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Depuis que les
hommes ont inventé des frontières, les
contours politiques du monde n’ont cessé d’évoluer
au gré de la violence, des guerres et des coups
de force. Des dynasties pharaoniques à la République
d’Athènes, de la guerre de cent ans à
celle de 6 jours, d’Alexandre Le Grand à Napoléon,
et la liste constituait une litanie infinie..., l’humanité
configure et reconfigure dans la violence son organisation
interne et ses frontières. Le mouvement entraîne
un changement permanent et la pause ou le statu quo
en est juste un ralentissement, jamais un arrêt
définitif. Tous les pouvoirs et tous les systèmes
politiques défient les lois de l’Histoire en
essayant d’imposer sinon leur éternité,
du moins leur longévité, en oubliant les
forces internes imperceptibles qui travaillent à
leur transformation, leur remplacement par leurs successeurs.
Les frontières entre les états bougent
en fonction des époques et des intérêts
des tyrans, des puissances ou des peuples. Il n’y a
rien d’immuable dans l’histoire du Monde et ce qui a
été vrai pour le passé le sera
davantage pour les siècles à venir, voire
plus, du moins tant que l’homme est pour l’homme un
ennemi. Aucun être humain, aucune communauté,
aucun peuple, aucun continent n’admet sa négation,
la confiscation de ses droits et de sa dignité
par quelqu’un d’autre. Tant que le monde reste injuste,
la fin de l’histoire politique n’est pas à l’ordre
du jour. La dialectique du maître et de l’esclave
ne connaîtra son épilogue qu’avec leur
disparition, le jour où nous accéderons
tous à un univers de liberté, de justice
et de démocratie. Cela ne se fera pas sans heurts.
Aujourd’hui,
les opprimés sont instruits par l’Histoire que
la lutte paie. Rien que pour les dix dernières
années, beaucoup de peuples d’Europe, d’Asie
et d’Afrique ont accédé à leur
indépendance ou à leur autonomie vis-à-vis
des Etats et des pouvoirs qui les niaient et les opprimaient
jusque là. Le cas du peuple kurde d’Irak en est,
parmi les plus récents, le plus édifiant.
Des dizaines
de pays de par le monde sont encore minés par
une « question nationale » dont
l’opinion occidentale (états et médias)
se détourne en bonne conscience jusqu’à
ce qu’advienne un bain de sang comme au Rwanda, un crime
contre l’humanité comme au Darfour, une menace
de partition d’un pays, comme en Côte d’Ivoire.
Malgré ces coups de semonce de l’Histoire et
ses lots d’horreur, l’ordre mondial n’en tire guère
de leçons et ne semble pas se résoudre
à reconnaître le fait que ces pays ensanglantés
ont, depuis le début, été des création
plus ou moins artificielles, et non de vrais pays ;
des constructions qui n’existaient guère que
dans la têtes de leurs créateurs colonialistes
et de leurs successeurs autochtones. Le fait de faire
émarger un Etat aux Nations Unies ne suffit pas
pour en faire une nation, la Somalie, entre autres,
est là pour le rappeler. Inversement, ce n’est
pas parce qu’un peuple ne siège pas à
l’Onu qu’il n’en est pas moins une nation accomplie.
Une nation pour être réelle suppose un
certain nombre de conditions que la force et la répression
ne pourront jamais réunir, comme cela s’est clairement
vérifié en ex-URSS et en ex-Yougoslavie.
La volonté de vivre ensemble est conditionnée
par une reconnaissance et un respect mutuels entre les
diverses identités culturelles et linguistiques
composant l’ensemble national ou international à
construire. Lorsque de graves tensions dans un pays
sont dues à l’existence de peuples différents,
il est nécessaire de se rendre à la réalité
d’une inexistence nationale qui ne tardera pas à
accoucher d’une insoutenable horreur. Espérons
que le divorce, "par consentement mutuel",
à la Tchécoslovaque fera école
là où la séparation est inévitable.
