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La symbolique
du printemps berbère est, par certains aspects,
autant galvaudée que dévoyée par
ses propres artisans. Ne vous laissez donc pas abuser
par ceux qui renient et occultent le sens du combat
de la Kabylie en faveur de son identité et du
droit à son existence en le submergeant par le
seul combat pour la démocratie et le respect
des droits humains. Autant vous l’avouer tout de suite :
le printemps noir 2001, votre printemps est aussi noble,
aussi juste et aussi grandiose que celui de vos parents,
sinon plus. Il ne s’agit pas pour nous d’opposer un
printemps à un autre, des époques et des
générations. A chaque temps son combat.
Il y a lieu de vous décomplexer par rapport à
un passé auquel le présent n’a rien à
envier en termes de sacrifices. Nous avons encore du
chemin à parcourir avant de mériter un
peu de repos. En tant qu’étudiants, vous
n’avez pas connu le 20 avril sinon par des récits
plus ou moins vrais, plus ou moins truqués, faits
par un certain nombre d’acteurs qui n’hésitent
pas à fonder leur trahison d’aujourd’hui sur
leur héroïsme d’hier. Notre génération
a fini par être rattrapée par ce qu’elle
dénonçait naguère chez son aînée
des anciens moudjahidine : aller à la soupe
du pouvoir en récompense de ses sacrifices réels
dans certains cas, imaginaires dans la plupart des autres,
y compris lorsque dans la dite soupe, le sang des martyrs
du printemps noir continue de fumer. Pour exemple on
ne peut qu’être scandalisé par la curée
actuelle des législatives à laquelle s’adonne,
pour des recasements sociaux, une frange d’anciens militants
berbéristes. Pour autant, rien, absolument rien
ne pourra altérer la symbolique d’un printemps
kabyle, qu’il soit amazigh ou noir.
20 avril :
journée anti-répression La première
symbolique apposée sur la journée du 20
avril 1980 est celle de la journée anti-répression.
Dès 1981, du fait de la réaction violente,
l’année d’avant, du pouvoir algérien contre
la Kabylie cette journée a été
placée sous le mot d’ordre de la lutte contre
la répression. Ceci a été d’autant
plus justifié que les arrestations étaient
monnaie courante dans les milieux militants qui se donnent
pour nom générique celui de Mouvement
Culturel Berbère ou MCB. Je rappelle à
titre d’exemple qu’en 5 ans, 1980-1985, j’ai été
arrêté 11 fois. Cependant cette perception
n’était historiquement qu’une croûte sous
laquelle poussaient d’autres symboles, d’autres sens
dont nous allons évoquer les plus significatifs
d’entre eux à nos yeux. La lecture de l’Histoire
ne doit pas s’arrêter à l’aspect anecdotique
et aux visions idéologiques qui caractérisent
un événement, une époque. Les acteurs
croient toujours poursuivre un objectif, essaient de
donner un sens à leurs actes sans pour autant
savoir en percuter leur réelle signification.
Il y a toujours un décalage entre la perception
que l’on a d’une action à chaud et ce qu’elle
engage en vérité d’historique. Aussi,
sous les apparences des événements du
printemps berbère se profile une cascade de lectures
dont celle du combat contre la dictature.
Le combat
pour la démocratie et les droits de l’homme. En 1980,
la dictature algérienne basée formellement
sur le parti unique, réellement sur le pouvoir
militaire, a plus de 15 ans. L’indépendance de
l’Algérie acquise après plus de sept ans
de guerre de libération nationale est confisquée
à ses artisans, notamment la Kabylie, par ceux
qui en guettaient l’opportunité à partir
de Tunis et d’Oujda. Ben Bella puis Boumediene en ont
été les architectes. Lorsque le 11 mars
1980 a lieu à Tizi-Ouzou la première manifestation
de rue contre le régime algérien, suite
à l’interdiction d’une conférence de Mouloud
Mammeri, c’est une page d’Histoire qui se tourne, et
une autre qui s’ouvre. La loi du silence imposée
au pays par la terreur de la Sécurité
Militaire vient de voler en éclats. Le combat
démocratique post-indépendance est né.
