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15 mars 2006

 

Mme Fatiha Benchicou
16 bis rue de l’ancienne mairie
92100 Boulogne Billancourt
                                    France                        

 

 

Monsieur le Président,

 

        Mohamed Benchicou, journaliste et directeur du quotidien « le Matin » dont je suis l’épouse est incarcéré depuis le 14 juin 2004, soit trois mois après la parution de son livre « Bouteflika, une imposture algérienne », imprimé et vendu clandestinement. Les imprimeurs et les libraires ayant été tous menacés par des « inconnus »si d’aventure, ils imprimaient ou commercialisaient l’ouvrage en question.

       La cabale autour des bons de caisse a été montée contre mon mari en août 2003 par le ministre de l’intérieur qui avait juré publiquement, lors d’une conférence de presse tenue quelques jours auparavant, de « faire payer »Mohamed Benchicou pour avoir publié les révélations d’un citoyen sur le passé de tortionnaire de ce ministre quand il était chef de la sécurité militaire dans les années 70.

        Le quotidien le Matin (150 000 exemplaires/J) qui avait également publié des enquêtes sur des malversations et les passe droits au profit de vos interlocuteurs et de leurs proches a été fermé et son siège vendu aux enchères en juillet 2004 en l’espace record de trois jours suite a un règlement de compte déguisé en redressement fiscal.

       Monsieur le Président, je vous mentirais si je vous disais que je fondais tous mes espoirs sur votre visite en Algérie pour la libération de mon mari incarcéré depuis maintenant 22 mois, mais j’avoue que je ne m’attendais pas à ce que vous accréditiez la thèse de vos interlocuteurs désormais mise en faillite par les faits eux-mêmes. Comme je ne comprends pas que sous ce prétexte vous ayez occulté la condamnation pour des délits de presse des autres journalistes, de tous les autres.

       Monsieur le Président, j’ose espérer que votre déclaration à la presse algérienne, au demeurant en retrait par rapport à la résolution adoptée le 8 juin 2005  par le Parlement européen, n’a pas définitivement  écorné l’image que nous avons en Algérie de l’ institution  que vous présidez.

       Monsieur le Président, je ne pouvais pas ne pas réagir à votre déclaration qui a suscité en moi colère et déception. C’est pourquoi je vous adresse cette lettre et toute la documentation que j’estime à même de vous éclairer sur le danger qu’encourent les journalistes en Algérie dans l’exercice de leur métier de la part même de vos interlocuteurs.

       En espérant que vous accorderez le temps nécessaire à la lecture de mon volumineux courrier, je vous prie de croire, Monsieur le Président à ma très haute considération.

                                                                                             

Fatiha Benchicou