
S'ils t'interrogent dans mille
ans
Sur l'éternité
de mon miel
Dis leur qu'il rajeunit tous
les printemps
D'un pollen rouge qui défie
la mort
Et de fleurs souveraines qui
décorent la liberté
S'ils demandent aux larmes
du poème
D'où nous vient notre
plume
Montre leur l'aigle sur le
Djurdjura
S'ils te questionnent à
la fin du temps
Sur le secret de ma jeunesse
Dis leur qu'à chaque
aube je renais
Des cendres de mon figuier
A chaque défaite des
pyromanes
A chaque fois que le feu vaincu
Se démit de ses flammes
Aux pieds des racines incombustibles
Et qu'à Oulkhou, sur
une crête épanouie
Se dresse l'épitaphe
insurgée
Qui signe mon immortalité
Je suis la figue de braise
Et mon figuier me porte sur
ses blessures
Je suis la figue de miel et
de sang
Fruit de tous les bûchers
anéantis
Du brasier romain et des flammes
de l'empereur
J'ai ressuscité diadème
Sur le front de Jugurtha
Lame d'argent
Sur les nattes frondeuses
de la Kahina
Pour briser le cercle de feu
oriental
Ultime lueur de fierté
Dans les yeux du roi Toumi
A l'heure du déluge
Ottoman
Qui emporta le premier parfum
d'Alger
Emeraude sur les bracelets
insolents
Ornant, à la tombée
de la nuit bleue
Le bras levé de Lalla
N'soumeur
J'ai ressuscité serment
incandescent
Dans la terre blessée
d'Ouamrane
Au bout du fusil d'Ouzegane
Et j'ai fini en refrain de
lumière
Sur la guitare d'Ait-Menguellet
Pour qu'à jamais s'éclairent
Les souvenirs ardents des
fils du figuier
Et que rayonnent sur les mémoires
éteintes
La vérité de
Abane
Et l'honneur de la Soummam
Et quand pleurent les murs
de ma prison
D'avoir tant vu souffrir mes
frères et ma chair
Quand éclatent les
sanglots d'El Harrach
Sur le corps digne de ma patrie
suppliciée
J'entends monter la voix de
Maatoub
Sur un poème serti
de mots de Neruda
Hommage des Andes au Djurdjura
Comme une offrande du combat
universel
Ce chant dédié
par le sang
A la résurrection du
figuier :
«Voici
venir l'arbre, c'est l'arbre
De
l'orage, l'arbre du peuple
Ses
héros montent de la terre
Comme
les feuilles par la sève,
Et
le vent casse les feuillages
De
la multitude grondante
Alors
la semence du pain
Retombe
enfin dans le sillon
Voici
venir l'arbre, l'arbre
Nourri
par des cadavres nus
Des
morts aux visages troublants
Décapités
à coups de hache
Écartelés
par les chevaux
Ou
crucifiés dans les églises»
N'avez vous rien retenu
Frères, de la plaie
De cet hymne des hommes libres
Pour qu'à votre tour
Pastichant Bigeard et les
bourreaux
Sous le drapeau vert encore
chaud de notre sang
Vous brandissiez contre le
figuier
La torche et le couteau ?
N'avez vous donc pas entendu,
Compagnons des ténèbres
Ce cri planté dans
le soleil
Pour que, à peine sorti
de la nuit
Vous lâchiez sur nous
les hiboux
Pour déraciner à
votre tour le figuier
Sur le treillis encore vert
du résistant
Vous avez enfilé la
casaque bleue de l'étranger
Et vous avez marché
sur la tombe de Amirouche
Avec les bottes du maréchal
Randon
Vous avez écrasé
la violette et l'aubépine
Et jeté leur cri dans
l'histoire
Elles prirent le nom d'Amzal
et de Guermah
Et leur parfum embaume la
patrie.
Il est monté en vous
le fol instinct du tyran
Et de la main qui empala El
Mokrani
Vous avez tenu le fouet
Qui zébra à
Lambèse,
Sable trahi souviens toi,
Le dos nu de Saïd et
Ferhat
Et de la main qui pendit Ben
M'hidi
Vous avez étranglé
le téton dénudé
Qui allaita sur la terre berbère
De jeunes dieux et de vieux
rêves.
