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13 avril 2006
La langue amazighe est reconnue depuis quatre ans comme langue nationale. Le 8 avril 2002, le Parlement a adopté le tamazight «comme langue nationale à côté de l'arabe». L’article 3 bis est publié au Journal officiel le 10 avril 2002. Il décrète : «Le tamazight est également langue nationale. L'État œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national.» Des lois ayant vu le jour sans pour autant qu’elles soient suivies d’actes concrets. Bien au contraire, la promotion de cette langue est sporadique et se fait en dents de scie.
A la suite du boycott scolaire de 1994, massivement suivi en Kabylie,
le gouvernement algérien a installé le Haut- Commissariat à
l'amazighité (HCA) auprès de la présidence de la République
par décret du 28 mai 1995. Sans président depuis deux ans, c’est
son secrétaire général qui a fait le point sur l’évolution
de cette langue ces quatre dernières années. Pour Youcef Merahi,
c’est «le statu quo.» Il explique : «Cette situation est due
au fait qu’une partie de l’article 3 bis n’est pas respectée.»
En fait, selon cet article, l'Etat œuvre à la promotion et au développement
dans toutes les variétés linguistiques de la langue amazighe en
usage sur le territoire national. «Les moyens de l’Etat auraient dû
passer par au moins quatre ministères. Il s’agit de l’Education nationale,
l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique et de la Culture
et la Communication et l’Information», a noté le secrétaire
général du HCA. Il cite, à ce titre, la chaîne de
télévision berbère n’ayant pas encore vu le jour. Youcef
Merahi signale : «Elle est toujours en état de projet car elle
devait émettre en avril 2005. Nous l’attendons toujours et ne savons
pas où ça en est.» Idem pour le quotidien berbère
qui devait être lancé sur fonds public. L’autre maillon de l’information,
à savoir les chaînes de radio, a été soulevé
par le secrétaire général du HCA. Ce dernier affirme :
«La chaîne radiophonique locale de Tizi-Ouzou n’est toujours pas
fonctionnelle alors qu’un équipement, certes vétuste, est sur
place.» La chaîne II, berbère, est la seule à couvrir
uniquement Alger et ses périphéries. «Alors qu’elle est
censée être nationale», note le secrétaire général.
Le même constat peu reluisant est fait pour l’enseignement de tamazight.
En 2004-2005, 94 047 élèves ont été inscrits dans
les paliers moyen et secondaire. Pour cette année scolaire, et pour la
première fois, des élèves au nombre de 21 145 prendront
des cours de cette langue. Lors de la première année de son enseignement,
elle s’effectuait dans 16 wilayas. Ce qui n’est plus le cas actuellement. Elle
a disparu des écoles à Illizi, El-Bayadh, Oran, Batna et autres
wilayas. A titre d’exemple, à Ghardaïa, elle n’est dispensée
que par un seul professeur pour 55 élèves. Youcef Merahi rappelle
: «Le baccalauréat tamazight devrait être mis en place en
2004 et nous l’attendons encore.» Quant aux licenciés de l’année
dernière de cette langue, au nombre de 190, ils sont au chômage.
«A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Il faut leur accorder
le droit au service militaire civil pour qu’ils soient incorporés dans
la Fonction publique», déclare le SG du HCA. Il ajoutera plus loin
: «Il est temps que l’enseignement de cette langue soit fait de manière
scientifique.» Ainsi, ces points démontrent que les moyens de l’Etat
ne sont pas «utilisés pour l’épanouissement et la promotion
de tamazight qui accusait auparavant un retard important». Interrogé
sur les démarches entreprises par le HCA pour faire avancer les choses,
Youcef Merahi répond : «Nous interpellons régulièrement
les différents partenaires et tirons la sonnette d’alarme. Ceci, sans
toutefois être entendus.» En somme, le HCA fait «le diagnostic,
tire la sonnette d’alarme et espère une réaction positive des
uns et des autres». Il reste cependant qu’aucune oreille attentive ne
leur est prêtée. Un véritable audit de cette langue nationale
s’impose pour diagnostiquer et corriger les erreurs. Pour l’heure, il est aisé
de constater, tel que décrit par le SG du HCA, que des «blocages
au sein des institutions et dans la société civile subsistent
encore».