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16 mars 2006
A
Monsieur le Président,
Le collectif
pour la liberté de la presse en Algérie, composé de femmes
et d'hommes de France, d'Algérie et d'autres pays d'Europe et du Maghreb,
attachés aux libertés, voudrait attirer votre attention sur les
effets de vos déclarations suite à votre visite à Alger.
Le communiqué officiel du Parlement européen faisant suite à
cette visite effectuée du 6 au 10 mars dernier nous informe du fait que
« le sujet de la liberté de la presse et de l’incarcération
de certains journalistes a été également abordé » et que vous
avez « fait part de la vive préoccupation de l’Union
européenne et de certaines associations de journalistes européens,
en défendant la nécessité de la liberté des médias
dans toute démocratie ».
Cependant,
vos déclarations à la presse nous
laissent penser que le contenu de vos interventions sur ce sujet fut moins conforme
à la résolution sur la Liberté de la
Presse en Algérie, votée le 8 juin 2005 par le Parlement que vous
présidez, que ne le laisse paraître ce communiqué.
D’après
vos déclarations à la presse, vous souscrivez à la thèse
selon laquelle Mohammed Benchicou ne serait pas emprisonné pour ses écrits,
mais pour un autre délit. Aucune des ONG qui, comme HRW, FIDH, Amnesty
International, se sont rendues en Algérie et y ont enquêté,
aucun des Députés européens qui ont rencontré les
autorités et les journalistes algériens, comme Bernadette Bourzai,
Hélène Flautre, Adeline Hazan, Francis Wurtz, ou encore Nicole
Fontaine, n’ont accepté cette thèse.
Trois journalistes
sont actuellement en prison :
Trois autres
ont été libérés après :
et 18 sont
condamnés à la prison ferme et attendent la notification de la
justice pour s'y rendre :
Farid Allilat, Kamel Amarni, Nacer Belhadjoudja,
Djamel Eddine Benchenouf, Abder Bettach, Fouad Boughanem, Malika Boussouf, Abla
Cherif, Ali Dilem, Abdelkader Djemaâ, Yasmine Ferroukhi, Ghanem Khemis,
Hakim Laâlam, Badis Massaoui, Youcef Rezzoug, Sid Ahmed Semiane, Hassan
Zerrouki, et à nouveau Mohamed Benchicou.
Plusieurs dizaines d’autres ont fait l’objet
de condamnations avec sursis. Le journal Le Matin est suspendu. Les motifs de ces condamnations, qui datent
de bien avant l’affaire des caricatures, sont bien des délits de presse,
délits dont le parlement européen demande expressément
la dépénalisation.
L’Union européenne
et l’Algérie sont liées par un accord d’association dont l’article
2 affirme que le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux
de l’homme constitue l’un de ses éléments essentiels et dont l’article
82 évoque l’importance attachée par les parties au renforcement
de l’Etat de droit. Le fait que la situation des libertés en Algérie
ne soit pas la pire dans la région ne saurait être une raison d’accepter
une dérogation à ces principes et une tolérance vis-à-vis
du non respect des accords signés. Cela impliquerait une forte perte
de crédibilité de l’Union européenne auprès de la
société civile en Algérie comme dans les pays européens
où une solidarité active se manifeste avec les journalistes algériens
harcelés par le pouvoir politique et une justice dépourvue d’indépendance
et d’autonomie.
Nous vous faisons
parvenir un dossier contenant des éléments d’information qui,
nous en sommes certains, vous permettra de prendre connaissance de l’ampleur
des manquements à la liberté de la presse en Algérie et
vous conduira à rester vigilant pour empêcher que l’exigence de
respect des libertés soit négligée dans l’application de
l’accord d’association.
Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de notre haute considération.
Le Collectif pour la liberté de la presse en Algérie