Il y aurait de notre part atteinte à la mémoire
des martyrs du FFS de 1963-1965 (près de 400)
que de dénier à ces derniers leur part
de sacrifice En faveur du combat démocratique.
Il y a juste lieu de faire la distinction entre une
lutte armée pour la démocratie et qui,
si elle avait réussi, aurait aussi pu accoucher
d’une nouvelle dictature, et le combat pacifique d’avril
1980 pour les libertés démocratiques.
Plutôt que de s’attaquer à la tête
du régime comme visait à le faire l’insurrection
du FFS, le printemps berbère en sape les fondements
à travers la liberté d’expression avec
laquelle il fait irruption dans la rue. Il montre que
chaque citoyen a le droit de protester contre l’injustice
et l’arbitraire qui caractérisent le système
politique algérien. Et ce n’est qu’une suite
logique d’un processus historique de démocratisation
du pays parti du printemps 80 que son extension à
celui des droits humains avec, notamment, la création
de la Ligue Algérienne de Défense des
Droits de l’Homme. Mais du fait des causes réelles
à l’origine de cette révolution politique,
il est nécessaire de chercher sous le combat
démocratique, celui mené pour les droits
identitaires et linguistiques amazighs.
Le combat
pour l’amazighité. Cela a commencé
par la politisation de la culture. En consacrant par
les textes et la pratique le déni identitaire
amazigh d’un côté, et la survalorisation
de l’identité et de la langue arabes de l’autre,
la dictature a semé les germes de sa propre destruction
et de celle du pays tout entier en semant la haine et
la division entre Algériens. Le racisme anti-amazigh
est désormais constitutionnalisé. L’Algérie
ne dénonçait la politique d’apartheid
de l’Afrique du Sud, en son temps, que pour mieux masquer
celui qu’elle pratique contre les berbérophones
chez elle. Elle est restée fidèle à
l’irresponsable déclaration de Ben Bella à
sa sortie de prison au lendemain de l’indépendance
dans laquelle il proclamait en dépit du bon sens :
« Nous sommes des Arabes, nous sommes des
Arabes, nous sommes des Arabes ! ».
S’ensuivit logiquement une politique d’arabisation de
l’école, des médias et de l’environnement
et dont l’objectif officiel serait la « récupération
de la personnalité algérienne ».
La nationalité est ainsi déniée
à tous ceux qui ne se reconnaissent pas en tant
qu’Arabes. En réalité elle ne vise que
l’extinction du fait amazigh à travers l’ensemble
du pays en général et de la Kabylie en
particulier. La donnée amazighe est exclue des
« constantes nationales » que
sont l’arabité et l’islamité alors qu’il
est le seul à avoir eu une permanence sur le
territoire nord-africain depuis la nuit des temps. De
déni en provocation des berbérophones,
le régime en voulant pousser son avantage et
donner le coup de grâce a fini par produire la
révolte qu’il croyait impossible. Comme toutes
les dictatures, il est resté aveugle et sourd
aux souffrances et aux douleurs de ses opprimés.
Le réveil fut donc brutal au printemps berbère
de 1980. Cependant, nous avons encore à aller
en dessous de l’épaisse écaille amazighe
pour y découvrir le combat identitaire du peuple
kabyle.
