La rencontre du Caire L'appel du prix Nobel de littérature, Naguib Mahfouz La question Déclaration du Collectif pour la liberté de la presse en Algérie La FIJ organise un spécial Algérie Spécial Algérie au Parlement européen La plume anime les débats Arezki Metref au Salon du Livre de Paris Lettre au Président du Parlement européen Mme Fatiha Benchicou écrit au Président du Parlement européen Lettre ouverte au ministre de la justice Suspension de deux étudiants à cause d'un baiser L'Oie exprime son inquiétude quant à la pratique syndicale en Algérie «Match nul, vraiment nu», chronique d'Arezki Metref Josep Borrell quitte Alger après une visite de trois jours Fin de la visite «fructueuse» du Président Borrell Reporters Sans Frontières s'inquiète de l'adoption d'une demi-réforme Algériennes: Pour une citoyenneté pleine et entière Violences à l'égard des femmes algériennes Journée Internationale de la femme, le rappel de Reportres Sans Frontières Choc des civilisations ou choc des incultures

![]()
![]()
09 février 2006
“Où étaient nombre de ces dirigeants lorsque des femmes et des enfants se faisaient massacrer au nom de l’Islam ? On ne les a pas entendus dénoncer avec force ce qui s’est passé en Algérie (…) La frilosité des hiérarques musulmans, par le passé, leur complicité de facto par le silence ont conduit au fait que des illuminés, des exaltés, des criminels soient les premiers à défigurer le visage de l’Islam et celui du Prophète”, s’interrogeait Ghaleb Bencheikh, exégète de l’Islam à propos des réactions suscitées par les caricatures publiées par un journal de la droite conservatrice danoise ? Ajoutant : “Si nous sommes arrivés à cette situation où des gens brocardent nos croyances, c’est parce que nous avons contribué à les banaliser.” Effectivement, entre 1991 et 1998, quand des groupes islamistes massacraient en Algérie femmes, enfants, hommes, égorgeaient et brûlaient leurs victimes comme ce fut le cas à Larbâa, la “rue arabe” proche-orientale était bien silencieuse.
A l’époque, dans la plupart des mosquées du Proche-Orient, soit on priait pour la victoire des “moudjahidine” algériens contre le “pouvoir impie” et ses alliés, soit on ne prenait pas partie et on se réfugiait dans un silence coupable. A Beyrouth, Damas, Amman et, tenez-vous bien, à Baghdad en 2004, malgré les attentats-suicides décimant des civils irakiens, il y avait des gens qui ne croyaient pas aux crimes du GIA et m’affirmaient avec un aplomb déroutant, qu’ils étaient l’œuvre de militaires manipulés par l’Occident, voire par le sionisme ! Il n’y avait pas qu’en France qu’on pratiquait le “qui-tue-qui ?” ! Dans ces pays dits “frères”, rares étaient ceux qui dénonçaient l’islamisme radical algérien. Rares étaient les manifestations de solidarité avec une Algérie faisant face à la pire entreprise criminelle depuis son indépendance.
Plus généralement, même quand Ben
Laden avait revendiqué les attentats du 11 septembre 2001, on n’a pas
entendu ces théologiens musulmans condamner ses propos. Ils ont plutôt
expliqué que les attentats contre le World Trade Center ne pouvaient
être que l’œuvre du sionisme international pour discréditer l’Islam
et dénaturer son message ! Si ces “alims”, docteurs de la foi, s’étaient
opposés de manière déterminée au terrorisme islamiste,
peut-être que l’Islam serait mieux respecté dans le monde. Or,
dans leur majorité, à commencer par El Qaradhawi, El Bez, El Albany,
ils ne l’ont pas fait. Ils se sont réfugiés dans un silence assourdissant
quand ils n’ont pas ouvertement soutenu le “djihad” du GIA et de la Qaïda
! Comment dès lors s’étonner que l’image
du musulman, croyant ou pas, soit tout simplement caricaturée dans cet
Occident dit “impie” ? En vérité, la vraie question est de savoir
qui des caricaturistes danois ou des groupes islamistes armés, salit
l’Islam ? Quant aux manifestations de solidarité exprimées, au
nom de la liberté d’expression, par certains médias français
avec le journal conservateur danois ayant publié les caricatures en question,
elles sont pour le moins surprenantes. Car ces mêmes médias n’ont pas réagi
avec autant de vigueur quand des journalistes algériens étaient
la cible des islamistes ou contre les atteintes à la liberté de
la presse et l’emprisonnement de Mohamed Benchicou. En fait, autour de cette
histoire de caricatures, on assiste de part et d’autre à une nette volonté
de substituer le religieux au politique et de réduire tout conflit à
une guerre de religion. Islam contre Occident pour les uns, le Bien contre le
Mal — christianisme contre Islam — pour les autres. Autrement dit, on veut nous faire croire que ces caricatures
et les réactions indignées qu’elles ont suscitées ne sont
en dernière analyse qu’une illustration de ce choc des civilisations
annoncé par Samuel Hutington. De plus, comme le souligne Ghaleb Bencheikh,
“il n’y a de choc que des incultures et des ignorants”.
