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22 avril 2006
A l’instar des autres régions de la Kabylie, la wilaya de Béjaïa a vibré avant-hier, jeudi 20 avril, au rythme de festivités commémoratives du 26e anniversaire du Printemps berbère 80 et de l’an V des évènements du Printemps noir 2001. Plusieurs manifestations ont été observées à travers plusieurs localités de la wilaya.
Comme les précédentes années, c’est dans la désunion que les principaux acteurs du mouvement amazigh ont célébré ces deux dates historiques dans le combat démocratique et identitaire. Une commémoration qui ne semble néanmoins pas susciter l’adhésion de la population comme en atteste l’absence d’échos au mot d’ordre de grève générale lancé par les deux tendances du mouvement des arouch. Une population visiblement lassée par toutes ces luttes stériles qui minent le mouvement.
Imposante marche pour dire “non au jacobinisme de l’Etat algérien”
à Akbou
Akbou a abrité une marche populaire en faveur de la refondation nationale
à l’appel d’un groupe de militants de la cause amazighe parmi lesquels
figurent le porte-parole du MAK, Ferhat M’henni, l’écrivain journaliste
Younès Adli, des animateurs du mouvement des arouch et des syndicalistes.
Une première marche qui aura réussi à drainer plusieurs
centaines de manifestants autour des mots d’ordre suivants “une nouvelle approche
politique consensuelle et unitaire, la réfondation de l’Etat national
en dehors de la conception de l’unicité et centralisée, la reconnaissance
officielle de la langue et la culture berbères, le respect des libertés
démocratiques et le droit à la vérité et à
la justice”. La procession humaine s’est ébranlée à 11
heures du lycée Haroun- Mohamed vers la place Colonel- Amirouche. Tout
au long du parcours, les marcheurs ont repris à tue-tête des slogans
hostiles au pouvoir et au “jacobinisme de l’Etat”. Une halte fut observée
à hauteur de la stèle érigée en hommage aux cinq
martyrs du Printemps noir 2001. Ferhat M’henni et Idir Aït Mamar déposeront
une gerbe de fleurs à la mémoire de tous les martyrs de la démocratie.
Dans une ambiance colorée, la procession ouverte par l’étendard
berbère poursuivra son chemin vers la place Colonel-Amirouche sous les
cris de “Pouvoir assassin !” “Ulac smah ulac !” et “Kabylie Autonomie !”. Lors
du meeting, les différents intervenants ont tenu à expliquer le
sens de la marche d’Akbou pour dire “non au jacobinisme de l’Etat”. “L’Algérie
ne doit plus être gérée à partir d’Alger, mais revoir
l’organisation de la nation en vue de permettre à chaque région
de prendre en charge ses spécificités locales et dans le respect
de tout le monde”, a-t-on déclaré en substance. Sofiane Adjlane
de la coordination des arouch d’Akbou, Idir At Maâmar de la CADC de Tizi-Ouzou,
Nacer Haddad, syndicaliste, Arezki Hamadi du fameux groupe des poseurs de bombes
et camarade du grand militant de la démocratie et de l’amazighité,
Haroune Mohamed, Kamara du collectif des femmes du Printemps noir ou encore
l’écrivain journaliste Younès Adli ont tour à tour souligné
la nécessité “d’unifier les rangs des forces démocratiques
en Kabylie pour permettre à la région de se construire”. “Le devenir
de l’Algérie passe inévitablement par une prise en charge du destin
de la Kabylie dans le cadre de la réfondation nationale pour propulser
le pays vers le progrès et le développement durable”, a-t-on martelé
avec force. “La Kabylie a besoin de tous ses enfants pour la prendre en charge,
car si nous ne le faisons pas les autres le feront contre nous”, tonne Ferhat
M’henni, le militant invétéré de la cause amazighe et de
la Kabylie. Le projet de réconciliation nationale en est une preuve tangible
selon le porte-parole du MAK. Un projet de charte nationale pour la réconciliation
nationale qui n’est aux yeux du chanteur engagé qu’un “complot contre
la Kabylie”. “Il y a une véritable alliance entre l’islamisme des maquis
et l’arabisme de l’Etat et du pouvoir algérien contre la Kabylie et la
berbérité de la Kabylie”, clame-t-il. A la fin du meeting, un
point de presse fut animé au cours duquel les conférenciers ont
confié que des contacts sont en cours avec les autres acteurs politiques
de la mouvance démocratique et des militants de la cause berbère
pour une rencontre régionale qui se tiendrait très prochainement,
a-t-on annoncé.