S’il est une leçon à tirer de l’histoire
en ce domaine, c’est la suivante : entre peuples,
les mariages forcés conduisent tôt ou tard
à des guerres civiles. C’est, entre autres, l’appréhension
d’une telle issue en Algérie qui nous a amenés
à défendre une solution autonomiste pour
la Kabylie, solution qui pourrait être adoptée
par et pour d’autres régions du pays, voire au-delà.
Le peuple kabyle,
c’est écrit dans l’histoire de l’avenir, jouira
un jour ou l’autre de la plénitude de ses droits.
C’est depuis 1857 qu’il se bat pour avoir de nouveau
une existence reconnue par son environnement. Il en
a largement payé le prix et mérite qu’il
aille aux moissons de sa liberté. C’est son droit
absolu que d’y prétendre. La méthode qui
lui manquait est encore à inventer. L’action
du MAK, si du moins elle n’arrive pas déjà
trop tard, ne vise en fait que deux objectifs :
1) éviter de prendre un dangereux raccourci en
empruntant la voie de la violence et de l’effusion de
sang ; 2) arrêter de persister dans l’erreur
comme le font le FFS et le RCD, égarés
dans des impasses qui forcément conduisent à
des explosions comme au printemps noir 2001 et sûrement
à pire si la situation de blocage venait à
perdurer.
Par ailleurs,
ceux qui, au pouvoir, pensant qu’ils auront toujours
les moyens d’en retarder l’échéance, ne
font que jouer avec le feu, piéger l’avenir de
l’Algérie en général et de leurs
propres enfants en particuliers qui, tous, souhaitent
hériter d’un pays où la question nationale
soit résolue en conformité avec le Droit
et les aspirations profondes de nos peuples. Or, les
tenants du régime, en toute irresponsabilité,
préparent un dangereux avenir à leurs
enfants et aux générations futures qui
ne manqueront pas, un jour, d’en faire les frais. En
fait, à force de vouloir tuer la Kabylie, d’étouffer
le peuple kabyle, c’est toute l’Algérie que le
pouvoir et ses relais sont en train de pousser à
l’implosion et à la catastrophe.
La mondialisation
tout en faisant de la planète un seul et même
village, tout en favorisant la construction de grands
ensembles n’en fait pas moins de chaque peuple une famille,
avec son droit à sa propre maison et à
sa propre représentation à l’assemblée
du village. N’en déplaise à tous les despotes
et autres fascistes de la terre, mondialisation rime
avec démocratisation. Si, en matière de
traitement, la logique marchande et la géopolitique
mondiale actuelles ont une préférence
pour les grands ensembles, les peuples, eux, ont une
propension à aspirer plutôt à la
Démocratie et au Droit. Si ces peuples, sans
aucun doute, un jour se regroupent dans des entités
géopolitiques, ce sera en fonction de leurs intérêts
et non par la force. A ce point de vue, la construction
européenne préfigure déjà
celle d’autres espaces continentaux ou régionaux
à venir. Les spéculations sur la viabilité
d’un peuple ou d’un état sur la base du nombre
de ses citoyens ou de ses kilomètres carrés
sont un non sens. On n’a pas besoin d’être les
Etats-Unis d’Amérique sur le plan superficie
ou la Chine sur le plan numérique pour être
une nation, un peuple ou un Etat. L’écrasante
majorité des pays siégeant à l’ONU
sont des nains de jardin face à ces géants.
Il est donc nécessaire
que l’Algérie admette en son sein l’existence
d’un peuple et d’un état régional kabyles
pour mieux préserver la stabilité politique
du pays et stimuler la prospérité économique
et le développement culturel dans un environnement
démocratique. Ceci sera d’autant plus salutaire
que la Kabylie n’est pas la seule région candidate
à la reconnaissance de ses droits. L’autonomie
régionale de la Kabylie sera le premier pas vers
une refonte totale de l’Algérie et plus tard,
de l’Afrique du Nord. Elle sera le point de départ
de la construction d’un véritable espace démocratique
régional voulu, accepté et contrôlé
par ses composantes. Il suffit d’y croire et d’oser.
L’avenir appartient aux audacieux.
Ferhat
Mehenni Kabylie, le 12 avril 2007
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Le défi permanent, 20 avril
2005
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