
A. KERSANI
© Le Soir d'Algérie du 19 avril 2007
Ferhat M’henni, chanteur engagé et porte-parole
du MAK, a été l’hôte de la coordination locale des arouch
de Seddouk avant-hier en fin d’après-midi pour animer une conférence-débat
dans le cadre de la célébration du double anniversaire du Printemps
amazigh et du Printemps noir sous le thème “Deux générations,
un même combat”.
Dans une salle des fêtes de la commune qui s’est
avérée trop exiguë pour contenir toute la foule venue écouter
la figure de proue du Mouvement culturel berbère des années 1980
et que Kateb Yacine surnommait à l’époque le maquisard de la chanson,
Ferhat M’henni, visiblement très ému devant tant de chaleur humaine
que lui a réservé la population de Seddouk, a, d’emblée,
tenu à rendre un vibrant hommage aux animateurs locaux du mouvement citoyen
pour, dit-il, lui avoir fait “honneur et la fraternité” à travers
cette invitation pour “marcher sur les pas de l’illustre personnage historique
de 1871, en l’occurrence Cheikh Aheddad”. Après un bref historique de
Tafsut imazighen de 1980 et du Printemps noir et faisant le parallèle
entre ces deux dates-phares dans le combat identitaire et la démocratie,
le conférencier a soutenu que ces deux événements majeurs
dans le combat démocratique “issus l’un de l’autre comme Eve et Adam
ne sont en vérité qu’un même processus qui marque l’émergence
plus prononcée du peuple kabyle à travers son histoire”. Dans
son intervention, le porte-parole du MAK a estimé que la génération
du Printemps noir n’a rien à envier en termes “de sacrifice et de générosité
à leurs aînés d’avril 1980”. Mieux encore, poursuivra le
conférencier, “la génération de 1980 a été
rattrapée par les comportements et les réflexes qu’elle dénonçait
naguère chez ses aînés durant la lutte de Libération
nationale, à savoir aller à la soupe du pouvoir en contrepartie
des sacrifices consentis à une époque ou à une période
de leur vie”. Ferhat M’henni n’y est pas allé avec le dos de la cuillère
pour fustiger la génération 1980 en affirmant que “leur héroïsme
d’hier ne peut en aucun cas légitimer la trahison d’aujourd’hui et je
n’en veux pour preuve la cuvée des législatives prochaines”, souligne-t-il
encore. S’adressant à une foule visiblement acquise à sa cause,
l’orateur a lancé un appel pour que le double anniversaire des deux printemps
1980 et 2001 soit placé sous “le signe de l’autonomie régionale
de la Kabylie”. Le conférencier a ensuite invité l’ensemble du
mouvement associatif, les différents acteurs du monde syndical, économique
et politique à engager une réflexion “individuellement ou collectivement
en vue de la construction d’un pôle de résistance pacifique de
la Kabylie” avant d’appeler les citoyens à se “mobiliser” pour la réussite
de la marche de commémoration de ce double anniversaire programmée
ce jeudi à partir de 11h à Tizi- Ouzou. Les débats ont
tourné ensuite autour notamment de son projet d’autonomie régionale
de la Kabylie, l’année d’“Alger capitale de la culture arabe” et les
prochaines législatives que son mouvement, selon Ferhat M’henni, “rejette”.
“Notre mouvement n’est nullement concerné par les prochaines joutes électorales”,
tranche à ce sujet le porte-parole du MAK tout en fustigeant la politique
de réconciliation nationale prônée par Bouteflika. Parlant
des marches de soutien à la paix de Bouteflika organisées à
travers le territoire national, tout en condamnant fermement le terrorisme et
les attentats sanglants perpétrés par les hordes islamistes dans
la capitale, le conférencier a estimé qu’elles (les marches) “servent
tout au contraire d’encouragement au terrorisme car on ne peut en même
temps se dire pour une lutte antiterroriste et prôner une réconciliation
avec les mêmes auteurs et les commanditaires de cette violence”, conclut
le conférencier. Par ailleurs, Ferhat M’henni a également animé
dans la soirée de mardi une rencontre-débat au niveau du campus
universitaire d’Aboudaou devant plusieurs centaines d’étudiants sous
le même thème dans le cadre de la célébration du
double anniversaire de Tafsut Imazighen et le Printemps noir 2001.
Imposante marche des lycéens contre l'oubli et pour tamazight à Sidi-Aïch
Plusieurs centaines de lycéens de Sidi-Aïch
ont marché dans la matinée d’hier à l’appel de la coordination
des lycées de la daïra dans le cadre de la commémoration
du double anniversaire du Printemps amazigh 80 et des événements
tragiques d’avril 2001 sous le mot d’ordre “Non à l’oubli et pour l’officialisation
de tamazight”. Prenant le départ du lycée de jeunes filles, les
manifestants ont fait un peu plus d’un kilomètre en empruntant la route
de la gare, le nouveau pont, la principale rue longeant le commissariat avant
de rejoindre le point de l’entame de la marche en reprenant à tue-tête
des slogans hostiles à la réconciliation nationale de Bouteflika,
contre le terrorisme et en faveur de la satisfaction de la revendication de
l’officialisation de la langue amazighe. Dans une ambiance colorée, les
lycéens n’ont pas cessé de fustiger le pouvoir en place en scandant
: “Pouvoir assassin !”, “Bouteflika, Ouyahia, Houkouma irhabia !”, “Ulac smah
ulac” et “Djazaïr houra démocratia !” Devant le commissariat de
la ville de Sidi-Aïch, les marcheurs ont observé une halte en reprenant
les mêmes slogans de dénonciation du pouvoir et pour la démocratie.
Les manifestants ont repris ensuite leur marche avant de se disperser dans le
calme.
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