Le FFS marque l’événement et appelle à conférer
à la date du 20 Avril une dimension nationale
Le FFS a décidé de marquer cette date symbole dans le combat démocratique
en Algérie à travers un meeting animé par des membres de
la direction nationale et Ali Laskri, premier secrétaire national du
parti. Intervenant dans une salle qui s’est avérée trop exiguë
pour la circonstance, Ali Laskri, premier secrétaire national du FFS,
affirme qu’il faut “conférer” à cette date du 20 Avril une dimension
nationale. Il rappellera dans la foulée tous les combats pour la démocratie
menés par la formation politique du FFS depuis 1963. Le responsable national
du FFS s’est interrogé que des militants de son parti “des vrais moudjahed”
ne soient pas encore “habilités” alors que parallèlement, souligne-
t-il, a été “édictée” la charte nationale pour la
réconciliation nationale avec des mesures “réhabilitant des criminels
et ne situant, ni déterminant en aucun cas les responsabilités
dans la terrible tragédie ayant duré plus de dix ans”, a-t-il
déclaré en substance. L’orateur qui rappellera le combat en faveur
de la revendication identitaire et démocratique après l’indépendance
citera également la génération de militants tels “Haroun
Mohamed et beaucoup d’autres”. Avant lui, Ikhlef Bouiche, fédéral
du parti d’Aït Ahmed à Béjaïa, est intervenu pour mettre
l’accent sur ce qu’il qualifie d’identité “confisquée”. Les réaménagements
constitutionnels introduits en 2002 consacrant tamazight langue nationale n’ont
pas réglé le problème, estime le responsable de wilaya
et ex-député du FFS de Béjaïa, parce qu’ils relèvent
de la “manipulation”, soutient-il. Lui succédant, Abdellah Bouguerra
de B.B.A., membre de la direction nationale du FFS, est revenu également
sur le combat d’Avril 80 ayant “mis à nu et mis fin au plus grand mensonge
de l’Algérie indépendante à travers lequel étaient
affirmés exclusivement deux fondements de l’identité algérienne
: l’arabo-islamisme”, martèle-t-il avec force. Pour le Dr Fekhar de Ghardaïa,
la célébration de la date historique du 20 Avril 1980 ne doit
pas être “le fait exclusivement de la Kabylie”. “La reconnaissance de
la langue Tamazighe doit être une revendication nationale”, a déclaré
l’orateur. L’intervention la plus remarquée et qui a été
au passage fortement applaudie a été celle du secrétaire
national du FFS, Mohamed Djelouani. Dans un mélange de vécus et
d’anecdotes personnelles sur la population mozabite, le cadre national de la
formation d’Aït Ahmed, dira que les Mozabites se sont signalés à
travers l’histoire par des luttes “perpétuelles et multiformes pour la
sauvegarde de leur identité”.
