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15 avril 2006
"La question de tamazight dans la Constitution
et les institutions algériennes: entre discours et pratique", tel
est le thème de deux journées d'étude qui se sont ouvertes,
hier à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi_Ouzou.Cette rencontre
initiée par le Club scientifique en langue et culture amazighes, se veut
un espace de réflexion, de débat et d’échange dans lequel
des juristes, linguistes et autres spécialistes ont tenté de cerner
le sujet.
Neuf communications sont au programme. Premier à intervenir,
El-Hadi Ould Ali, président du MCB, a fait un état des lieux de
l’enseignement de cette langue ainsi que ses perspectives. L’enseignement de
la langue autochtone, le berbère en l’occurrence, n’est pas, comme le
suggère quelques clichés et des études incomplètes,
un phénomène récent. Bien avant le mouvement national et
les premiers pas de l’Académie berbère, ce fut Boulifa qui jeta
les fondations pour l’enseignement de tamazight. Il fut l’un des premiers Algériens
à élaborer une méthode d’enseignement de tamazight en publiant
deux ouvrages se rapportant à cette question et qu’il intitula respectivement
Une première année de langue berbère et Méthode
de langue kabyle. À ses côtés, le conférencier cite
un autre professeur. Il s’agit de Belkacem Ben Sdira, ancien élève
de l’École normale de Versailles. C’est lui qui édita en 1887
un Cours de langue berbère utilisé à l’époque comme
support principal de son enseignement. “La prise de conscience, par les militants
du mouvement national, de la nécessité de la préservation
du patrimoine identitaire, a provoqué une vague de production — ouvrages,
manuels — et intensifié la profession poétique de l’époque.
Soulignons l’intérêt que présente l’enseignement coranique
en berbère, problématique que des historiens et autres spécialistes
aborderont, peut-être à l’avenir”. Selon Ould Ali, l’Académie
berbère est certainement l’élément déclencheur d’un
engagement militant interne pour la prise en charge de l’enseignement de tamazight.
“Plus que toute autre époque, celle qui a vu naître l’Académie
berbère, s’étalant de 1968 à 1978, a permis la consolidation
de l’effort destiné à la vulgarisation de la langue”. Et d’ajouter
: “Côté productions, c’est certainement feu Mouloud Mammeri, qui,
en éminent intellectuel, introduit le premier manuel élaboré
de l’enseignement de la langue. Tajarrumt n’tmazight demeure, au moins symboliquement,
l’instrument d’enseignement le plus admis tant il brosse une méthode
complète de l’enseignement de la grammaire, de l’orthographe et de la
syntaxe berbère. Il rappellera aussi le combat des pionniers de la cause
berbère, la contribution de la diaspora à la vulgarisation de
la langue et le rôle des associations. “Plus de 90% des associations culturelles
créées ont inscrit, dans leur plan d’action, l’enseignement et
la vulgarisation de tamazight comme axe de travail”. Abordant toujours la genèse
et l’évolution de la question, il dira : “La marche du 25 janvier 1990
a débouché sur la création de deux départements
de langue et culture amazighes, puis vint le boycott scolaire qui consacre,
après les accords du 22 avril, la création du HCA, chargé
de la promotion et de la réhabilitation de la langue amazigh, de son
introduction dans les systèmes de l’éducation nationale et de
la communication.” Sur un autre plan, l’actuel directeur de la culture de la
wilaya de Tizi Ouzou a indiqué que “la généralisation de
l’enseignement obligatoire de tamazight dans tous les établissements
scolaires du territoire national, décidée par le ministère
de l’Éducation, n’est pas une tâche aisée tant les blocages
et les résistances sont monnaie courante”. Aux yeux du conférencier,
la décision de généraliser cet enseignement doit s’accompagner
de la mobilisation des moyens humains et financiers colossaux. “Des enseignants
n’ont pas reçu leurs salaires depuis plus d’une année et cette
situation ne saurait durer”, révèle-t-il. L’engagement du mouvement
associatif, du corps enseignant, mais aussi et surtout des institutions de la
République doit être orienté dans le sens de la valorisation
de la portée scientifique de la langue pour donner aux enseignés
la possibilité d’épanouissement socioprofessionnelle à
travers cette langue. “Encore plus, l’enseignement de cette langue ne peut être
réussi s’il n’est pas accompagné d’une production artistique,
littéraire et scientifique. C’est une lutte continuelle et permanente
que nous devons tous mener loin des divergences somme toutes légitimes”,
conclut M. Ould Ali.
Le colloque s’est poursuivi dans l’après-midi par l’animation d’autres
communications. Assad Si El-Hachemi du HCA a abordé le cadre institutionnel
pour la réhabilitation de l’amazighité en Algérie. Aujourd’hui,
ce sont Abderzak Dourari et Lakhdar Maougal, universitaires qui sont attendus.
Le premier interviendra autour du thème “Tamazight langue nationale :
une révolution linguistique et culturelle” ; le second, axera son exposé
sur les mythes et réalités de la nationalité linguistique.
“Le volet identitaire après la constitutionnalisation de tamazight comme
langue nationale”, par Sadek Akrour et “Place de la langue amazigh en Algérie
: enjeux et réalités” par Belaïd Abrika, universitaire et
figure de proue du mouvement des archs, seront également au menu de cette
deuxième journée de la rencontre.