohamed Bedjaoui, l’actuel ministre des Affaires étrangères,
à Mohamed Benchicou, ancien directeur de la publication du journal Le
Matin. Malgré le désistement de la partie plaignante, le tribunal
a condamné ce dernier à une amende de 2 000 DA. Dans une
déclaration, Me Bourayou, estime que “la presse indépendante n’a
pas fini de manger son mardi noir, le cycle de répression continue inexorablement.
Il suffit d’être journaliste pour être condamné”.
Pour l’avocat de la défense, à travers ce harcèlement incessant,
il s’agit “de tuer la caricature, d’assassiner le mot et de bâillonner
le verbe, et à ce rythme, ajoute-t-il, la liberté d’expression
sera réduite à sa simple expression”. Khaled Bourayou rappelle
enfin qu’“un journaliste est en prison, les autres jouissent d’une liberté
provisoire”.