Le MCB célèbre l’acte fondateur du combat démocratique
en Algérie
La marche populaire à laquelle
a appelé le MCB, à l’occasion du 26e anniversaire du Printemps
amazighe a démarré à 10h30 à partir de l’université
Abderrahmane-Mira de Targa-Uzemour. La manifestation qui a enregistré
la participation en force de la communauté estudiantine a aussi drainé
des militants politiques, des syndicalistes, des acteurs de la société
civile parmi eux, Djamel Ferdjallah, 1er vice-président du RCD et les
élus de cette formation politique. Tout ce beau monde a tenu à
ne pas rater cette opportunité de marquer par sa présence cette
date symbolique de la lutte pour la reconnaissance de la dimension amazighe
de l’Algérie, et qui fut, à entendre certains responsables politiques
rencontrés dans la marche, “l’acte fondateur du combat démocratique
en Algérie”. Tout au long du parcours, les manifestants ont scandé
à gorge déployée des slogans hostiles au pouvoir, qualifié
de tous les maux tout en reprenant en chœur les mots d’ordre des marches historiques
des années 1990. C’est aux cris de “Tamazight tella, tella !”, “Da l’Mouloud,
nous te faisons le serment de poursuivre ton combat”, que le cortège
humain fera entendre sa voix tout au long de la marche. En tête de la
manifestation, des jeunes lycéens porteront une banderole sur laquelle
était revendiquée l’officialisation de tamazight, tandis que quatre
jeunes filles arboraient l’emblème national. Arrivée au niveau
du lycée El Hammadia, la procession humaine sera rejointe par des lycéens
et prendra encore plus d’épaisseur. Les automobilistes immobilisés
par l’occupation de la rue manifestaient leur solidarité pour certains
et leur impatience pour d’autres par des coups de klaxons interrompus. Au niveau
du carrefour Sidi-Ahmed, on pouvait constater un cordon de policiers qui veillaient
au grain, alors que les organisateurs rappelaient sans cesse aux marcheurs le
caractère pacifique de la manifestation. C’est devant le siège
de la wilaya que la marche s’arrêtera pour se transformer en meeting populaire.
Tour à tour, les représentants des différentes résidences
universitaires prendront la parole pour descendre en flammes le pouvoir et ce
qu’ils qualifient de “relais locaux du régime”. Le regroupement se terminera
par la lecture d’une déclaration politique du MCB. “Malgré les
louvoiements et les manipulations du pouvoir, les statuts officiels de tamazight
langue et civilisation finira par être consacré dans les institutions
de l’Etat algérien.”
Les arouch ont marché cette année encore dans la
désunion
La marche programmée par l’aile
du mouvement citoyen en pourparlers avec la chefferie du gouvernement a emprunté
l’itinéraire menant de la maison de la culture vers l’Edimco. Au terme
de la marche qui a mobilisé une foule importante, les délégués
et des parents de martyrs présents sur les lieux ont baptisé une
place du nom des martyrs du Printemps noir. Après avoir observé
une minute de silence à la mémoire de toutes les victimes des
évènements d’avril 2001 et la diffusion de Aghourou du Rebelle,
les animateurs de la structure de l’intercommunale ont animé un meeting.
Bezza Benmansour, animateur de l’interwilayas est intervenu pour retracer le
cheminement du mouvement culturel berbère et le Printemps noir 2001.
L’orateur avertira également sur “les dérives de l’obscurantisme
qui est le refuge des sans-repères”. Bezza Benmansour plaidera dans la
foulée en faveur de la poursuite de la lutte dans la diversité
tout en appelant à l’instauration d’un code de bonne conduite politique
entre les acteurs politiques et les élites des forces démocratiques.
L’option du dialogue a été également défendu par
les membres de ladite aile du mouvement citoyen. Farès Oudjedi dira en
substance à sujet : “Nous reprendrons le dialogue mardi prochain avec
comme seul objectif la satisfaction du dernier point relatif à l’officialisation
de tamazight.” Abondant dans le même sens, Khoudir Benouaret d’Amizour
parlera aussi de la question du chômage en Kabylie avant de souligner
que “la citoyenneté est un combat quotidien”. Le groupe d’Ali Gherbi
de la CICB a opté pour un autre parcours menant des Quatre Chemins, la
Haute Ville, El Khemis, la wilaya vers la maison de la culture avec les mêmes
slogans hostiles au pouvoir. Dans une déclaration rendue publique, un
appel a été lancé à “l’unité pour sauver
les acquis arrachés et pour faire aboutir sans compromission, ni repentance
et reddition le combat de valeureux martyrs de la dignité du Printemps
noir”. “Un quart de siècle de revendications et d’interpellations. Des
dizaines de morts et des milliers de blessés n’ont pas suffi à
faire entendre raison à un pouvoir machiavélique qui se perpétue
au sommet de la gouvernance par le bradage de toute l’économie nationale
au profit des mondialistes”, lit-on dans le document de la structure de Ali
Gherbi.