Le combat
de la Kabylie pour les droits du peuple kabyle. Historiquement,
une revendication en cache une autre. Tout en ayant
une réalité socioculturelle et historique
profonde et irréfutable en Kabylie, l’amazighité
n’en était pas moins un simple paravent de la
kabylité. Tout en restant le substrat humain
et culturel dans lequel la Kabylie plonge ses racines,
elle n’aura formé qu’une couverture, non pas
pour la « langue française »
comme s’évertuent à le dénoncer
les islamo-baathistes de tous poils mais, pour l’affirmation
identitaire kabyle. Nous n’en voulons pour preuve que
le fait que le printemps berbère n’a été
des années durant que kabyle. Les autres berbérophones
algériens, (Chaouias, Mozabites, Touaregs …),
suivent les événements de Kabylie davantage
en spectateurs qu’en acteurs. Les visières idéologiques
vissées sur nos têtes depuis les années
20, superposées sur la peur de répression
par un régime sanguinaire, justifiaient l’occultation
du fait kabyle et la perception du mouvement de l’Histoire
dont l’objectif est l’émergence d’un peuple et
d’une nation du même nom. Les différentes
époques historiques successivement enclenchées
par la Kabylie de 1857 à nos jours s’articulent
les unes aux autres, s’emboîtent harmonieusement
dans un mouvement de quête de souveraineté
et d’affirmation de son existence et de ses aspirations
à recouvrer ses droits légitimes. La dernière
phase marquée par le printemps noir de 2001 et
qui est le prolongement historique naturel du printemps
berbère d’avril 1980 nous en dévoile le
véritable sens. C’est dans la plateforme d’El-Kseur
qu’il faut en chercher les preuves. En effet, ce document
ayant marqué cette étape de notre vie
montre le moment M où l’Histoire a basculé.
On y trouve aussi bien la prégnance des anciennes
idées occultant la kabylité sous le manteau
de l’amazighité et le début d’une affirmation
kabyle, certes timide et diffuse, mais qui n’en est
pas moins réelle. Ainsi, on peut y trouver d’un
côté des revendications nationales voulant
faire le bonheur des Algériens malgré
eux comme une allocation chômage pour tous ceux
qui n’ont pas de travail, le refus de l’économie
de bazar et, de l’autre des demandes spécifiques
à la Kabylie comme l’interdiction du corps de
la gendarmerie sur le territoire kabyle ainsi que la
mise en place d’un plan d’urgence socioéconomique
pour la Kabylie. C’est aussi et surtout ce moment révolutionnaire
qui nous a amenés, nous acteurs d’avril 80 et
au nom du MCB à revendiquer une autonomie régionale
pour la Kabylie. La boucle est bouclée. L’horizon,
malgré ses nuages noirs, se dégage de
plus en plus devant la marche du peuple kabyle vers
sa lumière.
Symbolique
de l’avenir Nos peuples allant toujours de
l’avant vers le recouvrement inéluctable de leurs
prérogatives et de leurs droits légitimes
réajustent leurs objectifs et leurs symboliques
en fonction de la vision qu’ils ont d’eux-mêmes
et de leur avenir. La symbolique d’une date, d’un repère
historique est dynamique, jamais statique. Au vu de
ce qui précède je lance un appel
solennel à tout le peuple kabyle et à
l’ensemble des peuples amazighs à ce qu’à
partir d’aujourd’hui et ce jusqu’à la réalisation
de cet objectif, de célébrer le printemps
berbère sous le signe de « L’AUTONOMIE
REGIONALE ». J’appelle l’ensemble du
mouvement associatif kabyle d’une part et amazigh d’autre
part à ce que les marches et toutes les autres
manifestations culturelles et sportives marquant dorénavant
l’anniversaire du double printemps berbère et
noir soient orientées dans le sens de la revendication
et de la constructions de notre autonomie régionale.
A ce
titre, je lance un appel pour la première marche
de notre histoire en faveur de l’autonomie de la Kabylie
ce jeudi 19 avril 2007. Elle partira à 11 heures
de l’université Mouloud Mammeri de Hasnaoua au
centre ville ex-mairie de Tizi-Ouzou.
Par ailleurs,
au vu des plans machiavéliques échafaudés
contre la Kabylie, de leur mise en œuvre à travers
des agressions quotidiennes contre le peuple kabyle
j’invite l’ensemble des forces politiques, sociales,
économiques et culturelles de la région
à réfléchir à la manière
de mettre, ensemble ou séparément, sur
pied un PLAN
DE RESISTANCE PACIFIQUE DE LA KABYLIE
Confiant en le
travail inexorable du temps et de l’Histoire devant
notre prise de conscience de ce que nous sommes et de
ce à quoi nous aspirons, je reste persuadé
que l’avenir de liberté n’est pas bien loin des
peuples amazighs en général et du kabyle
en particulier.
Ferhat
Mehenni Université de Tizi-Ouzou,
le 15 avril 2007
LIRE
AUSSI
Le défi permanent, 20 avril
2005
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