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08 mars 2006
Devant une stratégie gouvernementale qui n’arrive pas à se concrétiser sur le terrain, les femmes victimes de violences continuent à souffrir en silence. Leurs cris de douleur se heurtent toujours à un mur, érigé par non seulement les mentalités rétrogrades qui justifient à chaque fois les violences qu’elles subissent, mais également des lois qui ne les protègent pas suffisamment de ce fléau. Même alarmants, les chiffres sont loin de refléter l’inquiétante situation. Les femmes violentées arrivent rarement à se libérer du sentiment de culpabilité, pour se plaindre officiellement de leur agresseur. Le manque flagrant de structures pour leur prise en charge psychologique, sociale et juridique est, pour de nombreux spécialistes de la santé, l’une des raisons principales de leur enfermement sur elles-mêmes.
Il y a près d’un mois, le ministre de la Solidarité
a annoncé en grande pompe l’ouverture imminente d’un centre d’écoute
et le lancement d’un numéro vert pour les femmes victimes de violences,
mais à ce jour ces mesures n’ont pas été concrétisées.
Chaque année, les services de sécurité font état
de bilans alarmants, et l’année 2005 a connu, elle aussi, ses chiffres
noirs. Durant cette période, la police et la Gendarmerie nationale ont
recensé 8420 cas de violence à l’égard des femmes, parmi
lesquels 7479 ont été enregistrés au niveau des commissariats
et 1001 au niveau des brigades de la gendarmerie. Les violences physiques occupent
la première place avec 5260 cas. Mme Messaoudène de la Sûreté
nationale a indiqué que sur les 7419 femmes battues en 2005, 5179 ont
été victimes de coups et blessures volontaires et 277 ont subi
des violences sexuelles. Pour sa part, le chargé de la communication
auprès de la gendarmerie a révélé que sur les 1001
femmes ayant déposé plainte au niveau des brigades, 376 ont subi
des coups et blessures avec armes blanches et 463 ont été victimes
de violences sexuelles. La violence sur ascendant, notamment les mères,
ne cesse de connaître une hausse inquiétante. Ainsi, 2089 femmes
ont été battues par leurs enfants. D’autre part, 59 femmes ont
été assassinées alors que 176 autres ont fait l’objet de
harcèlement sexuel. Mme Messaoudène a indiqué que
76% des agresseurs sont étrangers aux victimes. « Généralement,
la violence a lieu sur la voie publique et les auteurs sont souvent des voisins,
des copains, des amants ou tout simplement des hommes rencontrés dans
la rue », a-t-elle expliqué. Néanmoins, pour les autres
cas, a-t-elle ajouté, les époux représentent 12% des agresseurs,
suivis des frères avec 4,5% des cas, puis des amants 3,1%, des fils 2,85%
et des pères 1%. Les gendarmes ont, pour leur part, indiqué que
les femmes battues par leurs enfants occupent la première position des
plaignantes avec 168 cas enregistrés et celles violentées par
leurs époux 22 cas. Ils ont fait état également de 17 cas
d’enlèvement, de 16 cas de tentative de meurtre, de 15 cas de menace
d’attentat, de 10 cas de menace avec arme à feu, de 10 cas d’enlèvement
avec violence et de 8 menaces avec arme à feu. Les mêmes services
ont enregistré 463 cas de violence sexuelle, précisant que 118
femmes ont fait l’objet de viol pour l’année 2005. Pour les services
de la police, les villes les plus touchées par les violences à
l’égard des femmes restent Alger avec 1052 cas, suivie de Annaba avec
634 victimes, Oran avec 543 cas, Relizane 362 victimes, et enfin Mila avec 229
cas. « Toutes les catégories sociales sont concernées
par la violence et l’âge des victimes est compris entre 18 et plus de
60 ans », a déclaré Mme Messaoudène. Pour
sa part, le ministère délégué chargé de la
Condition féminine a réalisé un sondage sur la violence
contre les femmes dans 16 wilayas du pays. Les résultats, rendus publics
cette semaine, sont très révélateurs. Ainsi, 52% des femmes
interrogées ont affirmé avoir fait l’objet de violence physique
ou morale au moins une fois dans leur vie, exercée par un membre de l’entourage
familial et à un degré moindre un étranger. Un constat
déjà dressé par l’enquête nationale sur les violences,
réalisée sous l’égide de l’Institut national de la santé
publique, avec la participation de plusieurs ministères et associations
féminines, dont les résultats ont été rendus publics
en 2004. L’enquête a fait état de 62% de femmes mariées
battues par leur époux, ce qui démontre que le domicile conjugal
censé garantir la sécurité pour les femmes s’est transformé
en un lieu de torture et de sévices. Tous les spécialistes s’accordent
à dire que les pouvoirs publics sont les premiers concernés par
ce phénomène et sont donc interpellés à plus d’un
titre pour trouver les solutions adéquates. Pas celles des promesses
non tenues, mais des actions concrètes sur le terrain.