Que faire du banjo sans Lounes
Puisque le frêne et
le cerisier
Ne fleurissaient l'Akfadou
Que pour inspirer le poète!
J'ai vu trembler le patriarche
Devant le sang adolescent :
« Me restera t-il
un seul fils
Pour raconter ma mort »
Et Mirabeau entra dans nos
oliveraies
Venger sa descendance
L'an un du siècle nouveau
Et T'kout hurla dans la douleur
enragée
De l'enfant qu'on arrachait
à la mère
Avec les tenailles du maréchal.
Aux morceaux de chair martyrisée
Qui pendaient des griffes
des tortionnaires
S'est ouverte la légende
de Zighout
Les serments de Benboulaid
Et la mémoire des Aurès
Et une promesse est tombée
sur T'kout
Du ciel qui pleurait cette
nuit-là:
« Vous ne nous
diviserez pas
Pour l'éternité
C'est de l'union sacrée
De la sève verte et
de l'écorce orgueilleuse
Que s'épanouissent
nos racines
Et que s'écrira l'épopée
du figuier
Telle que nous la chante Neruda »
Voici
venir l'arbre, c'est l'arbre
Dont
les racines sont vivantes,
Il
a pris l'engrais du martyre
Ses
racines ont bu du sang,
Au
sol il a puisé des larmes
Qui
par ses branches sont montées
Parsemant
son architecture
Elles
furent fleurs quelquefois
Invisibles,
fleurs enterrées
D'autres
fois elles allumèrent
Leurs
pétales comme des planètes
Sur la colline oubliée
Nous fêterons le retour
de Nedjma
Et de nos amours interdits
D'un couscous de la mère
d'Abrika
Nous célébrerons
en noces imprévues
La seconde jeunesse de Yacine
Et la résurrection
de Thala
Dans une patrie parfumée
Aux encens du chêne
et des sureaux
Légués par les
maquis de DA L'HOCINE
Du poing levé d'Icherridene
Nous ferons une stèle
inoxydable
À la mémoire
d'une fleur de Beni Douala
Qui se jouera des giboulées
perverses
D'oublis et de mensonges
Et du figuier revigoré
S'envoleront des feuilles
éprises
Mains ouvertes et conquérantes
Pour annoncer aux plaines
et aux déserts
Aux hommes convoités
par la fatigue
Et aux épis hésitants
Le pacte d'amour et d'espoir
Conclu à l'aube d'un
bonheur à vivre
Par le sang et la mémoire
Et s'il te survole une feuille
de mon figuier
Lève le bras, ouvre
ton coeur
Et tu liras, sur cette main
éclatée
Les lignes d'un destin reconquis
Qu'avaient déchiffré
pour toi
Dans le coeur de la nuit
Sur les nervures du figuier
Les rimes Chiliennes du poète
« Et
l'homme cueillit sur les branches
Les
corolles aux parois durcies,
Il
les tendit de main en main
Tel
des magnolias, des grenades
Et
brusquement, ouvrant la terre,
Elles
grandirent jusqu'au ciel
C'est
lui l'arbre des hommes libres
L'arbre
terre, l'arbre nuage
L'arbre
pain, l'arbre sarbacane
L'arbre
poing, l'arbre feu ardent
L'arbre
du peuple, tous les peuples
De
la liberté, de la lutte
Défends
le but de ses corolles
Partages
les nuits ennemies
Veillant
au cycle de l'aurore
Respire
la cime étoilée
En
protégeant l'arbre, cet arbre
Qui
pousse au milieu de la terre »
EL-HARRACH, avril
2OO6

Contre
l’absurde qui menaçait son pays que faillirent
déserter même les saints, dans la solitude
des années plombées, l’homme qui en eut
l’intelligence se devait de dire. Il le dit si joliment.
Il menait là un combat de titan presque seul
contre presque tous. Massinissa-Mouloud Mammeri : le
premier fit entrer un royaume unifié et ouvert
dans les temps historiques, le second a fait entrer
une culture, une langue dans les temps modernes... Lire la suite
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